Introduction
Frigg est l'une des divinités les plus importantes et les plus complexes de la mythologie nordique. En tant qu'épouse d'Odin et reine d'Ásgard, elle siège à ses côtés dans la salle du trône, Hlidskjálf, d'où elle peut observer les neuf mondes. Bien que souvent associée aux rôles domestiques traditionnels, son pouvoir s'étend bien au-delà du foyer. Elle est une déesse de la sagesse, détenant une connaissance intime du destin (örlög) qu'elle choisit parfois de ne pas révéler, même à Odin. Son caractère est à la fois maternel, protecteur, et marqué par une profonde mélancolie liée à la connaissance inéluctable de la tragédie à venir.
Origines
Frigg trouve ses origines dans la mythologie germanique commune, où elle est connue sous le nom de *Frija. Cette figure proto-germanique était une déesse du mariage, de l'amour et de la fertilité, partageant de nombreuses caractéristiques avec Freya, avec qui Frigg est parfois confondue ou fusionnée dans les sources plus anciennes. Dans le panthéon nordique scandinave, les deux déesses sont clairement distinctes : Frigg est une Ase (membre de la famille d'Odin), tandis que Freya est une Vanir. Son nom, lié à la racine proto-germanique *frijō ('aimer'), évoque l'affection et les liens familiaux. Les sources principales sont l'Edda poétique et l'Edda de Snorri Sturluson.
Attributs
Frigg est la déesse du mariage sacré, de la maternité et de la gestion du foyer. Elle est souvent décrite filant la laine ou le lin avec une roue de fuseau, une activité qui symbolise à la fois la gestion domestique et, métaphoriquement, le tissage des nuages ou des fils du destin. Les clés qu'elle porte à sa ceinture sont le symbole de son autorité sur le domaine et les réserves du foyer. Elle possède un manteau de plumes de faucon qui lui permet, comme Odin, de voyager sous forme d'oiseau à travers les mondes. Son pouvoir le plus significatif est sa connaissance prophétique. Elle sait tout de l'avenir, mais garde souvent ses visions pour elle, faisant d'elle une gardienne de secrets.
Mythes
Le mythe le plus important associé à Frigg est celui de la mort de son fils Baldr. Après que Baldr ait fait des cauchemars prémonitoires, Frigg parcourt le monde pour faire jurer à toutes les choses (feu, eau, métaux, pierres, maladies, animaux, etc.) de ne jamais blesser son fils, rendant ainsi Baldr invulnérable. Elle néglige toutefois le gui, le jugeant trop jeune et inoffensif. Loki, découvrant cette faiblesse, fabrique une flèche avec cette plante et guide la main de l'aveugle Hödr pour la lancer, tuant Baldr. Ce réfait montre à la fois le pouvoir protecteur de Frigg et les limites tragiques de son omniscience. Un autre mythe, rapporté dans la 'Lokasenna', la montre échangeant des insultes avec Loki, qui l'accuse d'infidélité. Elle est également associée à la légende des 'rois de la lignée d'Yngling', qu'elle protège.
Culte
Les preuves archéologiques d'un culte spécifique à Frigg sont rares, mais son importance est attestée par la toponymie (des lieux nommés d'après elle en Scandinavie et en Angleterre, comme Friggeråker en Suède) et son rôle central dans les mythes. En tant que déesse du foyer et du mariage, elle était probablement invoquée dans le cadre domestique pour la protection de la famille, la fertilité et la réussite des tâches ménagères. Elle n'avait vraisemblablement pas de grands temples dédiés, mais son culte était intégré à la vie quotidienne. Le jour de la semaine 'vendredi' (Friday en anglais, Freitag en allemand) tire son nom de Frigg (ou de Freya), indiquant son importance dans le calendrier cultuel germanique.
Influence
L'influence de Frigg persiste dans la culture moderne, principalement à travers la redécouverte de la mythologie nordique. Elle apparaît dans la littérature fantasy, les bandes dessinées, les jeux vidéo (comme la série 'God of War') et les séries télévisées (comme 'Vikings' et 'American Gods'). Elle est souvent représentée comme une figure maternelle sage et puissante, parfois en contraste avec des représentations plus guerrières d'autres déesses. Son nom et ses attributs sont également revendiqués par certains courants du néopaganisme moderne, comme l'Ásatrú, où elle est vénérée comme une déesse de la famille et de la sagesse. Sa figure continue d'inspirer des réflexions sur les rôles du féminin, du destin et du pouvoir discret mais fondamental.
