Introduction
Le vampire est l'une des figures mythologiques les plus universelles et persistantes de l'imaginaire horrifique. Transcendant les cultures, il incarne la peur primordiale de la mort, de la prédation et de la corruption de l'âme. De créature cadavérique du folklore paysan à l'aristocrate romantique et maudit de la littérature, il a évolué pour refléter les angoisses sociales, sexuelles et existentielles de chaque époque.
Description
Le vampire est un être qui transcende la mort, ni tout à fait vivant, ni tout à fait mort. Il maintient une existence parasitaire en consommant l'énergie vitale des vivants, le plus souvent sous forme de sang, qui symbolise la vie, l'âme et la force. Son existence est rythmée par un cycle nocturne (noctambulisme forcé) et une dépendance à un lieu de repos diurne imprégné de sa terre natale. Contrairement aux zombies, il conserve son intelligence, sa mémoire et souvent un charisme hypnotique qui en fait un prédateur séducteur et manipulateur.
Origines
Les précurseurs du vampire sont nombreux : les *ekimmu* mésopotamiens, les *lamia* grecques, les *strix* romaines. La forme moderne émerge du folklore slave et balkanique (XVIIe-XVIIIe siècles), notamment avec des figures comme le *vrykolakas* grec et le *strigoi* roumain. Ces récits tentaient d'expliquer des phénomènes comme les épidémies (la consommation de sang évoquant la peste), la décomposition retardée des corps, ou le cauchemar (sens étymologique de "cauchemar" lié au *mare*, esprit qui écrase le dormeur). Les "chasses aux vampires" historiques, comme l'affaire d'Arnold Paole en Serbie (1732), ont été documentées et ont alimenté la légende.
Recits
La littérature a cristallisé le mythe : "Le Vampire" de John Polidori (1819) crée la figure du lord aristocratique (Lord Ruthven). "La Morte Amoureuse" de Théophile Gautier (1836) explore le vampirisme féminin. L'œuvre fondatrice est "Dracula" de Bram Stoker (1897), qui synthétise le folklore, y ajoute des faiblesses (ail, crucifix, invitation nécessaire) et en fait une métaphore de l'envahisseur étranger et de la peur victorienne de la sexualité débridée. Les récits folkloriques comme "La Fiancée de Corinthe" de Goethe ou les ballades slaves sont également fondateurs.
Symbolisme
Le vampire est une figure polysémique. Il symbolise : 1) La peur de la mort et de la corruption du corps. 2) L'aristocrate exploiteur, prélevant la substance vitale du peuple (lecture marxiste). 3) La sexualité taboue, transgressive et dangereuse (la morsure comme acte intime et mortel). 4) L'étranger, l'Autre menaçant la pureté de la communauté (Dracula l'oriental). 5) La maladie contagieuse et épidémique. 6) La nostalgie d'une immortalité qui est en réalité une malédiction, une soif insatiable.
Culture Populaire
Le vampire est omniprésent. Au cinéma : de "Nosferatu" (Murnau, 1922) à la saga "Twilight" (2008-2012), en passant par les adaptations de Dracula (de Bela Lugosi à Christopher Lee) et "Entretien avec un vampire" (1994). À la télévision : "Buffy contre les vampires", "The Vampire Diaries", "True Blood". En jeux : "Vampire : The Masquerade" (jeu de rôle) est une référence majeure. Le personnage a évolué du monstre pur vers l'anti-héros torturé, voire le héros romantique, reflétant les changements de société.
