Introduction
Le Sphinx est l'une des créatures hybrides les plus emblématiques de l'Antiquité, incarnant des concepts fondamentaux comme la royauté, la protection, le savoir et la fatalité. Sa dualité entre le rôle de gardien bienveillant en Égypte et de monstre destructeur en Grèce en fait une figure complexe et fascinante, traversant les cultures et les époques.
Description
La figure du Sphinx est profondément polymorphe. Le Sphinx égyptien (shesep-ankh, 'statue vivante') est avant tout une représentation du pharaon en tant que lion invincible, doté de l'intelligence humaine. Il est généralement androcéphale (tête humaine) et couché dans une posture de vigilance éternelle. Le Sphinx de Gizeh (c. 2500 av. J.-C.), associé au pharaon Khéphren, en est l'archétype. Il existe aussi des sphinx criocéphales (tête de bélier, liés au dieu Amon) et hiéracocéphales (tête de faucon, liés au dieu Horus). Le Sphinx grec, introduit probablement via les contacts avec le Proche-Orient, est féminisé et monstrifié. Hésiode le décrit comme la fille d'Échidna et d'Orthros (ou de Typhon), une ravageuse envoyée par Héra (ou Apollon) pour punir Thèbes. Son hybridité est accentuée par l'ajout d'ailes, soulignant sa nature à la fois terrestre et céleste, et sa queue de serpent.
Origines
L'origine du Sphinx est clairement égyptienne, remontant à l'Ancien Empire. Il représente la fusion des attributs du lion, roi des animaux et symbole de force solaire, avec la face du souverain, garant de l'ordre cosmique (Maât). Le concept s'est diffusé dans le bassin méditerranéen (Mésopotamie, Phénicie, Grèce) où il a été réinterprété. En Grèce archaïque, il apparaît d'abord dans l'art comme un décor protecteur, avant que la mythologie ne lui forge une personnalité et un récit propre, celui du fléau de Thèbes.
Recits
Le récit fondateur du Sphinx grec est lié au cycle thébain. Installé sur le mont Phicéon, il arrêtait les voyageurs et leur posait une énigme apprise des Muses : 'Quel être, pourvu d'une seule voix, a d'abord quatre jambes le matin, puis deux jambes à midi, et trois jambes le soir ?' Ceux qui échouaient étaient dévorés. La cité de Thèbes, frappée par ce fléau, promit le trône et la main de la reine veuve Jocaste à qui en débarrasserait la ville. Œdipe, arrivant de Corinthe, résolut l'énigme : la réponse est 'l'Homme', qui marche à quatre pattes enfant (matin), sur deux pieds adulte (midi), et avec une canne vieillard (soir). Vaincu, le Sphinx se précipita du haut de son rocher et mourut. Œdipe devint roi, sans savoir qu'il avait tué son père et épousé sa mère, accomplissant ainsi la prophétie.
Symbolisme
Le Sphinx concentre un symbolisme riche et ambivalent. En Égypte, il est la synthèse de la force physique et de l'intelligence spirituelle, gardien du seuil entre le monde des vivants et celui des morts, incarnation de l'autorité pharaonique et de la puissance solaire. En Grèce, il devient l'incarnation de l'énigme existentielle, du destin obscur et de la fatalité. Il représente l'épreuve initiatique que doit surmonter le héros (Œdipe) par l'intelligence (la *mètis*), mais aussi les dangers de l'orgueil et de l'ignorance de soi. Plus largement, il symbolise le mystère, la connaissance cachée et la confrontation avec l'inconnu.
Culture Populaire
Le Sphinx est omniprésent dans la culture occidentale. Il inspire les artistes de la Renaissance au Symbolisme (Gustave Moreau). En littérature, il apparaît chez Oscar Wilde, dans l'*Œdipe Roi* de Sophocle, et est une figure majeure de la psychanalyse freudienne (complexe d'Œdipe). Au cinéma et dans les jeux vidéo, il est souvent un gardien de trésor ou un boss posant des énigmes (série *God of War*, *Assassin's Creed Origins*, *Harry Potter*). Il est également un motif récurrent dans l'ésotérisme et l'iconographie maçonnique. Le Sphinx de Gizeh reste un symbole universel de l'Égypte antique et de ses mystères.
