Introduction
L'elfe est l'une des créatures fantastiques les plus emblématiques et polymorphes de l'imaginaire occidental. De son origine comme esprit de la nature dans les mythologies anciennes à sa codification en race noble et mélancolique dans la littérature fantasy, l'elfe incarne un idéal de beauté, d'harmonie avec le monde naturel et de connaissance ancestrale, mais aussi une altérité souvent distante et mystérieuse.
Description
Dans les sources médiévales, les elfes (álfar en vieux norrois) étaient des êtres surnaturels étroitement liés aux dieux Vanir, comme Freyr, et aux forces de fertilité. L'Edda poétique et l'Edda de Snorri Sturluson distinguent les elfes lumineux (Ljósálfar), beaux et bienveillants, vivant à Alfheim, des elfes sombres (Dökkálfar) ou nains (Svartálfar), associés aux mondes souterrains et à l'artisanat. Dans le folklore germanique et anglais ultérieur (comme en témoignent les ballades ou les contes), les elfes deviennent plus petits, plus capricieux, voire malicieux, responsables des « coups d'elfe » (douleurs soudaines) ou de l'enlèvement d'humains. Leur nature est alors ambivalente, entre danger et enchantement.
Origines
Les racines du mythe des elfes plongent dans les croyances pré-chrétiennes des peuples germaniques concernant les esprits de la nature et les ancêtres. Le terme vieil anglais "ælf" et vieux norrois "álfr" semblent liés à la blancheur et à la luminosité. Ils partagent un espace conceptuel avec les fées, les nains et les dieux mineurs. Avec la christianisation, ces êtres sont progressivement dévalués du statut d'esprits puissants à celui de créatures folkloriques plus petites et souvent nuisibles, survivant en marge du monde chrétien.
Recits
Dans la mythologie nordique, le dieu Freyr est dit être le seigneur d'Alfheim. Le héros Völundr (Wieland le forgeron) est parfois présenté comme un prince des elfes. La saga de Thidrek raconte comment le nain Alfrikr forge l'épée magique Balmung. Dans le folklore britannique, la ballade "Thomas le Rimeur" raconte la rencontre du poète avec la Reine des Elfes. Les œuvres de Shakespeare, notamment "Le Songe d'une nuit d'été", popularisent le motif des esprits féeriques (Puck, Obéron) qui influencent durablement la perception des elfes.
Symbolisme
L'elfe symbolise le lien perdu entre l'humanité et la nature sauvage et enchantée. Il représente la sagesse ancienne, la perfection esthétique, mais aussi la mélancolie d'un monde qui décline face à l'avancée des humains (thème du « départ des elfes »). Sa longévité en fait un gardien de la mémoire et des traditions. L'elfe sombre ou le elfe noir (comme les Drow) incarne souvent l'altérité corrompue, l'isolement et la décadence.
Culture Populaire
La figure de l'elfe a été radicalement transformée et popularisée au XXe siècle par J.R.R. Tolkien dans "Le Seigneur des Anneaux". Ses elfes (comme Legolas, Galadriel) sont devenus l'archétype de la race immortelle, noble, triste et hautement civilisée, dotée d'une grande maîtrise artistique et martiale. Cet archétype a été massivement repris dans le jeu de rôle (Donjons & Dragons), les jeux vidéo (The Elder Scrolls, The Witcher, World of Warcraft) et la littérature fantasy, où il coexiste avec des représentations plus traditionnelles (elfes des forêts, elfes de Noël). Le succès de Tolkien a ainsi fixé dans l'imaginaire collectif l'elfe comme un humanoïde aristocratique aux oreilles pointues, éloigné de ses origines folkloriques de petit esprit espiègle.
