Introduction
Le cockatrice est l'une des créatures les plus redoutées du bestiaire médiéval européen, symbole ultime du mal et de la mort subite. Plus qu'un simple monstre, il incarne la peur de l'hybride contre-nature et les conséquences désastreuses de la perturbation de l'ordre naturel. Son mythe, mêlant éléments aviaires et reptiliens, a persisté pendant des siècles, servant à la fois de mise en garde morale et d'explication aux phénomènes inexpliqués.
Description
La description du cockatrice a évolué mais converge vers un être composite. Il est le plus souvent dépeint comme un coq à queue de serpent, bien que des influences du basilic (un serpent-roi légendaire) aient souvent brouillé les frontières entre les deux créatures. La distinction principale réside dans sa naissance : le basilic naît d'un œuf de serpent couvé par un coq, tandis le cockatrice naît de l'œuf sphérique et sans jaune d'un vieux coq, couvé par un serpent ou un crapaud dans du fumier. Cette origine impure explique ses pouvoirs maléfiques. Son arme la plus célèbre est son regard, capable de pétrifier ou de tuer sur le champ. Son souffle est également réputé empoisonner l'air et flétrir la végétation. Seul le chant d'un coq peut le terrifier, et voir son propre reflet dans un miroir ou une surface polie lui est fatal, le faisant se pétrifier lui-même.
Origines
Les origines du cockatrice sont complexes et synthétiques. Le nom dérive du latin "calcatrix", une traduction du grec "ichneumon" (un animal chasseur de serpents), déformé en "cocatrix" au Moyen Âge. La créature telle que nous la connaissons est un amalgame de plusieurs traditions. Elle emprunte fortement au basilic de la mythologie gréco-romaine et égyptienne, réputé lui aussi tuer par le regard. Le coq, animal solaire et symbole chrétien de la vigilance, est ici inversé en une créature démoniaque, peut-être pour stigmatiser les pratiques païennes ou les anomalies naturelles. Les bestiaires médiévaux, comme celui de Pierre de Beauvais (XIIIe siècle), ont codifié et popularisé sa description, en faisant une allégorie du Diable.
Recits
Le cockatrice apparaît dans plusieurs récits et chroniques. La Bible (Livre d'Isaïe) mentionne, dans certaines traductions, le "basilisk" et le "cockatrice" comme symboles de danger. Au XIVe siècle, la créature est signalée à Vienne, semant la panique. Le récit le plus célèbre est sans doute celui de la Cockatrice de Wherwell, en Angleterre (XIVe ou XVe siècle). Selon la légende, un cockatrice né dans les caves du prieuré terrorisait la région, tuant par son regard. Un homme courageux, équipé d'un miroir de polissage, affronta le monstre. En voyant son propre reflet, le cockatrice fut pétrifié ou mourut, libérant le village. Ce récit illustre la méthode classique pour le vaincre.
Symbolisme
Dans l'imagerie chrétienne médiévale, le cockatrice est une incarnation du Mal, du Péché et de la Mort. Son regard pétrifiant symbolise le pouvoir corrupteur du péché qui endurcit le cœur. Son hybridation contre-nature représente la perturbation de l'ordre divin, le mélange des genres, et les dangers de la sorcellerie. Il est souvent opposé symboliquement au coq, annonciateur du jour et du Christ, et à la belette, réputée immunisée contre son venin et capable de le tuer, symbolisant ainsi le Christ vainqueur du Diable.
Culture Populaire
Le cockatrice a perduré au-delà du Moyen Âge. Il apparaît dans les œuvres de Shakespeare ("Roméo et Juliette", "Richard III") comme une métaphore de la mort et de la haine. Dans la fantasy moderne, il est une créature récurrente. On le trouve dans les jeux de rôle comme Donjons & Dragons, où il conserve son regard pétrifiant, dans la série de jeux vidéo Final Fantasy, et dans l'univers d'Harry Potter (bien que le Basilic de la Chambre des Secrets en soit plus proche). Il inspire également la littérature (comme dans "Le Château de Hurle" de Diana Wynne Jones) et reste une figure emblématique des bestiaires fantastiques.
