Introduction
Le tabla est bien plus qu'un simple instrument de percussion ; il est le cœur rythmique et un soliste à part entière de la musique classique indienne. Sa paire de tambours, le dayan (petit, en bois, à la sonorité aiguë et claire) et le bayan (plus grand, en métal ou argile, à la sonorité grave et profonde), permet une incroyable variété de timbres et de nuances. Il est l'instrument privilégié pour accompagner la danse (kathak), le chant (khyal, thumri) et les instruments mélodiques (sitar, sarod), mais possède également un vaste répertoire solo. Sa technique sophistiquée et son système rythmique (tala) en font l'un des instruments de percussion les plus élaborés au monde.
Histoire
Les origines du tabla sont débattues, mêlant histoire et légende. La théorie la plus répandue l'attribue au génie du musicien Amir Khusro au XIIIe siècle, qui aurait séparé en deux le tambour pakhavaj (ancêtre du mridangam du Sud) pour créer l'instrument. Cependant, la forme et le nom actuels du tabla émergent clairement au XVIIIe siècle, à la cour des Mughals. Son développement est intimement lié à la sophistication de la musique classique Hindustani et à l'école de danse Kathak de Lucknow et Bénarès. Au XXe siècle, des maîtres comme Ustad Ahmed Jan Thirakwa et Pandit Chatur Lal l'ont fait connaître mondialement, et il est aujourd'hui utilisé dans des contextes fusion et de musique populaire.
Fabrication
La fabrication est un artisanat traditionnel minutieux. Le dayan (tambour droit) est taillé dans un bloc de bois dur (shisham). Le bayan (tambour basse) est traditionnellement en cuivre, laiton ou aluminium, parfois en argile pour un son plus chaud. La peau est une couche unique de chèvre ou de buffle, tendue par un lacis de lanières de cuir. L'élément crucial est la pastille noire circulaire (syahi) appliquée au centre de chaque peau. Composée d'un mélange de farine, de poudre de fer et de colle, elle est stratifiée et polie pour créer la résonance et la clarté tonale caractéristiques. Des blocs de bois (gatta) placés entre le fût et les lanières permettent un accordage fin.
Technique
Le jeu repose sur l'utilisation des doigts et de la paume de la main, avec une position et une frappe précises pour produire une multitude de sons (bols). La main droite joue sur le dayan, produisant des sons clairs comme 'Na', 'Tin', 'Tun'. La main gauche, sur le bayan, utilise la pression du poignet pour modifier la hauteur et le timbre, créant des sons graves et glissés comme 'Ghe', 'Ke', 'Kat'. Le répertoire est basé sur des compositions fixes (gats, tukras, relas) et des improvisations complexes (upaj, tihai) au sein de cycles rythmiques (tala) de 6 à 16 temps (ou plus). Le musicien doit mémoriser et articuler des centaines de motifs rythmiques.
Repertoire
Le répertoire classique est vaste et structuré. Il comprend le solo traditionnel (tabla vadya), débutant souvent par une introduction lente et mesurée (peshkar), suivie de compositions plus rythmées (qayda, rela) et de phrases conclusives (tukra, chakradar). En accompagnement, le tabla suit et dialogue avec le soliste, marquant le cycle (tala) avec des motifs répétés (theka) et improvisant des ornements (laggi). Il est également central dans la danse Kathak, où il ponctue les frappes de pieds. Aujourd'hui, son répertoire s'étend à la fusion (avec le jazz, la musique électronique) et à la musique de film indienne (Bollywood).
Musiciens Celebres
L'histoire du tabla est marquée par de grandes lignées (gharanas) et des maîtres légendaires. Parmi eux : Ustad Zakir Hussain (virtuose mondialement acclamé, pionnier de la fusion), Pandit Ravi Shankar (bien que sitariste, son association avec Alla Rakha popularisa le tabla), Ustad Alla Rakha (collaborateur de Ravi Shankar, père de Zakir Hussain), Pandit Anindo Chatterjee (représentant éminent de la gharana de Farrukhabad), Ustad Ahmed Jan Thirakwa (reconnu pour sa pureté classique), et Swapan Chaudhuri (maître respecté et pédagogue). Des artistes comme Talvin Singh et Karsh Kale l'ont intégré avec succès dans la musique électronique et alternative.
