Sitar

Le sitar est un luth à manche long emblématique de la musique classique de l'Inde du Nord (Hindustani). Il se caractérise par ses cordes sympathiques résonnantes, ses frettes mobiles et son timbre riche et complexe, souvent associé à la spiritualité et à la méditation.

Introduction

Le sitar est bien plus qu'un simple instrument de musique ; il est un symbole culturel de l'Inde, une voie de réalisation spirituelle (sadhana) et un chef-d'œuvre d'acoustique artisanale. Sa sonorité distinctive, avec son bourdonnement caractéristique (jawari) et ses résonances infinies, évoque immédiatement les ragas complexes et les rythmes cycliques (talas) de la tradition Hindustani. Sa forme élégante, avec ses deux grandes calebasses, son long manche creux et ses nombreuses chevilles, en fait un objet d'art aussi bien qu'un instrument de haute précision.

Histoire

L'histoire du sitar est le fruit d'une synthèse culturelle. Ses origines remontent probablement aux instruments à cordes persans comme le setâr ('trois cordes'), apportés en Inde par les conquérants et musiciens de l'Empire moghol à partir du XIIIe siècle. Il a évolué au contact des instruments indigènes, notamment le vina, l'ancien luth sacré de l'Inde. La forme moderne du sitar a été largement stabilisée et popularisée au XVIIIe et XIXe siècles, avec des contributions majeures de musiciens et de luthiers comme Amir Khusrow (à qui la paternité est souvent, mais probablement à tort, attribuée) et plus tard la famille de luthiers Rikhi Ram. Au XXe siècle, le grand maître Ravi Shankar, en collaboration avec le luthier Kanai Lal, a standardisé un modèle à six ou sept cordes de jeu, perfectionnant son ergonomie et sa projection, ce qui a permis son introduction sur la scène mondiale.

Fabrication

La fabrication d'un sitar de qualité est un processus artisanal long et méticuleux, pouvant prendre plusieurs mois. La caisse de résonance principale (kaddu ou tumba) est taillée dans une calebasse séchée. Le long manche creux (dandi) est en teck, souvent orné de motifs en ivoire ou en os. L'élément acoustique crucial est le chevalet principal (jawari), une pièce en corne ou en os soigneusement limée et polie pour créer une surface courbe qui permet aux cordes de frôler légèrement, générant l'overton riche et le bourdonnement si caractéristique. Les frettes (pardā) sont des arches métalliques courbes et amovibles, maintenues par la tension des cordes, permettant de les ajuster selon les exigences microtonales d'un raga spécifique. Sous les cordes principales, une vingtaine de cordes sympathiques (taraf) en métal fin sont installées, accordées selon les notes du raga, et vibrent par résonance, créant une nappe sonore enveloppante.

Technique

Le jeu du sitar est complexe et exige des années de pratique (riyaz) sous la direction d'un gourou. Le musicien est assis en tailleur, l'instrument posé entre ses jambes, la calebasse principale reposant sur son pied gauche. La main droite, équipée d'un plectre en fil métallique (mizrab) porté sur l'index, pince les cordes de jeu avec une grande variété de coups (da, ra, dir, dira). La main gauche effectue sur le manche des ornements mélodiques subtils et complexes : les glissés (meend) qui lient les notes sur plusieurs frettes, les oscillations rapides (gamak), et les martellements (mind). La maîtrise du sitar implique la parfaite intériorisation du raga (cadre mélodique) et du tala (cycle rythmique), permettant l'improvisation (alap, jor, jhala) dans un cadre traditionnel strict.

Repertoire

Le répertoire du sitar est principalement celui de la musique classique Hindustani, structuré autour des ragas (compositions mélodiques associées à des heures, des saisons ou des émotions) et des talas (cycles rythmiques). Une performance typique commence par l'alap, une introduction lente et non mesurée explorant les notes du raga, suivie du jor (introduction du rythme) et du jhala (section rapide et rythmique). Vient ensuite la composition (gat), accompagnée par la tablā, où le musicien déploie des variations rythmiques et mélodiques complexes. Au-delà du classique, le sitar a été utilisé dans la musique de film indienne (Bollywood) et, depuis les années 1960, dans la musique populaire occidentale (The Beatles, The Rolling Stones, Ravi Shankar avec Yehudi Menuhin).

Musiciens Celebres

Ravi Shankar (1920-2012) est la figure la plus célèbre, ambassadeur mondial de l'instrument. Vilayat Khan (1928-2004), issu de la célèbre lignée musicale d'Etawah, a développé un style (gayaki ang) imitant la voix humaine. Nikhil Banerjee (1931-1986) était réputé pour la pureté classique et la profondeur spirituelle de son jeu. Parmi les contemporains, on compte des virtuoses comme Shahid Parvez, Budhaditya Mukherjee, Anoushka Shankar (fille de Ravi Shankar) et des innovateurs comme Pandit Shivkumar Sharma (qui a adapté des techniques de sitar au santoor).

Sources

  • Miner, Allyn. 'Sitar and Sarod in the 18th and 19th Centuries'. Motilal Banarsidass, 1997.
  • Shankar, Ravi. 'My Music, My Life'. Simon & Schuster, 1968.
  • Slawek, Stephen. 'Sitar Technique in Nibaddh Forms'. Motilal Banarsidass, 1987.
  • Courtillier, Philippe. 'Les Instruments de musique indiens'. Éditions du Makar, 2010.
  • Encyclopédie de la Musique (Oxford Music Online) - Article 'Sitar'.
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