Introduction
Le marimba est l'un des plus grands et des plus expressifs instruments de la famille des percussions. Contrairement à son cousin le xylophone, dont les lames produisent un son sec et perçant, le marimba émet des notes profondes, chaleureuses et prolongées grâce à la résonance de ses tubes. Son clavier chromatique, semblable à celui d'un piano, permet de jouer des mélodies, des accords complexes et des lignes de basse, en faisant un instrument soliste à part entière. Il occupe une place centrale dans la culture guatémaltèque, où il est considéré comme l'instrument national, et a conquis une place soliste dans les orchestres symphoniques et les ensembles de musique de chambre du monde entier.
Histoire
Les origines du marimba remontent à l'Afrique, où des instruments à lames de bois sur des résonateurs en calebasse, appelés « balafons », étaient utilisés depuis des millénaires. Cet instrument a traversé l'Atlantique avec la traite des esclaves et s'est implanté en Amérique centrale, notamment au Guatemala, où il a connu son développement le plus significatif. Au XIXe siècle, le facteur guatémaltèque Sebastián Hurtado a révolutionné l'instrument en remplaçant les calebasses par des résonateurs en bois, puis en métal, et en créant un cadre chromatique complet. Cette innovation a donné naissance au « marimba doble » (double), capable de jouer toute la gamme chromatique. Au début du XXe siècle, les facteurs américains comme J.C. Deagan et la société Musser ont standardisé l'instrument pour le marché classique, augmentant son ambitus et perfectionnant son accord. Le marimba a ensuite été adopté par les compositeurs modernistes comme Paul Creston, Darius Milhaud, et plus tard par Steve Reich et d'autres minimalistes, solidifiant son statut dans la musique savante occidentale.
Fabrication
La fabrication d'un marimba de concert est un artisanat de haute précision. Les lames, taillées dans du palissandre du Honduras (ou d'autres bois durs et denses comme le padouk), sont soigneusement usinées. La longueur détermine la hauteur de la note, tandis que la découpe en arche sous la lame (le « profiling ») affine l'intonation et l'harmonique. Chaque lame est suspendue par des cordes sur un cadre robuste en bois. Sous chaque lame se trouve un résonateur en aluminium ou en laiton, ajusté précisément à la longueur d'onde de la note. Pour les notes les plus graves, ces tubes sont courbés en « U » pour gagner de la place. L'accord final est un processus délicat : on ponce le bois au centre de la lame pour abaisser la hauteur, et aux extrémités pour l'augmenter, jusqu'à obtenir la fréquence exacte et un timbre équilibré.
Technique
La technique de jeu repose sur l'utilisation de deux à quatre baguettes (parfois plus), tenues entre les doigts selon des prises spécifiques (Burton, Stevens, Traditional). Les baguettes ont un noyau en caoutchouc ou en corde, enveloppé de laine ou de fil, et leur dureté varie pour produire différentes dynamiques et couleurs sonores. Le musicien peut produire des traits rapides, des roulés (tremolo), des accords à quatre notes, et des effets comme le « dead stroke » (enfoncer la baguette dans la lame pour étouffer le son). La maîtrise de l'indépendance des mains et de la frappe douce est cruciale pour exploiter la longue résonance de l'instrument et éviter la « boue » sonore. La position du corps et le mouvement des bras sont essentiels pour couvrir efficacement le large clavier.
Repertoire
Le répertoire soliste et de chambre pour marimba a explosé au XXe et XXIe siècles. Parmi les œuvres fondatrices figurent la « Sonate pour Flûte, Alto et Marimba » de Darius Milhaud (1941) et le « Concerto pour Marimba » de Paul Creston (1940). Le répertoire contemporain est immense, avec des compositeurs comme Keiko Abe (« Michi », « Dream of the Cherry Blossoms »), Nebojša Jovan Živković, Emmanuel Séjourné (« Concerto pour Marimba »), et Eric Sammut. Le marimba est également central dans la musique minimaliste et répétitive, notamment dans « Music for Pieces of Wood » et « Nagoya Marimbas » de Steve Reich. Dans le jazz, des artistes comme Gary Burton (qui a popularisé la prise à quatre baguettes) et le vibraphoniste/marimbiste Stefon Harris l'ont intégré. Son rôle dans la musique traditionnelle guatémaltèque et mexicaine reste vivant et festif.
Musiciens Celebres
Keiko Abe (marimbiste et compositrice japonaise, a profondément influencé le répertoire et la facture instrumentale), Ludwig Albert (marimbiste belge, pionnier de la technique à six baguettes), Jean Geoffroy (marimbiste français, soliste international), Nebojša Jovan Živković (compositeur et interprète serbe), Robert van Sice (marimbiste américain, pédagogue renommé), Gary Burton (vibraphoniste de jazz ayant grandement contribué à la technique du marimba en jazz), Mika Yoshida (marimbiste japonaise), et Emmanuel Séjourné (compositeur et percussionniste français). Au Guatemala, des ensembles comme la Marimba Nacional de Concierto perpétuent la tradition.
