Introduction
La harpe est l'un des plus anciens instruments de musique, dont la forme triangulaire élégante et le son diaphane ont traversé les millénaires. Elle se distingue par son architecture complexe, alliant la délicatesse des cordes à la robustesse d'une structure en bois courbé. De la harpe arquée simple aux modèles à pédales sophistiqués, elle incarne à la fois la tradition et la virtuosité technique, occupant une place unique entre le folklore et la musique savante occidentale.
Histoire
Les premières représentations de harpes, dites « arquées » ou « angulaires », apparaissent en Mésopotamie et en Égypte vers 3000 av. J.-C. Durant le Moyen Âge européen, la harpe celtique (ou harpe gaélique) se développe, notamment en Irlande où elle devient un symbole national. La Renaissance voit l'émergence de la « harpe gothique » à plus grandes cordes. La grande révolution intervient au 18e siècle avec l'invention du mécanisme à fourchettes par Jakob Hochbrucker, puis du système à double mouvement à pédales par Sébastien Érard en 1810. Ce dernier système, perfectionné, permet de jouer dans toutes les tonalités et donne naissance à la harpe à pédales moderne, instrument standard de l'orchestre depuis le romantisme.
Fabrication
La fabrication d'une harpe de concert est un travail d'artisanat d'exception qui prend plusieurs mois. La caisse de résonance (la caisse) et la colonne sont taillées dans des bois massifs comme l'érable ou l'acajou. La table d'harmonie, en épicéa de qualité violon, est minutieusement voûtée. Le mécanisme complexe, logé dans la console (la tête de l'instrument), contient plus de 1 500 pièces en laiton et acier. Chacune des 47 cordes est tendue entre la table et la console, les basses étant en acier filé de cuivre, les médiums en nylon et les aigus en boyau. L'instrument est souvent orné de sculptures et de dorures.
Technique
Le harpiste joue assis, l'instrument incliné contre l'épaule droite. Les cordes sont pincées avec le bout des doigts (pulpe) et les ongles pour un son plus métallique. La main droite joue généralement la mélodie dans l'aigu, la main gauche l'accompagnement dans le grave. La technique fondamentale est l'arpège, mais elle inclut aussi les glissandi, les sons étouffés, les harmoniques et les effets percussifs sur la table. La maîtrise des sept pédales (une par note de la gamme) est cruciale : chaque pédale a trois crans pour altérer la note de toute l'étendue des cordes correspondantes (bémol, bécarre, dièse).
Repertoire
Le répertoire soliste s'épanouit à partir de la période classique avec des concertos (Haendel, Boieldieu, Dittersdorf). L'ère romantique et moderne lui consacre des œuvres majeures : « Introduction et Allegro » de Ravel, « Danses sacrée et profane » de Debussy, le « Concerto pour flûte, harpe et orchestre » de Mozart, et des pièces de Glière, Hindemith et Caplet. La harpe est aussi omniprésente dans l'orchestre, de Berlioz et Tchaïkovski à Mahler et Strauss, pour créer des ambiances féeriques, aquatiques ou célestes. Parallèlement, la harpe celtique possède un vaste répertoire traditionnel et contemporain.
Musiciens Celebres
Parmi les grandes harpistes historiques et modernes figurent : Alphonse Hasselmans (professeur influent au Conservatoire de Paris), Carlos Salzedo (compositeur et pionnier de techniques nouvelles), Nicanor Zabaleta (virtuose espagnol), Lily Laskine (première harpiste de l'Opéra de Paris), Harpo Marx (célèbre pour son personnage muet jouant de la harpe). Aujourd'hui, des artistes comme Xavier de Maistre, Catherine Michel, Emmanuel Ceysson et la celtique Cécile Corbel perpétuent et renouvellent l'art de la harpe.
