Introduction
La grosse caisse, également appelée « caisse sourde » dans le contexte orchestral, est l'instrument à percussion qui incarne la fondation rythmique et l'impact sonore le plus puissant. Avec son timbre grave, profond et souvent non accordé sur une note précise, elle remplit des fonctions multiples : marquer le temps, simuler des coups de canon ou des tremblements de terre, et renforcer les accents dramatiques. Son rôle a évolué du champ de bataille ottoman aux salles de concert classiques, puis aux batteries de jazz et de rock, demeurant indispensable pour son autorité sonore.
Histoire
Les ancêtres de la grosse caisse sont les grands tambours utilisés dans les armées ottomanes (comme le davul) qui influencèrent la musique militaire européenne à partir du XVIIIe siècle. Introduite dans l'orchestre classique au cours de ce même siècle, elle fut d'abord employée pour des effets « à la turque » (musique janissaire) dans des œuvres de Mozart (« L'Enlèvement au sérail ») et de Haydn (Symphonie militaire). Au XIXe siècle, les compositeurs romantiques l'exploitèrent pour son potentiel dramatique et coloristique, comme Beethoven dans sa Neuvième Symphonie ou Berlioz, qui en exigeait plusieurs dans sa Symphonie fantastique. Son intégration à la batterie moderne, au début du XXe siècle, en fit le cœur pulsant du jazz, du rock et de toutes les musiques populaires, piloté par une pédale actionnée au pied.
Fabrication
La fabrication d'une grosse caisse orchestrale ou de batterie suit des principes similaires. La coquille, généralement cylindrique et de grand diamètre (de 50 à 100 cm pour l'orchestre, 18 à 26 pouces pour la batterie), est faite de bois laminé ou de contreplaqué. Deux cercles (fûts) en acier maintiennent les peaux (de batterie en Mylar ou en peau animale pour les modèles historiques) tendues sur chaque ouverture. Des tirants à tiges filetées relient les deux cercles et permettent un accordage précis en serrant des écrous. La caisse orchestrale est souvent montée sur un support réglable et frappée avec une mailloche. La grosse caisse de batterie (kick drum) est plus courte, possède une ouverture sur la peau de frappe pour l'étouffement et un système d'attache pour la pédale.
Technique
En orchestre, le percussionniste utilise une ou deux mailloches à tête molle (feutre) ou dure (bois). Les techniques incluent le coup simple, le roulement (obtenu avec deux mailloches ou en faisant rebondir une mailloche double), et des effets comme l'étouffement avec la main. Le placement du coup sur la peau modifie le timbre. Dans la batterie, la technique est radicalement différente : le musicien utilise une pédale à bascule actionnée par le pied, qui transmet l'énergie à un batteur frappant la peau. Les techniques de pied rapides (double pédale, pédales jumelées) permettent des patterns complexes. L'étouffage interne (avec une couverture ou un coussin) est crucial pour obtenir un son sec et défini, sans résonance parasite.
Repertoire
Le répertoire orchestral est immense. Outre les œuvres « à la turque », elle est essentielle dans la Symphonie Fantastique de Berlioz (mouvement « Marche au supplice »), Dans l'antre du roi de la montagne de Grieg, La Symphonie du Nouveau Monde de Dvořák, et les symphonies de Mahler et de Chostakovitch. Dans la musique du XXe siècle, elle est utilisée de manière rythmique et colorée par Stravinsky (Le Sacre du printemps). En dehors de l'orchestre, elle est l'élément fondamental de la batterie dans tous les genres : du swing de Gene Krupa au rock de John Bonham (Led Zeppelin), en passant par le funk, le metal et la musique électronique. Elle structure le tempo et fournit le « groove ».
Musiciens Celebres
En tant qu'instrument individuel de l'orchestre, les percussionnistes virtuoses comme Evelyn Glennie ont mis en valeur ses possibilités. Dans le domaine de la batterie, des légendes ont défini son rôle : Gene Krupa (jazz/swing), qui a popularisé les solos de batterie ; Keith Moon (The Who) pour son jeu explosif ; John Bonham pour son son puissant et groovy ; et des batteurs modernes comme Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters) ou Sheila E. dans le funk et la pop. Dans le métal, des batteurs comme Mike Portnoy (Dream Theater) ont poussé la technique de double pédale à l'extrême.
