Introduction
La flûte à bec est un instrument à vent à conduit, c'est-à-dire que le souffle du musicien est canalisé par un bec vers un biseau (arête tranchante) qui met l'air en vibration. Contrairement à la flûte traversière, elle se joue verticalement. Son timbre doux, intime et expressif, ainsi que sa relative facilité d'émission, en ont fait pendant des siècles un instrument domestique et pédagogique de premier choix, tout en brillant dans un vaste répertoire concertant.
Histoire
Les ancêtres de la flûte à bec remontent à la Préhistoire, mais sa forme moderne émerge en Europe au Moyen Âge. Elle connaît son âge d'or à la Renaissance et à l'époque baroque (XVIe-XVIIIe siècles), où elle est utilisée en consort (ensemble homogène de tailles différentes) et comme instrument soliste. Des compositeurs comme Antonio Vivaldi, Georg Philipp Telemann, Johann Sebastian Bach et Henry Purcell lui ont consacré des œuvres majeures. Elle est supplantée à la fin du XVIIIe siècle par la flûte traversière, au son plus puissant et plus brillant, adapté aux salles de concert classiques. Tombée dans l'oubli, elle est redécouverte et revitalisée au XXe siècle grâce au mouvement de renouveau de la musique ancienne (avec des pionniers comme Arnold Dolmetsch) et à son adoption massive dans l'éducation musicale scolaire.
Fabrication
Traditionnellement, les flûtes à bec sont tournées dans un bloc de bois dur et dense. Le processus implique le perçage du canal interne, le façonnage extérieur, la sculpture du bec et du biseau (la 'lèvre'), et le perçage des trous. La finition comprend le ponçage et l'huilage. Les modèles modernes d'étude sont souvent moulés en plastique de haute qualité, offrant une justesse et une durabilité excellentes pour un coût modique. Les facteurs d'instruments historiques reproduisent avec précision les modèles anciens (style renaissance, baroque allemand ou baroque français) d'après des instruments muséaux.
Technique
La technique de jeu repose sur le contrôle du souffle (souffle doux et constant), le doigté et l'articulation. Les doigts bouchent directement les trous (il n'y a pas de clefs sur les modèles historiques, sauf parfois sur le trou du petit doigt pour les notes graves). L'articulation, cruciale pour la musicalité, est produite par la langue (utilisation de syllabes comme 'du', 'tu', 'ru'). Le vibrato est obtenu par le diaphragme ou la gorge, et non par les doigts. La justesse dépend beaucoup du contrôle du souffle et de l'embouchure.
Repertoire
Le répertoire est immense. Il comprend la musique médiévale et renaissance pour consort, la musique baroque solo et en sonate (Vivaldi, Telemann, Bach, Handel), ainsi que des pièces de la période classique. Le XXe siècle a vu un renouveau créatif avec des œuvres composées spécifiquement pour la flûte à bec moderne, exploitant des techniques étendues (sons multiphoniques, percussions, souffle), par des compositeurs comme Luciano Berio, Paul Hindemith, Leonard Bernstein et John Tavener. Elle est également très présente dans la musique folk et la musique contemporaine pour le jeune public.
Musiciens Celebres
Parmi les grands interprètes du renouveau moderne figurent Frans Brüggen (considéré comme le père de l'interprétation historiquement informée), Michala Petri (virtuose au répertoire étendu), Maurice Steger (spécialiste du baroque virtuose), et les ensembles The Royal Wind Music et Flanders Recorder Quartet. Au XXe siècle, le facteur et musicien Arnold Dolmetsch joua un rôle capital dans sa renaissance.
