Introduction
La cornemuse est un instrument à vent à anche et à poche de réserve d'air, caractérisé par son son continu et puissant. Sa singularité réside dans la séparation entre la production du souffle (par la bouche ou un soufflet) et la production du son, permettant des phrasés musicaux ininterrompus. Elle incarne la tradition et l'identité de nombreuses cultures, de la Grande-Bretagne aux Balkans, en passant par la France et l'Espagne.
Histoire
Les origines de la cornemuse remontent à l'Antiquité. Des représentations d'instruments à poche et à anche simple existent dans l'Empire romain et au Proche-Orient. Elle se diffuse en Europe au Moyen Âge, où elle est représentée dans de nombreuses enluminures et sculptures. Chaque région développe sa propre variante : la « Great Highland Bagpipe » en Écosse (devenue instrument de guerre et de cérémonie au XVIe siècle), la « Uilleann pipes » en Irlande (plus complexe, jouée assise avec un soufflet), la « Biniou » en Bretagne, la « Gaita » en Galice et Asturies, la « Zampogna » en Italie, ou la « Dudelsack » en Europe centrale. Son usage a décliné avec l'industrialisation avant de connaître un renouveau folklorique au XXe siècle.
Fabrication
La fabrication est un artisanat complexe. Le sac, autrefois en estomac ou vessie d'animal, est aujourd'hui en cuir étanche ou en matériau synthétique (Gore-Tex). Il est relié au porte-vent (avec clapet anti-retour) et aux tuyaux. Le chalumeau mélodique (« chanter ») et les bourdons sont tournés dans des bois durs et percés avec précision. L'embouchure et les pièces décoratives (pavillons) peuvent être en ivoire, corne ou plastique. Le cœur de l'instrument réside dans les anches : simple pour les bourdons (en roseau ou plastique), double pour le chalumeau (en roseau ou fibre de carbone), dont la taille et la coupe déterminent le timbre et l'accord.
Technique
Le musicien (« sonneur ») maintient une pression constante dans le sac avec son bras, tout en l'alimentant en air par le porte-vent (bouche) ou un soufflet sous le bras. La main gauche (ou droite selon la tradition) joue la mélodie sur le chalumeau, qui possède des trous à doigter. Les bourdons, reposant sur l'épaule ou la hanche, produisent un bourdon continu (généralement la tonique et la dominante) qui sert de fond harmonique. La maîtrise requiert une coordination indépendante des bras, une embouchure précise pour l'anche et une connaissance des ornementations spécifiques (gracenotes, doublings, taorluaths en Écosse).
Repertoire
Le répertoire est immense et régional. Pour la cornemuse écossaise des Highlands : marches martiales (« Scotland the Brave »), strathspeys (danse en 4/4), reels et jigs (danses rapides), lamentations (« pibroch » ou « ceòl mòr », musique classique très ornée). En Bretagne, le duo biniou-bombarde anime les festoù-noz avec des danses comme l'an-dro ou le plinn. Les Uilleann pipes irlandaises jouent un vaste répertoire de musique traditionnelle (airs, danses) et de musique savante baroque. La cornemuse est aussi utilisée dans le rock, la world music et les bandes originales de films.
Musiciens Celebres
Pour la Great Highland Bagpipe : le Pipe Major William Ross, Gordon Duncan (innovateur), les groupes Red Hot Chilli Pipers et le Royal Scots Dragoon Guards. Pour les Uilleann pipes irlandaises : Seán Ó Riada, Paddy Keenan, Liam O'Flynn (avec le groupe Planxty), Davy Spillane. En Bretagne : Sonerien Du, le bagad de Lann-Bihoué. Autres : Carlos Núñez (Galice), les frères Rizzo pour la Zampogna (Italie).
