Introduction
La contrebasse est un instrument à cordes frottées (par un archet) ou pincées (pizzicato) qui occupe une place fondamentale dans la musique occidentale. Par sa taille imposante (elle mesure entre 1,8 et 2 mètres de haut) et sa tessiture grave, elle assure le rôle de pilier rythmique et harmonique. Son timbre profond, chaleureux et puissant lui permet de se fondre dans l'orchestre ou de s'en extraire pour des solos expressifs. Son histoire hybride, entre la famille des violes et celle des violons, lui confère une morphologie et des techniques de jeu uniques.
Histoire
La contrebasse moderne émerge en Italie au XVIe siècle, dérivant de plusieurs instruments graves antérieurs comme la "violone" (basse de la famille des violes) et le "violone grosso" de la famille des violons. Sa construction a longtemps été peu standardisée, oscillant entre trois, quatre ou cinq cordes et entre des formes inspirées des violes (épaules tombantes) et des violons (épaules carrées). Au XVIIIe siècle, des luthiers comme Gasparo da Salò et Andrea Amati en produisent des versions notables. Son intégration à l'orchestre classique se consolide avec des compositeurs comme Haydn et Mozart, mais c'est au XIXe siècle, avec Beethoven, Schubert et les romantiques, qu'elle gagne en indépendance. Le XXe siècle voit son émancipation totale, notamment grâce au jazz où elle devient l'épine dorsale des sections rythmiques avant l'avènement de la basse électrique.
Fabrication
La lutherie de la contrebasse est un art exigeant et long. La caisse de résonance est traditionnellement taillée dans des bois choisis pour leurs qualités acoustiques : l'épicéa pour la table d'harmonie (fine et résonante) et l'érable pour le fond et les éclisses (plus denses). Le manche et la touche sont en érable et en ébène respectivement. La forme peut être de type "violon" (épaules arrondies) ou "viol" (épaules tombantes). L'âme, petit cylindre d'épicéa placé à l'intérieur, transmet les vibrations. Le chevalet, en érable, supporte les cordes. Les cordes étaient historiquement en boyau, aujourd'hui souvent en acier ou en matériaux synthétiques (Nylon), offrant plus de puissance et de stabilité. L'archet existe en deux modèles : le modèle "français" (similaire à celui du violoncelle) et le modèle "allemand" ou "Butler" (plus large, tenu paume vers le haut).
Technique
Le jeu se divise en deux grandes techniques. Le **pizzicato** (cordes pincées avec les doigts) est primordial en jazz (où il constitue la "walking bass") et dans la musique populaire. Il produit un son percussif et rond. L'**archet** (cordes frottées) est utilisé en musique classique et permet des sons soutenus (legato) et une grande variété d'articulations. La contrebasse se joue debout ou assis sur un haut tabouret. La main gauche appuie les cordes sur la touche, mais du fait de la grande taille des intervalles, elle utilise principalement la position du « demi-manche » et le système des positions n'est pas identique à celui du violon. Des techniques étendues incluent les harmoniques, le col legno (jouer avec le bois de l'archet), le slap (technique percussive en jazz et bluegrass) et le sul ponticello (jouer près du chevalet).
Repertoire
Le répertoire soliste, bien que moins vaste que pour le violon, s'est considérablement enrichi. Parmi les concertos majeurs, ceux de Karl Ditters von Dittersdorf, de Giovanni Bottesini (le "Paganini de la contrebasse"), de Serge Koussevitzky et, au XXe siècle, ceux de John Harbison et de Gunther Schuller. En musique de chambre, elle est essentielle dans les quintettes avec piano de Schubert et de Brahms ("La Truite"), et dans de nombreuses œuvres du XXe siècle. Dans l'orchestre, elle est indispensable, formant avec les violoncelles la base des pupitres graves. En jazz, elle est l'instrument roi de la section rythmique jusqu'aux années 1950, avec des maîtres comme Jimmy Blanton, Charles Mingus, Ray Brown et Ron Carter. Elle reste également très présente dans le tango, le bluegrass, la musique latine et le rockabilly.
Musiciens Celebres
**Classique :** Domenico Dragonetti (1763-1846), Giovanni Bottesini (1821-1889), Serge Koussevitzky (1874-1951), Gary Karr (soliste moderne). **Jazz :** Jimmy Blanton (révolutionnaire avec Duke Ellington), Oscar Pettiford, Charles Mingus (compositeur et virtuose), Ray Brown, Paul Chambers, Ron Carter, Niels-Henning Ørsted Pedersen, Dave Holland. **Autres genres :** Edgar Meyer (bluegrass/classique), Renaud Garcia-Fons (jazz/world).
