Introduction
Le cajón, littéralement "caisse" ou "tiroir" en espagnol, est un instrument de percussion idiophone d'une simplicité trompeuse. C'est une boîte de résonance en bois, généralement parallélépipédique, sur laquelle le percussionniste s'assoit pour en jouer. Malgré son apparence rudimentaire, il offre une palette sonore riche et complexe, capable de reproduire les sons de base d'une batterie (grosse caisse, caisse claire, charleston) ainsi que des effets subtils. Sa polyvalence et sa portabilité en ont fait un instrument incontournable dans de nombreux genres musicaux à travers le monde.
Histoire
Le cajón trouve ses racines dans les communautés africaines réduites en esclavage dans les colonies espagnoles des Amériques, notamment au Pérou, au XVIIIe siècle. Privés de leurs tambours traditionnels, souvent interdits, les esclaves ont détourné des caisses en bois utilisées pour le transport des marchandises (comme les caisses de morue ou les tiroirs) pour en faire des instruments de percussion. Au fil du temps, il s'est intégré aux musiques créoles et afro-péruviennes. Son adoption décisive dans le flamenco date des années 1970, lorsque le guitariste Paco de Lucía, impressionné par le percussionniste péruvien Caitro Soto lors d'une tournée au Pérou, l'introduisit en Espagne. Le cajón a alors remplacé ou complété les palmas (frappes de mains) dans de nombreux groupes, apportant une rythmique puissante et nouvelle. Depuis, il a connu une diffusion mondiale, s'adaptant au jazz, à la musique pop acoustique, aux musiques du monde et à la musique classique contemporaine.
Fabrication
Un cajón traditionnel est une boîte en bois, généralement de 48 cm de haut, 30 cm de large et 30 cm de profondeur. La face avant, appelée "tapa", est plus fine (environ 3 à 8 mm d'épaisseur) et légèrement décollée du cadre pour permettre sa vibration ; c'est la surface de frappe. Les autres faces sont plus épaisses et rigides. Un trou de résonance est percé à l'arrière ou sur un côté. Une évolution majeure est le "cajón flamenco" ou "cajón à timbres", popularisé par le fabricant espagnol Carlos "Cano" Ledesma. Des cordes à piano ou des timbres (lames de métal) sont fixées à l'intérieur, en contact avec la tapa. Lorsqu'on frappe le centre de la tapa, elle vibre contre ces cordes, produisant un son claqué et métallique évoquant une caisse claire. La qualité du bois (acajou, cèdre, bouleau), l'épaisseur de la tapa et la tension des cordes déterminent le timbre et la projection de l'instrument.
Technique
Le joueur est assis à califourchon sur le cajón, penché légèrement en avant. La technique de base utilise les paumes, les doigts et les bouts des doigts. Le son grave de grosse caisse ("bass" ou "bombo") est produit en frappant le centre de la tapa avec la paume entière. Le son aigu et claqué de caisse claire ("snare" ou "tapa") s'obtient en frappant le haut de la tapa près du bord, où les timbres résonnent. Les doigts permettent des roulements, des frisés et des effets plus subtils. La main non-dominante peut aussi frapper les côtés de la caisse pour des accents. Les pieds peuvent être utilisés pour soulever légèrement l'instrument, modifiant l'angle et la résonance. La maîtrise de la dynamique, de la précision et de l'indépendance des mains est cruciale.
Repertoire
Le répertoire du cajón est immense et transgenre. Il est fondamental dans le **flamenco**, où il accompagne les palos (styles) comme les bulerías, soleás, alegrías ou tangos. Dans la musique **afro-péruvienne**, il est au cœur du landó, du festejo et de la zamacueca. Il est largement utilisé dans la **musique cubaine** (rumba, son), **brésilienne** (samba, bossa nova) et le **jazz manouche**. Dans la musique **acoustique et pop contemporaine**, il sert souvent de substitut de batterie pour les formations réduites (duo guitare/voix, trios). Des compositeurs classiques comme Gabriela Ortiz ou Sofia Gubaidulina ont également écrit pour lui.
Musiciens Celebres
Parmi les grands maîtres du cajón, on compte **Caitro Soto** et **Ronaldo Campos** (pionniers afro-péruviens), **Juan "El Camborio"** et **Israel "Piraña"** (flamenco), ainsi que **Mario Cortés** et **José Manuel "El Troi"**. Dans le jazz et les musiques du monde, des percussionnistes comme **Coke Escovedo**, **David Kuckhermann** et **Nikki Yeoh** ont grandement contribué à sa popularisation et à l'expansion de ses techniques.
