Balalaïka

Instrument à cordes pincées emblématique de la musique russe, reconnaissable à sa caisse triangulaire et à son manche long et fin. Il existe en plusieurs tailles pour former des orchestres.

Introduction

La balalaïka est bien plus qu'un simple instrument folklorique ; elle incarne l'âme musicale russe. Son profil triangulaire distinctif et son timbre à la fois clair et mélancolique en font un symbole culturel immédiatement identifiable. D'abord instrument des paysans et des skomorokhi (ménestrels itinérants), elle a connu une renaissance spectaculaire à la fin du XIXe siècle pour devenir l'instrument national russe, joué en soliste et au sein d'orchestres symphoniques.

Histoire

Les origines de la balalaïka sont obscures, peut-être dérivées d'instruments d'Asie centrale comme le dombra. Les premières mentions écrites remontent à un registre du Kremlin de 1688. Longtemps associée à la paysannerie et souvent persécutée par l'Église et le pouvoir tsariste qui voyaient en elle un instrument de débauche, elle faillit disparaître. Sa survie et son élévation sont largement dues au noble Vassili Andreïev (1861-1918). Fasciné par l'instrument, il le standardisa, créa une famille complète (piccolo, prima, secunda, alto, basse, contrebasse) et fonda le premier orchestre de balalaïkas en 1888. Cette « renaissance Andreïev » fit entrer la balalaïka dans la musique savante et institutionnalisa sa pratique.

Fabrication

La fabrication traditionnelle est un artisanat minutieux. La caisse de résonance triangulaire est assemblée à partir de 5 à 9 segments d'érable ou de hêtre, formant une coque arrondie. La table d'harmonie, en épicéa fin, est percée d'une petite ouïe ronde ou en forme d'étoile. Le manche long et étroit est surmonté d'une tête plate et inclinée. Une caractéristique unique est la présence de frettes métalliques amovibles (généralement 16 à 31) qui coulissent sur la touche, permettant des ajustements microtonaux pour certains modes traditionnels. Les cordes étaient historiquement en boyau ; aujourd'hui, les deux premières sont en nylon, la troisième (la plus grave) est en nylon filé de métal.

Technique

Le jeu repose principalement sur le « balayage » (bratanie) : l'index de la main droite effectue des aller-retour rapides sur les cordes, produisant un son brillant et rapide. Le pouce est aussi utilisé pour les mélodies et les arpèges. La main gauche presse les cordes, utilisant abondamment le vibrato et les ornements typiques comme le trille (tremolando). Les cordes ne sont pas pincées individuellement très souvent, sauf pour des effets particuliers. La technique virtuose peut atteindre une grande vitesse et une expressivité poignante.

Repertoire

Le répertoire est vaste. Il inclut un fonds traditionnel immense de chansons paysannes, de danses (comme la « Kamarinskaïa ») et de romances. Depuis Andreïev, un répertoire classique s'est développé, avec des arrangements d'œuvres russes (Tchaïkovski, Moussorgski) et des compositions originales pour balalaïka solo ou orchestre. Des concertos pour balalaïka et orchestre symphonique ont été écrits par des compositeurs comme Zinoviev. Aujourd'hui, son répertoire s'étend au jazz, à la pop et aux expérimentations contemporaines.

Musiciens Celebres

Vassili Andreïev (le « père » de la balalaïka moderne), Boris Feoktistov (virtuose et pédagogue), Pavel Necheporenko (considéré comme l'un des plus grands maîtres du XXe siècle), Mikhaïl Ignatov, et Alexeï Arkhipovsky, un virtuose contemporain acclamé pour ses performances énergiques et son expansion des possibilités techniques de l'instrument.

Sources

  • Andreyev, V. V. (1900). 'On the Question of Russian Folk Instruments'.
  • Kiszko, M. (1995). 'The Balalaika: A Reappraisal'. The Galpin Society Journal.
  • Ignatov, M. (2009). 'School of Playing the Balalaika'. Muzyka Publishing.
  • The Balalaika and Domra Association of America (BDAA) archives et ressources pédagogiques.
  • Zabolotnaya, N. (2013). 'History of the Russian Balalaika'. Journal of the American Musical Instrument Society.
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