Introduction
L'alto (ou violon alto) occupe une place centrale et singulière dans la famille des cordes. Sa tessiture, intermédiaire entre le violon et le violoncelle, lui confère un rôle harmonique et mélodique polyvalent. Son timbre caractéristique, plus chaud et plus nasal que celui du violon, est souvent associé à l'introspection et à l'expressivité profonde. Bien que de structure similaire au violon, ses dimensions plus généreuses (corps d'environ 40 à 42 cm de long) et son accord en quinte inférieure (Do, Sol, Ré, La) en font un instrument distinct avec ses propres défis techniques et son riche répertoire.
Histoire
L'alto émerge en Italie au début du XVIe siècle, issu de la famille des violes (viole da braccio). Les premiers modèles, fabriqués par des luthiers comme Andrea Amati à Crémone, étaient plus diversifiés en taille. Son rôle était initialement principalement d'accompagnement, remplissant les harmonies dans les ensembles. Au XVIIIe siècle, des compositeurs comme Georg Philipp Telemann et Johann Sebastian Bach (dans ses *Concerts Brandebourgeois*) commencèrent à lui confier des parties plus solistiques. La période classique le consolida comme pilier du quatuor à cordes (avec deux violons et un violoncelle). Le XIXe siècle vit un regain d'intérêt avec des œuvres majeures de Berlioz, Brahms et Schumann. Le XXe siècle marqua sa véritable émancipation en tant qu'instrument soliste, grâce à des interprètes dédiés et des compositeurs comme Paul Hindemith (lui-même altiste), Béla Bartók, et William Walton, qui écrivirent des concertos majeurs pour lui.
Fabrication
La fabrication de l'alto suit les mêmes principes artisanaux que celle du violon, mais avec des adaptations. La table d'harmonie est généralement taillée dans de l'épicéa pour sa résonance, tandis que le fond, les éclisses et le manche sont en érable pour leur solidité et leur beauté veinée. La forme des ouïes en « f » et l'âme (petit cylindre de bois à l'intérieur) sont cruciales pour la projection du son. La principale différence réside dans les proportions : un corps plus large et plus profond, un manche plus robuste et des cordes plus longues et plus épaisses pour produire les notes graves. L'absence de standardisation absolue de la taille a conduit à une grande variété de modèles, les luthiers ajustant les dimensions pour optimiser le compromis entre la facilité de jeu et la richesse du timbre.
Technique
La technique de jeu est similaire à celle du violon, mais adaptée à sa taille. La position de la main gauche est plus écartée, rendant les démanchés et les extensions plus exigeantes. L'archet, légèrement plus lourd et parfois différent dans son équilibre, requiert une maîtrise spécifique pour faire vibrer efficacement les cordes plus lourdes. L'alto utilise principalement la clé d'ut troisième ligne (clé d'alto), ce qui oblige les musiciens à une lecture spécifique. Son répertoire exploite souvent son registre de chant (cordes de La et de Do) pour des mélodies lyriques, mais aussi son registre aigu, plus perçant. Les techniques contemporaines (sul ponticello, col legno, harmoniques) sont largement utilisées.
Repertoire
Le répertoire de l'alto est vaste et s'est considérablement enrichi. En musique de chambre, il est indispensable dans le quatuor à cordes (Haydn, Mozart, Beethoven, Schubert) et le quintette à cordes (avec deux altos, comme chez Mozart et Brahms). En orchestre, il forme le cœur des harmonies moyennes. Le répertoire soliste comprend des œuvres baroques (concertos de Telemann, *Concerto pour 2 violons et alto* de Bach), romantiques (*Harold en Italie* de Berlioz, symphonie concertante de Mozart) et surtout modernes : *Concerto* de Walton, *Concerto* de Bartók, *Der Schwanendreher* de Hindemith, *Concerto* de Schnittke, et *Élégie* de Stravinsky. La musique contemporaine lui offre une place de choix.
Musiciens Celebres
Parmi les grands altistes ayant contribué à la notoriété de l'instrument, on compte : **Lionel Tertis** (pionnier britannique du XXe siècle), **William Primrose** (écossais, considéré comme l'un des plus grands techniciens), **Paul Hindemith** (compositeur et interprète allemand). Dans la seconde moitié du XXe siècle et aujourd'hui : **Yuri Bashmet** (russe, star internationale au son puissant et charismatique), **Nobuko Imai** (japonaise), **Tabea Zimmermann** (allemande, référence absolue), **Gérard Caussé** (français), **Lawrence Power** (britannique), et **Antoine Tamestit** (français). Ces artistes ont considérablement élargi le répertoire par des commandes et des transcriptions.
