Arnold Schönberg (Schoenberg)

Moderne / Expressionnisme / Sérialisme

Compositeur, théoricien et peintre autrichien, fondateur de la Seconde école de Vienne. Il révolutionna la musique occidentale en développant la technique du dodécaphonisme (musique sérielle), rompant définitivement avec la tonalité traditionnelle. Figure majeure et controversée du XXe siècle, son influence fut immense.

Introduction

Arnold Schönberg est l'une des figures les plus radicales et influentes de l'histoire de la musique. Autodidacte pour l'essentiel, il incarne la rupture avec le système tonal hérité de la tradition classique et romantique. Sa trajectoire, de Vienne à Los Angeles, en passant par Berlin, est celle d'un artiste en quête perpétuelle de nouvelles lois d'organisation du son, guidé par la conviction que 'l'air d'une autre planète' soufflait dans sa musique. Plus qu'un simple compositeur, il fut un pédagogue exceptionnel (comptant parmi ses élèves Alban Berg et Anton Webern) et un penseur profond de l'art.

Jeunesse

Né dans une famille juive modeste de Vienne, Schönberg commence à apprendre le violon seul puis le violoncelle. La mort prématurée de son père le contraint à travailler comme employé de banque. Il acquiert sa culture musicale en autodidacte, se formant notamment en analysant les partitions des grands maîtres et en fréquentant les milieux artistiques viennois. Son premier mentor est Alexander von Zemlinsky, qui lui donne quelques leçons de contrepoint et dont il épousera la sœur, Mathilde, en 1901. Ses premières œuvres, comme le sextuor à cordes 'La Nuit transfigurée' (1899), s'inscrivent dans l'héritage post-romantique de Wagner et Brahms.

Carriere

Sa carrière se déploie en phases distinctes. La période post-romantique (jusqu'en 1908) culmine avec l'énorme 'Gurre-Lieder'. Vient ensuite la période 'atonale' ou 'pantonal' (1908-1923), où il abandonne la tonalité centrale, explorant l'expressionnisme le plus intense dans des œuvres comme 'Pierrot lunaire' (1912) pour récitant et ensemble. Après une pause créatrice, il élabore sa méthode de composition avec douze sons (dodécaphonisme ou sérialisme) vers 1923, visant à structurer la musique atonale. Contraint de fuir le nazisme en 1933 (son œuvre est qualifiée d''art dégénéré'), il s'exile d'abord à Paris, où il se reconvertit au judaïsme, puis aux États-Unis. Il y enseigne à l'UCLA et compose des œuvres qui souvent fusionnent sa technique sérielle avec des références tonales, comme son 'Concerto pour violon' (1936) ou 'Un survivant de Varsovie' (1947).

Style

Le style de Schönberg évolue d'un post-romantisme luxuriant vers un expressionnisme concis et anguleux, où l'émotion est poussée à son paroxysme. L'atonalité libre donne à chaque note une indépendance, créant un langage de tension permanente. Le dodécaphonisme, sa grande innovation, organise les douze notes de la gamme chromatique en une 'série' qui sert de base structurelle à l'œuvre, empêchant toute hiérarchie tonale. Il ne s'agit pas d'une simple technique mais d'une nouvelle logique de pensée compositionnelle. Schönberg insistait sur le fait qu'il écrivait toujours de la 'musique tonale', mais dans un sens élargi, cherchant à assurer la 'prééminence de l'idée musicale'.

Oeuvres Majeures

Parmi ses œuvres capitales, on trouve 'La Nuit transfigurée' (op.4, 1899), sommet du post-romantisme ; les 'Cinq Pièces pour orchestre' (op.16, 1909), modèles de l'atonalité libre et du Klangfarbenmelodie (mélodie de timbres) ; 'Pierrot lunaire' (op.21, 1912), cycle de mélodrames expressionnistes qui est un tournant de la musique de chambre ; la 'Suite pour piano' (op.25, 1923), première œuvre entièrement basée sur une série de douze sons ; les 'Variations pour orchestre' (op.31, 1928), démonstration magistrale du dodécaphonisme orchestral ; l'opéra inachevé 'Moïse et Aaron', qui explore de façon dramatique la tension entre l'idée pure et sa communication ; et enfin 'Un survivant de Varsovie' (op.46, 1947), œuvre poignante pour récitant, chœur masculin et orchestre, témoignage musical de la Shoah.

Heritage

L'héritage de Schönberg est colossal et dual. Il est le père fondateur de la modernité musicale du XXe siècle, sa méthode sérielle ayant été adoptée et développée par des générations de compositeurs (de ses élèves Berg et Webern à Boulez, Stockhausen ou encore Luigi Nono). Il a radicalement changé l'écoute et la conception de la musique. Cependant, sa rupture avec la tonalité a aussi engendré une profonde fracture avec le grand public, faisant de lui un symbole de la musique 'difficile' ou 'intellectuelle'. Au-delà de la technique, son héritage réside dans l'exigence absolue de cohérence entre la pensée et la forme, et dans la conviction que l'artiste doit suivre sa nécessité intérieure, aussi impopulaire soit-elle.

Anecdotes

Sources

  • Schoenberg, Arnold. 'Le Style et l'Idée'. Éditions Buchet/Chastel.
  • Rosen, Charles. 'Arnold Schoenberg'. Éditions de Minuit.
  • Fubini, Enrico. 'Les Philosophies de la musique'. Éditions Kimé.
  • Frisch, Walter. 'The Early Works of Arnold Schoenberg, 1893-1908'. University of California Press.
  • Site de la Arnold Schönberg Center, Vienne (www.schoenberg.at).
  • Griffiths, Paul. 'Modern Music and After'. Oxford University Press.
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