Introduction
Sorti le 16 mai 1966, 'Pet Sounds' est l'œuvre visionnaire de Brian Wilson, le principal compositeur et producteur des Beach Boys. Alors que le groupe était jusqu'alors synonyme de l'idéal californien insouciant, cet album a constitué une rupture audacieuse, explorant des thèmes universels de solitude, d'amour perdu, de nostalgie et de quête spirituelle. Il représente l'apogée de la compétition artistique avec les Beatles et constitue un jalon essentiel dans l'évolution du rock et de la pop vers une forme d'art plus personnelle et ambitieuse.
Description
L'album se compose de treis chansons qui forment un tout cohérent, presque un cycle de chansons. Il s'ouvre sur l'optimiste 'Wouldn't It Be Nice', une évocation adolescente de l'avenir, avant de plonger dans des émotions plus sombres et introspectives. Des titres comme 'You Still Believe in Me', 'Don't Talk (Put Your Head on My Shoulder)' et 'I'm Waiting for the Day' explorent la vulnérabilité amoureuse avec une sensibilité rare. 'God Only Knows', souvent citée comme l'une des plus belles chansons jamais écrites, est une déclaration d'amour d'une pureté et d'une complexité harmonique remarquables. L'album se referme sur l'instrumental 'Pet Sounds', un paysage sonore expérimental, et la mélancolique 'Caroline, No', qui clôt le cycle sur une note de nostalgie irrémédiable.
Histoire
L'élaboration de 'Pet Sounds' est indissociable de la trajectoire personnelle de Brian Wilson. Profondément marqué par l'album 'Rubber Soul' des Beatles, qu'il percevait comme un ensemble cohérent, il décida de créer son propre chef-d'œuvre conceptuel. Il arrêta les tournées avec le groupe fin 1964 pour se consacrer entièrement à l'écriture et à la production en studio. Pendant que le reste des Beach Boys était en tournée, il collabora intensément avec le parolier Tony Asher pour ciseler des textes introspectifs. Les sessions d'enregistrement, principalement aux studios Gold Star et Western à Los Angeles, furent révolutionnaires. Wilson travailla avec les célèbres musiciens de session 'The Wrecking Crew', construisant des arrangements d'une richesse inouïe, superposant des couches d'instruments inhabituels pour l'époque : claviers électriques, theremin, bicyclettes, cloches, cors français et aboiements de chiens. L'album fut mal accueilli commercialement à sa sortie aux États-Unis et divisa la critique, mais fut encensé au Royaume-Uni. Il laissa également les autres membres du groupe, notamment Mike Love, perplexes face à cette nouvelle direction.
Caracteristiques
Les caractéristiques musicales de 'Pet Sounds' sont multiples et novatrices. L'**orchestration** est d'une densité et d'une inventivité extraordinaires, mêlant instruments rock traditionnels et orchestre de chambre. Les **harmonies vocales** des Beach Boys atteignent un niveau de sophistication inégalé, avec des contrepoints complexes et des superpositions méticuleuses. La **structure des chansons** rompt souvent avec le format couplet-refrain classique, adoptant des formes plus libres et progressives. Les **thèmes lyriques**, signés principalement par Tony Asher d'après les esquisses de Wilson, abandonnent le superficiel pour traiter de l'angoisse existentielle, de la perte de l'innocence et de la quête de sens. La **production** est elle-même un instrument, utilisant le studio comme un laboratoire pour créer des textures sonores et des effets spatiaux (comme l'écho sur les percussions) qui influencèrent profondément la production phonographique.
Importance
L'importance de 'Pet Sounds' est monumentale. Il est largement considéré comme le premier album 'artiste' de la pop, où le producteur/compositeur (Brian Wilson) est l'auteur principal d'une vision unifiée. Il a directement inspiré les Beatles pour la création de 'Sgt. Pepper's Lonely Hearts Club Band' (Paul McCartney a souvent cité 'God Only Knows' comme sa chanson préférée). Il a élevé le standard de la production en studio, démontrant que l'enregistrement pouvait être une forme de composition à part entière. L'album a inauguré le genre de la 'pop baroque' et a influencé des générations d'artistes, des auteurs-compositeurs des années 70 (Todd Rundgren, Harry Nilsson) aux groupes de rock indépendant et de shoegaze des années 80 et 90. Sa réévaluation critique a été constante, et il figure systématiquement en tête des listes des meilleurs albums de tous les temps (Rolling Stone, NME, Mojo). Il a finalement obtenu la certification disque de platine aux États-Unis en 2000, plus de trente ans après sa sortie.
