Introduction
Sorti le 16 juin 1997 au Royaume-Uni, 'OK Computer' est le troisième album studio de Radiohead. Succédant au succès mondial de 'The Bends' (1995), l'album marque un tournant radical pour le groupe, qui délaisse en grande partie les structures classiques du rock guitaristique pour explorer des territoires sonores plus ambiants, atmosphériques et expérimentaux. Produit principalement par le groupe avec Nigel Godrich, il capture un sentiment de malaise profond à l'aube du nouveau millénaire, anticipant avec une clairvoyance troublante l'aliénation technologique et l'isolement social.
Description
L'album s'ouvre sur 'Airbag', une chanson construite sur un sample de batterie en boucle et des guitares distordues, évoquant un accident de voiture miraculeusement survécu. Il se poursuit avec des titres devenus emblématiques comme 'Paranoid Android', une suite épique en plusieurs mouvements inspirée par 'Happiness Is a Warm Gun' des Beatles, mêlant hard rock, passages acoustiques et chœurs angéliques. 'Subterranean Homesick Alien' peint une atmosphère de science-fiction mélancolique, tandis que 'Exit Music (For a Film)', écrite pour la version de 'Roméo + Juliette' de Baz Luhrmann, est une ballade sombre et crescendo. 'Let Down' et 'Karma Police' offrent des mélodies magnifiques empreintes de désespoir. L'album culmine avec 'No Surprises', une berceuse sinistre à la glockenspiel, et se referme sur 'The Tourist', une méditation lente et apaisante. Les paroles de Thom Yorke, souvent cryptiques et poétiques, traitent de la déshumanisation, de la paranoïa politique, de la consommation de masse et de l'effondrement psychique dans un monde hyper-connecté.
Histoire
L'enregistrement a eu lieu en 1996 et début 1997 dans plusieurs lieux, dont les studios St Catherine's Court, une maison de campagne appartenant à l'actrice Jane Seymour, ce qui a permis au groupe de travailler dans une atmosphère détendue et isolée. Contrairement à 'The Bends', enregistré avec un producteur fort (John Leckie), Radiohead a pris le contrôle créatif avec l'ingénieur Nigel Godrich, qui est devenu leur producteur attitré par la suite. Le processus était collaboratif et expérimental, le groupe utilisant des techniques non conventionnelles (enregistrements sur cassette, bruits ambiants) et des instruments variés (ondes Martenot, orgue Mellotron). La pochette, conçue par l'artiste Stanley Donwood et Thom Yorke, est un collage de formes abstraites, d'autoroutes et de textes générés par ordinateur, reflétant les thèmes de l'album. À sa sortie, il a été acclamé par la critique et a atteint la première place des charts britanniques. Il a remporté le Grammy du meilleur album de musique alternative en 1998 et a été nommé pour l'Album de l'année.
Caracteristiques
Musicalement, 'OK Computer' est un pont entre le rock guitariste des débuts de Radiohead et ses explorations électroniques futures. Il conserve la puissance des guitares de Jonny Greenwood et Ed O'Brien, mais les intègre dans des paysages sonores vastes et souvent dissonants. L'album utilise abondamment les effets (delay, reverb), les changements de signature rythmique, les lignes de basse mélodiques de Colin Greenwood et la batterie jazz-influencée de Phil Selway. Les arrangements sont denses et méticuleux, avec des couches de sons électroniques, des cordes et des pianos. L'ambiance générale est cinématographique, angoissée et contemplative, évitant soigneusement les refrains facilement accessibles au profit d'une immersion atmosphérique. Les paroles sont un flux de conscience post-moderne, mêlant images technologiques ('un insecte qui rampe sur l'écran'), références littéraires (à '1984' d'Orwell dans 'Karma Police') et sentiments d'impuissance existentielle.
Importance
'OK Computer' est largement considéré comme un album charnière dans l'histoire du rock. Il a prouvé qu'un groupe de rock grand public pouvait réaliser un album conceptuel ambitieux et exigeant tout en rencontrant un succès commercial et critique massif. Il a ouvert la voie à l'explosion du rock progressif et expérimental des années 2000 et a influencé d'innombrables artistes. Plus profondément, il a capturé l'esprit d'une époque avec une précision prophétique, articulant l'anxiété et l'aliénation générées par la mondialisation, les médias omniprésents et la révolution numérique naissante. Sa réputation n'a fait que grandir avec le temps ; il est régulièrement classé parmi les plus grands albums de tous les temps par des publications comme Rolling Stone, NME ou Pitchfork. Il a également libéré Radiohead de toute attente commerciale, leur permettant de poursuivre des explorations encore plus radicales avec 'Kid A' et 'Amnesiac'.
