Introduction
« Homework », sorti le 20 janvier 1997 sur Virgin Records, est l'œuvre inaugurale de Thomas Bangalter et Guy-Manuel de Homem-Christo, alias Daft Punk. Plus qu'un simple album, c'est un manifeste sonore qui a exporté le son de la house française à l'échelle planétaire. Enregistré principalement dans la chambre de Bangalter avec un équipement modeste (notamment des séquenceurs et des sampleurs comme l'EMU SP-1200 et le Roland TR-909), l'album fusionne avec génie l'énergie brute de la house de Chicago, l'esprit du disco et du funk, et une approche DIY résolument moderne.
Description
L'album se compose de 16 morceaux, mêlant titres instrumentaux puissants et rares incursions vocales, souvent samplées. Il est célèbre pour sa construction à partir de boucles et de samples retravaillés avec ingéniosité, créant une alchimie unique entre nostalgie et futurisme. Les titres phares comme « Da Funk » (avec son riff de basse iconique et son chien anthropomorphe dans le clip), « Around the World » (hypnotique et minimaliste, basé sur la répétition du titre) et « Burnin' » ont dominé les clubs. Mais l'album explore aussi des territoires plus expérimentaux avec « Revolution 909 » (hommage à la techno de Détroit), les nappes planantes de « Fresh » ou le beat rock de « Rollin' & Scratchin' ». La pochette, épurée, présente simplement le logo Daft Punk (les deux silhouettes de casques) sur fond noir, annonçant déjà leur mystère et leur focalisation sur la musique.
Histoire
L'histoire de « Homework » commence par la formation du duo en 1993. Après un premier succès avec le single « The New Wave » en 1994, ils attirent l'attention de Stuart Macmillan de Soma Records, qui les convainc de ne pas sortir un album trop tôt mais de peaufiner leur son. Les premiers singles « Da Funk » et « Rollin' & Scratchin' » sortent ainsi sur Soma en 1995, devenant des hymnes underground. Le buzz est tel que les majors s'intéressent à eux. Ils signent chez Virgin et assemblent « Homework » en 1996, compilant ces singles et de nouveaux morceaux. La sortie est un succès critique et commercial immédiat, se vendant à plus de deux millions d'exemplaires dans le monde. L'album a été créé sans pression ni attente, dans l'esprit du « devoir à la maison » (homework), d'où son titre, reflétant un travail personnel et passionné.
Caracteristiques
Les caractéristiques sonores de « Homework » sont devenues sa signature : des beats lourds et saccadés de la TR-909, des lignes de basse synthétique profondes et funky, des samples filtrés et déformés (empruntés à des artistes comme Barry Manilow, George Duke ou Eddie Johns), et des mélodies simples mais extrêmement efficaces. La production est volontairement « sale », avec une distorsion présente et un son brut qui contraste avec la production ultra-lisse de la dance de l'époque. L'album alterne entre des moments d'euphorie pure (« Around the World ») et des plongées dans des textures plus sombres et industrielles (« Rock'n Roll »). Il est aussi remarquable pour sa structure en « suite », avec des transitions fluides entre certains morceaux, conçu pour être écouté comme un tout.
Importance
L'importance de « Homework » est colossale. Il est le catalyseur principal du mouvement French Touch, inspirant des artistes comme Cassius, Étienne de Crécy ou Busy P (qui deviendra leur manager). Il a démocratisé la house music en France et lui a donné une identité internationale distincte. Techniquement, il a remis au goût du jour l'utilisation créative du sampling et a prouvé qu'un album de dance pure pouvait avoir une cohérence artistique forte. Culturellement, il a transcendé les frontières du genre, étant adopté aussi bien par les ravers que par les critiques rock. Il a établi Daft Punk non comme de simples DJs, mais comme des artistes studio à part entière, posant les bases de leur mythologie et de leur quête de perfection qui culminera avec « Discovery ». « Homework » reste un album de référence, souvent cité comme l'un des plus grands albums de dance de tous les temps.
