Prix Femina

Le Prix Femina est un prestigieux prix littéraire français créé en 1904 par des collaboratrices du magazine féminin 'La Vie heureuse' en réaction à l'exclusivité masculine du jury du Goncourt. Décerné chaque automne, il récompense une œuvre de langue française écrite en prose ou en poésie, sélectionnée par un jury exclusivement féminin.

Introduction

Le Prix Femina est l'un des grands prix littéraires français de la rentrée, aux côtés du Goncourt et du Renaudot. Sa singularité historique et sa longévité en font une institution majeure du paysage littéraire francophone. Fondé par des femmes pour promouvoir des œuvres jugées par des femmes, il a traversé le XXe siècle en affirmant une voix et une sensibilité distinctes, tout en récompensant certains des plus grands auteurs.

Description

Le Prix Femina récompense chaque année, généralement début novembre, une œuvre de langue française (roman, récit, essai, poésie) publiée dans l'année. Son jury est composé exclusivement de femmes, une caractéristique unique parmi les grands prix, bien que les auteurs primés puissent être des hommes ou des femmes. La délibération a lieu au restaurant parisien Lasserre, dans une atmosphère de secret et de débats littéraires intenses. Le prix s'accompagne d'une récompense symbolique (un chèque de quelques euros) mais surtout d'une formidable visibilité médiatique et commerciale pour le lauréat. Il a également créé des déclinaisons : le Prix Femina étranger (décerné depuis 1985 à un roman traduit en français) et le Prix Femina essai (depuis 1999).

Histoire

Le prix est né en 1904 sous le nom de 'Prix Vie heureuse', initié par Anna de Noailles et plusieurs autres femmes d'esprit (dont la poétesse Judith Gautier) proches du magazine 'La Vie heureuse' (futur 'Femina'). La première lauréate fut Myriam Harry pour 'La Conquête de Jérusalem' en 1904. Il prend le nom de 'Prix Femina' en 1919. Sa création fut un acte féministe en réponse au jury entièrement masculin du Goncourt, accusé de misogynie. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le jury se scinda en deux : un comité officiel sous l'Occupation et un comité clandestin, dit 'Prix Femina de la Résistance', qui siégea à Lyon. Au fil des décennies, le prix a su évoluer, s'ouvrant à des formes littéraires variées et à des auteurs du monde entier écrivant en français, tout en conservant son identité et son indépendance.

Caracteristiques

1. **Jury exclusivement féminin** : Composé d'une vingtaine de personnalités littéraires (écrivaines, journalistes, critiques), renouvelé par cooptation. Cette spécificité fonde son identité et influence souvent, mais pas systématiquement, ses choix. 2. **Indépendance éditoriale** : Le jury du Femina est réputé pour son indépendance vis-à-vis des grands groupes éditoriaux et des logiques commerciales, privilégiant souvent des œuvres exigeantes ou audacieuses. 3. **Éclectisme et découvertes** : Historiquement, le Femina a été plus ouvert que le Goncourt aux auteurs étrangers, aux femmes auteurs (même si ce n'est pas une règle) et à des styles littéraires divers. Il a souvent servi de tremplin à des écrivains alors peu connus. 4. **Rituel et tradition** : La délibération dans le lieu fermé et le cérémonial de l'annonce participent à son prestige et à son mystère.

Importance

Le Prix Femina occupe une place centrale dans l'écosystème littéraire français. Son importance est triple : culturelle, symbolique et économique. Culturellement, il a contribué à faire connaître des chefs-d'œuvre comme 'Le Grand Meaulnes' d'Alain-Fournier (prix en 1913, refusé par l'auteur), 'Bonjour tristesse' de Françoise Sagan (1954), ou plus récemment 'Trois femmes puissantes' de Marie NDiaye (2009). Symboliquement, il reste un emblème de la légitimité du jugement littéraire féminin et une tribune pour des voix différentes. Économiquement, comme les autres grands prix, il assure un 'coup de projecteur' décisif, générant des ventes importantes (entre 200 000 et 400 000 exemplaires en moyenne pour le lauréat) et une notoriété internationale. Sa longévité et son prestige en font un acteur incontournable de la consécration littéraire en France.

Anecdotes

Le refus d'Alain-Fournier

En 1913, le jury décerna le prix à 'Le Grand Meaulnes' d'Alain-Fournier. Contre toute attente, le jeune auteur refusa le prix, jugeant indécent de recevoir une récompense financière pour une œuvre inspirée par un amour perdu. Le jury maintint son choix et attribua le prix, mais sans lauréat présent. Le livre, aujourd'hui considéré comme un classique, ne rencontra son immense succès qu'après la mort de son auteur à la guerre en 1914.

Le Femina de la Résistance

Pendant l'Occupation, le jury officiel du Femina, contraint par le régime de Vichy, décerna des prix. En réaction, un jury clandestin se constitua autour de l'éditrice et résistante Clara Malraux. Siégeant à Lyon, ce 'Prix Femina de la Résistance' attribua en 1944 son prix à 'Le Temps de la longue patience' de l'écrivain résistant Robert Gaillard. Cette épisode héroïque témoigne de l'engagement du monde littéraire contre la collaboration.

Une lauréate de 22 ans

En 1954, Françoise Sagan, alors âgée de seulement 19 ans lors de l'écriture et 22 ans lors de la remise du prix, obtint le Femina pour 'Bonjour tristesse'. Ce roman au ton libre et moderne, traitant de l'insouciance et des sentiments complexes, fit scandale et consacra immédiatement la jeune prodige, démontrant l'audace et l'ouverture d'esprit du jury face à une nouvelle génération d'écrivains.

Sources

  • Académie Goncourt - Histoire des prix littéraires
  • Site officiel du Prix Femina (archives et présentation)
  • Béatrice Mousli, 'Les Prix littéraires', Que sais-je ?, PUF
  • Articles de presse historiques (Le Monde, L'Express) sur les lauréats
  • Dictionnaire des prix littéraires, sous la direction de Gérard Meudal
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