Théâtre

Le théâtre est un genre littéraire et un art de la scène qui met en jeu des personnages en action à travers des dialogues et des didascalies. Il se caractérise par sa double nature : un texte écrit (la pièce) et une représentation vivante devant un public. Il explore les conflits humains et sociaux à travers des formes variées comme la tragédie, la comédie ou le drame.

Introduction

Le théâtre est une forme artistique hybride, à la croisée de la littérature et du spectacle vivant. En tant que genre littéraire, il se définit par un texte dramatique destiné à être incarné par des acteurs. Cette incarnation scénique, avec ses décors, ses costumes, sa musique et sa mise en espace, en fait un art total et éphémère, fondé sur la relation directe et unique entre la scène et la salle. Il constitue un miroir de la société et un laboratoire des passions humaines.

Description

Le texte théâtral, ou pièce, est structuré en actes et en scènes. Il est composé de deux éléments fondamentaux : les répliques (paroles prononcées par les personnages) et les didascalies (indications scéniques sur le ton, les gestes, les décors, etc., destinées aux acteurs et au metteur en scène). Le théâtre repose sur le principe du conflit (dramatique, psychologique, social) qui crée l'action et fait avancer l'intrigue. Contrairement au roman, il montre l'action en train de se faire, dans un temps et un espace concentrés. Les principaux sous-genres sont la tragédie (destin funeste, personnages nobles, ton élevé), la comédie (visée comique, critique des mœurs, fin heureuse) et le drame (mélange des registres, personnages plus proches du commun).

Histoire

Le théâtre occidental naît en Grèce antique au VIe siècle av. J.-C., lors des fêtes en l'honneur de Dionysos, avec les tragédies d'Eschyle, Sophocle, Euripide et les comédies d'Aristophane. Les Romains perpétuent la tradition avec Plaute et Térence. Au Moyen Âge, il renaît avec les mystères et miracles religieux. La Renaissance et le XVIIe siècle constituent un âge d'or, avec le théâtre élisabéthain (Shakespeare, Marlowe) en Angleterre et le classicisme français (Corneille, Racine, Molière). Au XVIIIe siècle, le drame bourgeois (Diderot, Beaumarchais) émerge, tandis que le XIXe siècle voit l'apogée du drame romantique (Hugo) et du mélodrame. Le XXe siècle est marqué par des ruptures formelles avec le théâtre de l'absurde (Ionesco, Beckett), le théâtre épique (Brecht) et l'expérimentation permanente (Artaud, Grotowski). Aujourd'hui, le théâtre contemporain mêle texte, performance et nouvelles technologies.

Caracteristiques

1. **Double énonciation** : Les personnages parlent entre eux, mais s'adressent aussi implicitement au public. 2. **La règle des trois unités** (classicisme) : unité d'action (une intrigue principale), de temps (l'action en 24h), de lieu (un seul lieu). 3. **Les genres codifiés** : distinction nette entre tragédie et comédie, avec des règles de bienséance et de vraisemblance. 4. **La structure dramatique** : exposition, nœud (péripéties, coup de théâtre), dénouement. 5. **Les procédés spécifiques** : aparté (réplique que le personnage dit à part pour le public), monologue, quiproquo, mise en abyme (théâtre dans le théâtre). 6. **La dimension spectaculaire** : le texte n'est qu'une partition, complétée par la scénographie, le jeu des acteurs, la lumière et le son.

Importance

Le théâtre a une importance sociale, politique et philosophique majeure. Il est un lieu de rassemblement et de débat public, un moyen de critique sociale (la comédie comme miroir des défauts humains) et un outil de questionnement existentiel (la tragédie interrogeant la condition humaine). Il éduque et divertit simultanément (la fonction 'plaire et instruire' chère à Molière). En tant que genre littéraire, il a produit certains des textes fondateurs de la culture mondiale (Œdipe Roi, Hamlet, Le Misanthrope). Son impact sur les autres arts (opéra, cinéma, télévision) est considérable. Enfin, sa pratique développe l'empathie, l'écoute et l'expression collective.

Anecdotes

L'origine du mot 'tragédie'

Le terme 'tragédie' vient du grec 'tragôidia', qui signifie littéralement 'chant du bouc'. Cela fait référence aux chœurs qui, lors des fêtes dionysiaques en Grèce antique, étaient vêtus de peaux de bouc et chantaient des hymnes en l'honneur du dieu Dionysos. Le bouc était un animal sacrifié lors de ces cérémonies. C'est de ces performances rituelles et chorales qu'est né le genre tragique.

La 'bataille d'Hernani'

La première représentation d''Hernani' de Victor Hugo à la Comédie-Française en 1830 déclencha une véritable guerre esthétique entre les classiques et les romantiques. Les partisans de Hugo, jeunes artistes chevelus (dont Théophile Gautier, vêtu d'un gilet rouge célèbre), vinrent en nombre pour défendre la pièce contre les sifflets des traditionalistes. Ces affrontements dans la salle, avant et pendant la pièce, marquèrent symboliquement la victoire du drame romantique sur les règles classiques.

Les masques de la comédie et de la tragédie

Les symboles universels du théâtre, les masques qui rient et qui pleurent, trouvent leur origine dans le théâtre antique grec et romain. Les acteurs portaient des masques (prosôpon) aux expressions exagérées pour être vus de loin, mais aussi pour pouvoir jouer plusieurs rôles et amplifier leur voix grâce à un embout en forme de mégaphone. Ces deux visages représentent les deux genres fondamentaux hérités de l'Antiquité : Thalia, la muse de la comédie, et Melpomène, la muse de la tragédie.

Sources

  • Aristote, 'La Poétique' (IVe siècle av. J.-C.)
  • Anne Ubersfeld, 'Lire le théâtre' (Éditions Belin, 1996)
  • Patrice Pavis, 'Dictionnaire du théâtre' (Armand Colin, 2002)
  • Site de la Comédie-Française : histoire et répertoire
  • Encyclopædia Universalis, articles 'Théâtre', 'Tragédie', 'Comédie'
EdTech AI Assistant