Vaudeville

Le vaudeville est un genre théâtral comique, populaire aux XVIIIe et XIXe siècles, caractérisé par des intrigues légères, des quiproquos, des rebondissements incessants et des personnages stéréotypés. Il s'agit d'une comédie de mœurs et de situations, souvent centrée sur l'adultère et les jeux de dupes, destinée avant tout à divertir le public par le rire.

Introduction

Le vaudeville est une forme de comédie légère, née en France, qui a dominé la scène théâtrale populaire pendant près de deux siècles. À mi-chemin entre la farce et la comédie de caractère, il se distingue par son rythme effréné, son mépris affiché pour le vraisemblable et son objectif unique : provoquer le rire par une mécanique implacable de situations cocasses. Bien que souvent considéré comme un genre mineur, il a profondément influencé le théâtre comique moderne, le cinéma burlesque et les sitcoms.

Description

Le vaudeville est une pièce en un ou plusieurs actes, mêlant dialogues et chansons sur des airs connus (les « vaudevilles » à l'origine). Son intrigue, extrêmement ficelée, repose sur un enchaînement de péripéties improbables : portes qui claquent, personnages qui se cachent, lettres interceptées, identités usurpées. Les thèmes favoris sont les tromperies conjugales, les manigances financières, les héritages inattendus et les rivalités sociales. Les personnages sont des archétypes aisément reconnaissables : le mari bête et cocu, la femme rusée, l'amant empressé, le valet malin, la soubrette effrontée, le vieillard libidineux. Le langage est vif, plein de répliques cinglantes et de jeux de mots. La structure est parfaitement rodée, conduisant à un dénouement heureux où l'ordre social perturbé est rétabli, souvent après avoir été joyeusement bafoué.

Histoire

Le terme « vaudeville » vient de « Vau de Vire », vallée de Normandie réputée au XVe siècle pour ses chansons satiriques et gaillardes. Au XVIIe siècle, ces chansons, adaptées sur des airs populaires, sont intégrées à des comédies légères jouées dans les foires parisiennes, face à la concurrence des grands théâtres officiels. Le genre se structure vraiment au XVIIIe siècle avec des auteurs comme Alain-René Lesage. Il atteint son apogée au XIXe siècle, devenant le spectacle favori de la bourgeoisie et du petit peuple. Eugène Scribe en systématise les règles et en fait une machine à succès. La seconde moitié du siècle voit triompher des maîtres absolus du genre : Eugène Labiche (« Le Chapeau de paille d'Italie », « La Cagnotte »), Georges Feydeau (« Un fil à la patte », « La Dame de chez Maxim », « Occupe-toi d'Amélie ») et, dans une veine plus satirique, Georges Courteline. Au XXe siècle, le vaudeville pur décline mais son esprit et ses mécaniques survivent au cinéma (avec des réalisateurs comme Ernst Lubitsch) et à la télévision.

Caracteristiques

1. L'intrigue : C'est l'élément central, un engrenage parfait où chaque action en déclenche une autre, plus extravagante. Le scénario est construit comme un piège qui se referme sur les personnages. 2. Le quiproquo : Il est omniprésent, généré par des malentendus, des déguisements ou des informations partielles. 3. Le rythme : La pièce avance à un tempo de plus en plus rapide, culminant dans un « imbroglio » final où toutes les confusions atteignent leur paroxysme. 4. Les personnages-types : Ils sont peu psychologisés et définis par leur fonction dans la mécanique comique (le trompeur, le trompé, l'entremetteur). 5. La chute : Chaque scène, voire chaque réplique, est souvent construite pour aboutir à une chute, un effet comique immédiat. 6. La dimension sociale : Miroir des mœurs bourgeoises, le vaudeville se moque des apparences, de l'argent, du mariage et des conventions hypocrites. 7. La mise en scène : Elle utilise des accessoires récurrents et symboliques (portes, lits, pantoufles, lettres) et exige une précision de jeu extrême, proche du ballet.

Importance

Le vaudeville a joué un rôle crucial dans l'histoire du spectacle vivant en popularisant le théâtre. Il a affiné des techniques dramaturgiques de construction et de rythme qui sont encore enseignées aujourd'hui. Son influence est immense : le théâtre de boulevard en est l'héritier direct. Au cinéma, le burlesque muet (Charlie Chaplin, Buster Keaton) et les comédies « screwball » américaines des années 1930-40 doivent beaucoup à son esprit et à ses gags. On en retrouve la structure et l'énergie dans de nombreuses sitcoms contemporaines, où les personnages s'enferment dans des mensonges et des situations absurdes. Enfin, il a contribué à forger une certaine image de l'esprit « français », fait de légèreté, d'ironie et de sensualité.

Anecdotes

La « vaudeville dose » de Feydeau

Georges Feydeau, le maître du genre, avait une méthode de travail très précise. Il construisait d'abord minutieusement l'intrigue sous forme de tableau, notant chaque entrée et sortie, chaque quiproquo. Il appelait cela sa « vaudeville dose », une recette mathématique du rire. Il disait : « Une pièce bien faite est une pièce où, à n'importe quel moment, on peut dire ce qui se passe dans toutes les pièces de la maison. »

Le succès phénoménal de Labiche

Eugène Labiche est l'un des auteurs les plus joués de tous les temps en France. Sa pièce « La Cagnotte » (1864), qui raconte l'histoire de provinciaux venant dilapider une cagnotte à Paris, fut un triomphe. On estime qu'au début du XXe siècle, une représentation d'une pièce de Labiche avait lieu quelque part dans le monde tous les deux jours. Il a fini par être élu à l'Académie française en 1880, preuve que le genre, bien que populaire, pouvait accéder à la reconnaissance institutionnelle.

Du théâtre au cinéma : l'héritage du vaudeville

L'influence du vaudeville sur le cinéma est flagrante. Le réalisateur américain Billy Wilder, grand admirateur de Feydeau, en a transposé les mécaniques dans des films comme « Certains l'aiment chaud » (1959), pur vaudeville travesti. En France, des auteurs comme Marcel Pagnol ou Yves Robert ont perpétué la tradition. La célèbre réplique « Mais qu'est-ce que j'ai fait au bon Dieu pour avoir une femme qui boit les apéritifs à l'étage ? » de « La Cage aux folles » (1978) est un parfait exemple de dialogue de vaudeville moderne.

Sources

  • Bergez, Daniel, et al. "Introduction aux méthodes critiques pour l'analyse littéraire." Dunod, 2021.
  • Corvin, Michel. "Dictionnaire encyclopédique du théâtre." Bordas, 2008.
  • Gidel, Henry. "Le Vaudeville." Presses Universitaires de France, coll. "Que sais-je ?", 1986.
  • Robichez, Jacques. "Le Théâtre de Georges Feydeau." Klincksieck, 1979.
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