Introduction
Michel de Montaigne est une figure majeure de la pensée occidentale. Issu d'une famille de riches négociants bordelais anoblie, il incarne l'idéal humaniste de la Renaissance française. Magistrat, maire de Bordeaux et diplomate, il se retire à 38 ans dans la 'librairie' de son château pour se consacrer à l'étude et à l'écriture. Son projet, novateur et profondément personnel, est de se peindre lui-même pour mieux comprendre l'homme universel. Dans un contexte de guerres de Religion qui déchirent la France, il prône la tolérance, le doute et l'examen de conscience.
Jeunesse
Montaigne bénéficie d'une éducation humaniste exceptionnelle et précoce, conçue par son père Pierre Eyquem. Dès son plus jeune âge, il a pour précepteur un médecin allemand qui ne lui parle qu'en latin, faisant de cette langue sa langue maternelle. Il étudie au collège de Guyenne à Bordeaux, réputé pour son enseignement novateur. Après des études de droit, probablement à Toulouse, il devient conseiller à la Cour des Aides de Périgueux en 1554, puis au Parlement de Bordeaux en 1557. C'est là qu'il lie une amitié décisive avec Étienne de La Boétie, dont la mort prématurée en 1563 le marquera profondément et influencera sa réflexion sur l'amitié et la mortalité.
Carriere
En 1570, Montaigne vend sa charge de conseiller et se retire sur ses terres. Il entame alors la rédaction de son œuvre unique, 'Les Essais', dont la première édition (deux livres) paraît en 1580. La même année, il entreprend un long voyage à travers l'Europe (Allemagne, Suisse, Italie) pour soigner sa gravelle, voyage qu'il consigne dans un 'Journal'. Élu maire de Bordeaux en 1581 (et réélu en 1583), il assume ses fonctions pendant les troubles religieux avec pragmatisme et modération. De retour dans sa 'librairie', il poursuit l'écriture et la révision des 'Essais', ajoutant un troisième livre et des centaines d'additions (les 'allongeails') à l'édition posthume de 1595. Il meurt en 1592, laissant une œuvre inachevée et toujours en mouvement.
Style
Montaigne invente un style et une forme radicalement nouveaux : l'essai. Le terme même, dérivé du verbe 'essayer', signifie tentative, expérience. Son écriture est digressive, libre, et suit les méandres de sa pensée. Il pratique l'auto-portrait sans complaisance ('Je suis moi-même la matière de mon livre'), mêlant anecdotes personnelles, lectures (Sénèque, Plutarque, les sceptiques) et réflexions philosophiques. Son langage est concret, imagé, souvent familier, rompant avec le style dogmatique des traités savants. La structure est volontairement décousue, reflétant la mobilité de l'esprit humain.
Oeuvres Majeures
Son œuvre se résume aux 'Essais', un livre unique publié en plusieurs éditions enrichies (1580, 1582, 1588, et l'édition posthume 'exemplaire de Bordeaux' annotée de sa main en 1595). Parmi les chapitres les plus célèbres, on trouve 'De l'amitié' (hommage à La Boétie), 'Des cannibales' (relativisme culturel), 'De l'institution des enfants' (pédagogie humaniste), 'De la solitude', 'De la phisionomie', et l'apologie de Raymond Sebond ('Apologie de Raymond Sebond'), vaste plaidoyer pour le scepticisme. Le 'Journal de voyage' fut découvert et publié au XVIIIe siècle.
Influence
L'influence de Montaigne est immense et transversale. Il est considéré comme le père de l'essai philosophique et littéraire. Son scepticisme modéré a influencé Descartes, Pascal (qui le critiqua aussi) et les philosophes des Lumières. Son introspection a ouvert la voie à la littérature autobiographique (Rousseau). Son relativisme culturel et sa défense de la tolérance en font un penseur éminemment moderne. Des écrivains du monde entier, de Shakespeare à Nietzsche, de Emerson à Proust, de Woolf à Yourcenar, ont reconnu sa dette envers lui. Sa pensée, centrée sur l'humaine condition, reste d'une actualité brûlante.
