Introduction
Honoré de Balzac est une figure titanesque de la littérature mondiale. Obsédé par la volonté de décrire et d'analyser la société française post-révolutionnaire dans sa totalité, il a conçu un projet littéraire unique : 'La Comédie humaine'. Cette œuvre cyclique, inspirée des travaux des naturalistes, vise à étudier les 'espèces sociales' comme un biologiste étudie les espèces animales. Balzac a ainsi créé un monde cohérent peuplé de plus de 2 000 personnages récurrents, offrant une fresque d'une ampleur et d'une ambition inégalées, qui a profondément marqué l'histoire du roman.
Jeunesse
Né dans une famille bourgeoise, Balzac connaît une enfance difficile, placé en nourrice puis en pensionnat strict. Il étudie le droit à Paris tout en travaillant comme clerc de notaire, une expérience qui lui fournira une connaissance intime des mécanismes juridiques et financiers, thèmes centraux de son œuvre. Contre la volonté de sa famille, il se lance dans l'écriture à 20 ans. Ses premières productions, sous pseudonymes, sont des romans noirs ou sentimentaux qui ne rencontrent aucun succès. Il se lance ensuite dans des entreprises commerciales désastreuses (imprimerie, fonderie de caractères) qui le laisseront criblé de dettes pour le reste de sa vie, le contraignant à une production littéraire frénétique pour y faire face.
Carriere
Sa carrière décolle véritablement en 1829 avec 'Les Chouans', un roman historique. Puis, avec 'La Peau de chagrin' (1831), il trouve sa voie, mêlant observation réaliste et éléments fantastiques. Il élabore alors le projet de 'La Comédie humaine', qu'il structure en trois grands ensembles : les 'Études de mœurs' (subdivisées en Scènes de la vie privée, de province, parisienne, politique, militaire et de campagne), les 'Études philosophiques' et les 'Études analytiques'. Il travaille sans relâche, écrivant souvent 15 à 18 heures par jour, noyé dans le café, pour produire des chefs-d'œuvre comme 'Eugénie Grandet' (1833), 'Le Père Goriot' (1835), 'Illusions perdues' (1837-1843) ou 'La Cousine Bette' (1846). Sa vie est aussi marquée par sa correspondance passionnée avec la comtesse polonaise Ewelina Hańska, qu'il épouse quelques mois avant sa mort, épuisé par le travail.
Style
Le style balzacien est puissant, foisonnant et parfois touffu. Il est caractérisé par des descriptions minutieuses et symboliques (des lieux, des physionomies, des vêtements) qui révèlent l'âme des personnages et le milieu social. Balzac pratique l'hyperbole et le grotesque pour forcer le trait. Il introduit systématiquement ses récits par de vastes exposés contextuels (historiques, sociaux, géographiques) avant de lancer l'action. Son narrateur est omniscient, souvent moraliste, et intervient pour commenter et analyser. Le détail concret et l'importance accordée à l'argent, aux questions matérielles et aux forces sociales (la presse, la banque, la justice) fondent son réalisme.
Oeuvres Majeures
'Le Père Goriot' (1835) est souvent considéré comme la pierre angulaire de 'La Comédie humaine'. Il met en scène la tragédie d'un père ruiné et délaissé par ses filles ingrates, dans la pension Vauquer, microcosme social. 'Eugénie Grandet' (1833) peint l'avarice destructrice d'un tonnelier devenu riche et la vie étouffée de sa fille. 'Illusions perdues' (1837-1843), un de ses romans les plus ambitieux, suit la trajectoire de Lucien de Rubempré, jeune poète de province corrompu par le journalisme et la vie parisienne. Enfin, 'La Cousine Bette' (1846) est une étude magistrale de la vengeance et de la décadence d'une famille bourgeoise.
Influence
L'influence de Balzac est immense et fondatrice. Il est le maître du réalisme et du naturalisme, directement revendiqué par des écrivains comme Gustave Flaubert (qui le critiquait pour son style), Émile Zola (qui poursuivra le projet d'une histoire naturelle et sociale des familles avec 'Les Rougon-Macquart'), ou encore Charles Dickens. Au XXe siècle, des auteurs comme Marcel Proust (pour la structure cyclique et les personnages récurrents) ou les romanciers américains (William Faulkner, John Dos Passos) s'en inspirent. Sa vision d'une société interconnectée, où les destins individuels sont déterminés par des forces sociales et économiques, a également influencé la pensée sociologique et historique.
