Introduction
Eschyle, né vers 525 av. J.-C. à Éleusis, est la première des trois grandes figures de la tragédie athénienne classique, précédant Sophocle et Euripide. Surnommé le « père de la tragédie », il transforma une forme d'art encore primitive en un spectacle complexe et profond. Témoin des guerres médiques et de l'essor de la démocratie athénienne, son théâtre est imprégné des questions politiques, religieuses et morales de son temps. Sa vie et son œuvre marquent le passage d'une conception archaïque du monde, dominée par la vengeance et la malédiction familiale, vers une vision plus civique et ordonnée, sans pour autant évacuer la terreur sacrée.
Jeunesse
Issu d'une famille noble d'Éleusis, lieu des célèbres Mystères, Eschyle fut très tôt initié aux cultes à mystères et aux rituels chthoniens, ce qui influencera profondément sa vision religieuse. Il participa activement à la défense d'Athènes lors des guerres médiques, combattant notamment à la bataille de Marathon (490 av. J.-C.), expérience qu'il considérait comme son plus grand titre de gloire. Il fut également présent à la bataille de Salamine (480 av. J.-C.), événement qu'il mettra en scène dans « Les Perses ». Ces expériences guerrières et patriotiques nourrissent son œuvre d'un sens aigu du destin des cités et de la justice divine.
Carriere
Eschyle commença à concourir pour les Dionysies, le grand festival tragique d'Athènes, vers 499 av. J.-C. Il remporta sa première victoire en 484 av. J.-C. et en obtiendra au total treize au cours de sa vie. Sa carrière fut prolifique : on lui attribue entre 70 et 90 pièces, mais seules 7 nous sont parvenues intactes. Il effectua plusieurs voyages en Sicile, où il mourut à Gela en 456 av. J.-C. Selon la légende, une tortue lui serait tombée sur la tête, lâchée par un aigle qui aurait pris son crâne chauve pour une pierre. Sa renommée était telle qu'après sa mort, il fut le seul dramaturge à être autorisé à être rejoué lors des concours.
Style
Le style d'Eschyle est caractérisé par une grandeur solennelle, une langue riche et imagée, souvent difficile, et un lyrisme puissant. Il utilise un vocabulaire rare et des métaphores audacieuses. Sa principale innovation technique fut l'introduction d'un deuxième acteur (le deutéragoniste), réduisant l'importance du chœur et permettant le dialogue et le conflit direct entre personnages, fondant ainsi le drame. Ses pièces sont souvent conçues en trilogies liées (comme l'Orestie), explorant un mythe sur trois tragédies suivies d'un drame satyrique. Ses chœurs sont massifs et participent activement à l'action, tenant des discours longs et philosophiques.
Oeuvres Majeures
Parmi les sept tragédies conservées, se distinguent : « Les Perses » (472 av. J.-C.), unique tragédie historique survivante, qui décrit la défaite de Xerxès vue du côté perse ; « Les Sept contre Thèbes » (467 av. J.-C.) sur la malédiction des Labdacides ; « Les Suppliantes » (vers 463 av. J.-C.) traitant du droit d'asile ; et « Prométhée enchaîné » (date incertaine), hymne à la rébellion de l'humanité contre la tyrannie divine. Son chef-d'œuvre absolu est « L'Orestie » (458 av. J.-C.), seule trilogie complète qui nous soit parvenue, comprenant « Agamemnon », « Les Choéphores » et « Les Euménides ». Elle retrace le passage de la loi du talion (vengeance familiale) à la justice institutionnelle de la cité d'Athènes.
Influence
L'influence d'Eschyle est immense et fondatrice. Il établit les canons structurels et thématiques de la tragédie occidentale. Ses successeurs, Sophocle et Euripide, bâtirent sur ses innovations. Sa pensée, explorant la tension entre liberté humaine et destin, faute et châtiment, a marqué toute la philosophie occidentale, de Platon à Hegel et Nietzsche. Au XXe siècle, des auteurs comme T.S. Eliot, Eugene O'Neill ou Jean-Paul Sartre se sont réclamés de lui. Son questionnement sur la justice, le pouvoir et la responsabilité reste d'une brûlante actualité, faisant de son théâtre bien plus qu'un artefact antique, mais une réflexion permanente sur la condition humaine.
