Traité de Trianon

Traité de paix signé le 4 juin 1920 entre les puissances alliées de la Première Guerre mondiale et la Hongrie, successeur de l'Autriche-Hongrie. Il redessina radicalement les frontières de la Hongrie, réduisant son territoire et sa population des deux tiers, et imposa de lourdes réparations et restrictions militaires. Considéré comme un traumatisme national en Hongrie, il a profondément marqué la politique et l'identité du pays au XXe siècle.

Introduction

Le Traité de Trianon, signé dans le Grand Trianon du parc du château de Versailles, est l'un des traités de paix qui ont mis fin officiellement à la Première Guerre mondiale. Conclu entre les puissances alliées victorieuses (notamment la France, le Royaume-Uni, les États-Unis, l'Italie et leurs associés) et le Royaume de Hongrie, il formalise la dissolution de l'Autriche-Hongrie. Pour la Hongrie, ce traité représente une catastrophe nationale, sanctionnant sa défaite et son rôle au sein de la Double Monarchie, et créant un profond sentiment d'injustice et de revendication territoriale connu sous le nom de 'syndrome de Trianon'.

Description

Le traité établit les nouvelles frontières de la Hongrie, qui devient un État enclavé et considérablement réduit. L'ancien Royaume de Hongrie, qui comprenait des territoires multiethniques au sein de l'Empire austro-hongrois, est démembré. La Hongrie perd environ 71% de son territoire d'avant-guerre et près de 64% de sa population, passant de 325 411 km² à 93 073 km² et de 20,9 millions à 7,6 millions d'habitants. Ces territoires sont attribués aux États successeurs voisins : la Tchécoslovaquie (Slovaquie et Ruthénie subcarpathique), le Royaume des Serbes, Croates et Slovènes (futur Yougoslavie, recevant la Croatie, la Slavonie et une partie du Banat), la Roumanie (recevant la Transylvanie et une partie du Banat) et l'Autriche (recevant le Burgenland). Le traité impose également de lourdes réparations de guerre, limite l'armée hongroise à 35 000 volontaires, interdit le service militaire obligatoire et une aviation, et place des restrictions sur la production d'armements.

Histoire

La Hongrie, en tant que partie co-belligérante de l'Autriche-Hongrie aux côtés des Empires centraux, capitule à la fin de la guerre. Une révolution des asters en octobre 1918 conduit à l'indépendance et à la formation d'une république démocratique, rapidement remplacée par la République des Conseils de Hongrie, un régime communiste dirigé par Béla Kun. La défaite de ce régime par les armées roumaines et tchécoslovaques, soutenues par les Alliés, permet l'installation d'un gouvernement contre-révolutionnaire à Szeged, puis à Budapest. Les négociations de paix sont menées dans un contexte de chaos et d'occupation partielle. La délégation hongroise, dirigée par le comte Albert Apponyi, tente en vain de défendre le principe de l'autodétermination des peuples pour les minorités hongroises, mais les Alliés, influencés par les promesses faites pendant la guerre et par les nouvelles réalités sur le terrain, imposent leurs conditions. Le traité est signé sous la contrainte le 4 juin 1920 par le ministre des Affaires étrangères hongrois, Pál Teleki.

Caracteristiques

Les principales caractéristiques du traité sont sa sévérité territoriale et démographique. Il crée d'importantes minorités hongroises hors des nouvelles frontières : environ 3,3 millions de Hongrois ethniques se retrouvent citoyens de la Tchécoslovaquie, de la Roumanie ou du Royaume des Serbes, Croates et Slovènes. Le traité ne prévoit que des protections limitées pour ces minorités (inspirées des traités sur les minorités de la Société des Nations), souvent peu appliquées. Juridiquement, il s'agit d'un traité imposé (diktat), sans véritable négociation. Il fixe également la responsabilité de la guerre (article 161) et les obligations de réparations, dont le montant final ne sera établi qu'en 1926. La nouvelle Hongrie devient un État national plus homogène, mais amputé et obsédé par la révision des frontières.

Importance

L'importance du Traité de Trianon est immense et durable. Il a défini la Hongrie de l'entre-deux-guerres, un État révisionniste par essence, qui s'alliera à l'Allemagne nazie dans l'espoir de récupérer ses territoires perdus (ce qui sera partiellement le cas par les Arbitrages de Vienne en 1938 et 1940). Le 'trauma de Trianon' est un pilier de l'identité nationale hongroise moderne, un symbole de l'injustice et de l'humiliation, régulièrement instrumentalisé dans la politique intérieure. Il a créé des tensions durables avec les voisins de la Hongrie concernant le traitement des minorités hongroises. Même après la Seconde Guerre mondiale, les frontières de Trianon (à de très minces ajustements près) ont été réaffirmées par le Traité de Paris de 1947 et restent celles de la Hongrie contemporaine. Le souvenir du traité influence encore aujourd'hui la politique étrangère et les relations de la Hongrie au sein de l'Union européenne.

Anecdotes

La signature sous contrainte

La délégation hongroise, dirigée par le comte Apponyi, a tenté jusqu'au bout de négocier, notamment en plaidant pour un plébiscite dans les territoires contestés. Face au refus catégorique des Alliés, le gouvernement hongrois a reçu un ultimatum le 6 mai 1920 : signer dans les délais ou faire face à une occupation militaire, potentiellement par l'armée tchécoslovaque. C'est sous cette menace explicite que le ministre Pál Teleki a finalement signé le document.

La carte de la 'Grande Hongrie'

Dans de nombreux foyers hongrois, et encore aujourd'hui dans certains lieux publics ou sur des autocollants de voiture, on trouve une carte représentant la 'Grande Hongrie', c'est-à-dire les frontières du Royaume avant 1920. Cette carte, souvent en noir et blanc avec les territoires perdus en noir, est un puissant symbole de deuil national et de revendication, perpétuant la mémoire de Trianon à travers les générations.

Le jour du deuil national

Le 4 juin, date anniversaire de la signature, est officiellement commémoré en Hongrie comme la 'Journée de l'unité nationale'. Instituée en 2010, cette journée n'est pas un jour férié mais un moment de recueillement et de souvenir des 'Hongrois séparés par les frontières'. Des cérémonies officielles et des sonneries de cloches ont lieu à midi dans tout le pays.

Le détail du Burgenland

Le traité attribuait à l'Autriche une bande de territoire à l'ouest de la Hongrie, le Burgenland. Cependant, sa capitale prévue, Sopron, et ses environs, à majorité hongroise, refusèrent cette annexion. Un plébiscite organisé en décembre 1921, sous supervision internationale, permit à Sopron et à huit villages de rester en Hongrie. C'est la seule modification territoriale mineure apportée au traité par la volonté des populations concernées.

Sources

  • Macartney, C. A. (1937). Hungary and Her Successors: The Treaty of Trianon and Its Consequences. Oxford University Press.
  • Ormos, M. (2007). From Padua to the Trianon 1918-1920. Atlantic Research and Publications.
  • Zeidler, M. (2002). Ideas on Territorial Revision in Hungary 1920-1945. Social Science Monographs.
  • Traité de paix entre les puissances alliées et associées et la Hongrie (Traité de Trianon), signé à Trianon le 4 juin 1920. Recueil des traités de la Société des Nations.
  • Romsics, I. (1999). The Dismantling of Historic Hungary: The Peace Treaty of Trianon, 1920. CHSP Hungarian Studies Series.
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