Traité de Kadesh

Le traité de Kadesh est le plus ancien traité de paix international connu, conclu vers 1259 avant notre ère entre l'Égypte pharaonique de Ramsès II et l'Empire hittite de Hattusili III. Il mit fin à un long conflit pour le contrôle de la Syrie, notamment après la bataille indécise de Kadesh. Il est célèbre pour son contenu détaillé et sa survie sur des supports en argent, en argile et sur les murs des temples égyptiens.

Introduction

Le traité de Kadesh, signé vers 1259 av. J.-C. (16e année du règne de Ramsès II, 21e année de celui de Hattusili III), marque un tournant dans l'histoire diplomatique du Proche-Orient ancien. Il scelle la paix entre les deux superpuissances de l'âge du bronze : le Nouvel Empire égyptien et l'Empire hittite d'Anatolie. Plus qu'un simple cessez-le-feu, il établit un cadre pour une alliance durable, une non-agression mutuelle, une extradition des réfugiés et une assistance militaire réciproque, inaugurant une période de stabilité qui dura près d'un siècle.

Description

Le traité est connu grâce à plusieurs versions. La version égyptienne est gravée en hiéroglyphes sur les murs des temples de Karnak et du Ramesseum à Thèbes. La version hittite, rédigée en akkadien (la langue diplomatique de l'époque) sur des tablettes d'argile, a été découverte dans les archives de la capitale hittite, Hattusa (actuelle Boğazkale en Turquie). Les clauses principales stipulent : une paix éternelle et une fraternité entre les deux souverains ; une promesse de non-agression et de soutien mutuel en cas d'attaque par un tiers ou de révolte interne ; l'extradition réciproque des fugitifs (qu'ils soient des dignitaires ou des simples citoyens) sans représailles ; et l'invocation des dieux des deux pays comme garants du serment. Le traité fut matérialisé par des tablettes d'argent échangées entre les cours royales.

Histoire

Le conflit trouve son origine dans la lutte pour l'hégémonie sur la région du Levant, notamment la ville stratégique de Kadesh sur l'Oronte. En l'an 5 de son règne (vers 1274 av. J.-C.), Ramsès II lança une campagne pour reprendre la ville aux Hittites. La bataille qui s'ensuivit, célèbre pour les récits épiques et la propagande monumentale de Ramsès II, fut en réalité un affrontement coûteux et indécis. Aucune des deux armées ne parvint à obtenir un avantage décisif, et les escarmouches se poursuivirent pendant environ quinze ans, épuisant les ressources des deux empires. La mort du grand roi hittite Muwatalli II et l'accession au pouvoir de Hattusili III, qui devait consolider sa position parfois contestée, créèrent un contexte propice à la paix. Les négociations, menées par des émissaires, aboutirent à la rédaction et à l'échange du traité.

Caracteristiques

Le traité présente plusieurs caractéristiques remarquables. C'est le premier exemple connu d'un traité de parité (entre égaux), contrairement aux traités de vassalité courants à l'époque. Sa structure est sophistiquée : préambule historique (différent dans chaque version, chaque camp présentant les faits à son avantage), clauses substantielles, liste des dieux témoins (près de mille dieux hittites et les principaux dieux égyptiens), et malédictions/bénédictions pour les respecter ou les violer. Il établit le concept de frontières reconnues et d'extradition. La survie de versions des deux parties belligérantes permet une étude comparative unique de la propagande et de la perspective historique de chaque empire.

Importance

L'importance du traité de Kadesh est immense. Sur le plan historique, il stabilisa le Proche-Orient et permit aux deux empires de se concentrer sur d'autres menaces (les Hittites sur l'Assyrie, les Égyptiens sur les Peuples de la Mer et la Libye). Sur le plan diplomatique, il sert de prototype pour les traités internationaux ultérieurs, avec ses clauses de non-agression, d'alliance défensive et de garanties divines. Sa redécouverte au XIXe et XXe siècles a révolutionné la compréhension des relations internationales à l'âge du bronze. En 1970, une copie du traité fut offerte par la Turquie aux Nations Unies, où il est exposé, symbolisant la quête ancienne et permanente de la paix par la diplomatie. Il consolida également la position de Ramsès II, qui put se présenter comme le grand pacificateur, et scella par un mariage diplomatique l'alliance une décennie plus tard, lorsqu'il épousa une princesse hittite.

Anecdotes

La propagande des deux côtés

Les versions égyptienne et hittite du traité présentent des préambules historiques radicalement différents. La version égyptienne affirme que c'est le grand roi hittite qui est venu supplier Ramsès II pour la paix. La version hittite, plus sobre, présente la démarche comme une initiative mutuelle et égale, reflétant l'art de la propagande royale où chaque souverain doit sauver la face devant son propre peuple.

Un mariage pour sceller la paix

Environ treize ans après le traité, vers 1246 av. J.-C., l'alliance fut renforcée par un mariage diplomatique. Ramsès II, alors âgé d'une cinquantaine d'années, épousa la fille aînée du roi hittite Hattusili III, qui prit le nom égyptien de Maâthornéferourê ('Celle qui voit la perfection de Rê'). Son arrivée en Égypte avec un impressionnant cortège est décrite comme un événement majeur, célébré dans les inscriptions et les reliefs.

Les dieux garants

La liste des dieux invoqués comme témoins et garants du serment est extraordinairement longue, surtout du côté hittite qui cite des centaines de divinités de toutes les villes de son empire. Du côté égyptien, on trouve principalement Rê, Seth (associé aux régions asiatiques) et les dieux et déesses du pays. Cette invocation avait une force juridique et religieuse considérable pour les contemporains.

Une copie aux Nations Unies

Reconnu comme un symbole universel de la paix, une réplique de la tablette d'argile hittite du traité est exposée au siège des Nations Unies à New York depuis 1970. Elle y fut apportée par le gouvernement turc pour rappeler que la recherche de la paix par des accords écrits est une préoccupation millénaire de l'humanité.

Sources

  • Kitchen, K.A. - 'Pharaoh Triumphant: The Life and Times of Ramesses II'
  • Bryce, Trevor - 'The Kingdom of the Hittites'
  • Edel, Elmar - 'Der Vertrag zwischen Ramses II. von Ägypten und Hattusili III. von Hatti'
  • Textes disponibles dans : 'The Context of Scripture', Volume II (éd. W. Hallo & K. L. Younger)
  • Archives en ligne du British Museum et du Musée des civilisations anatoliennes d'Ankara
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