Protocole de Kyoto

Le Protocole de Kyoto est un traité international adopté en 1997, liant juridiquement les pays développés à des objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il constitue la première réponse coordonnée de la communauté internationale au changement climatique anthropique. Il est entré en vigueur en 2005 après une longue ratification.

Introduction

Le Protocole de Kyoto représente une étape fondatrice dans la gouvernance mondiale du climat. Adopté dans le cadre de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC), il a opérationnalisé pour la première fois l'engagement des pays industrialisés à limiter leurs émissions de gaz à effet de serre (GES) selon des objectifs chiffrés et contraignants. Il incarne le principe de 'responsabilités communes mais différenciées', reconnaissant la responsabilité historique des pays développés dans le réchauffement climatique.

Description

Le Protocole de Kyoto fixe des objectifs de réduction des émissions pour six principaux gaz à effet de serre : le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4), l'oxyde nitreux (N2O), les hydrofluorocarbures (HFC), les perfluorocarbures (PFC) et l'hexafluorure de soufre (SF6). La cible globale pour la première période d'engagement (2008-2012) était une réduction moyenne de 5,2% par rapport aux niveaux de 1990 pour les 37 pays industrialisés et l'Union européenne listés à l'Annexe B du Protocole. Le traité a introduit des mécanismes de marché innovants pour aider les pays à atteindre leurs objectifs de manière économiquement efficace : le Mécanisme de Développement Propre (MDP), permettant d'investir dans des projets de réduction dans les pays en développement en échange de crédits ; la Mise en œuvre Conjointe (MOC), pour des projets entre pays développés ; et le Commerce International des Droits d'Émission, créant un marché du carbone.

Histoire

Le processus a débuté avec l'adoption de la CCNUCC lors du Sommet de la Terre de Rio en 1992. Les négociations pour un protocole plus contraignant ont abouti à son adoption le 11 décembre 1997 à Kyoto, au Japon. Son entrée en vigueur était conditionnée à la ratification par au moins 55 Parties à la CCNUCC, représentant au moins 55% des émissions totales de CO2 des pays développés en 1990. Ce seuil critique a été atteint avec la ratification de la Russie en novembre 2004, permettant l'entrée en vigueur le 16 février 2005. Les États-Unis, pourtant signataires sous l'administration Clinton, n'ont jamais ratifié le traité, et le Canada s'en est retiré en 2011. Une deuxième période d'engagement (l'Amendement de Doha) a été établie pour 2013-2020, avec des engagements moins ambitieux et une participation réduite (principalement l'UE et l'Australie).

Caracteristiques

Les caractéristiques clés du Protocole sont : 1) Son caractère juridiquement contraignant pour les pays de l'Annexe B. 2) L'application du principe de responsabilités communes mais différenciées, n'imposant pas d'objectifs aux pays en développement (comme la Chine, l'Inde ou le Brésil). 3) La création de mécanismes de flexibilité basés sur le marché (MDP, MOC, échange de quotas). 4) Un système de conformité incluant un comité pour vérifier le respect des engagements. 5) La prise en compte des 'puits de carbone' (forêts, sols) dans le calcul des émissions nettes.

Importance

L'importance du Protocole de Kyoto est historique et symbolique. Il a établi l'architecture fondamentale de la diplomatie climatique moderne, prouvant qu'un accord multilatéral contraignant sur l'environnement était possible. Il a catalysé la création de marchés du carbone et d'un secteur économique autour des technologies propres. Sur le plan des émissions, les pays ayant pris des engagements pour la première période les ont globalement respectés et dépassés (principalement grâce au délocalisation industrielle et à la crise économique de 2008). Cependant, son impact sur la courbe mondiale des émissions a été limité par la non-participation des États-Unis et l'absence d'objectifs pour les grands émergents, dont les émissions ont explosé. Il a pavé la voie à l'Accord de Paris de 2015, qui adopte une architecture différente (engagements volontaires et universels). Le Protocole reste le premier et le seul traité international à imposer des limites contraignantes aux émissions de GES.

Anecdotes

Le rôle décisif de la Russie

Le Protocole de Kyoto est resté dans les limbes pendant sept ans, faute de ratifications suffisantes. C'est la décision de la Russie, sous Vladimir Poutine, de ratifier le traité en novembre 2004 qui a permis d'atteindre le seuil critique de 55% des émissions. Cette ratification était largement perçue comme une manœuvre politique pour favoriser l'adhésion de la Russie à l'OMC, soutenue par l'Union Européenne. Sans ce marchandage, le protocole ne serait probablement jamais entré en vigueur.

Une adoption dans la précipitation

La conférence de Kyoto en 1997 s'est achevée dans la confusion et la fatigue après une session marathon. Le président de la séance, l'Argentin Raúl Estrada Oyuela, a fait adopter le texte par acclamation en frappant son marteau à une vitesse fulgurante, alors que plusieurs délégations tentaient encore de prendre la parole pour exprimer des objections. Cette adoption 'à la hussarde' a laissé un goût amer mais a permis d'éviter l'échec des négociations.

Le Sénat américain dit non avant même la signature

Dès juillet 1997, six mois avant l'adoption du protocole, le Sénat américain a voté à l'unanimité (95-0) la résolution Byrd-Hagel. Cette résolution stipulait que les États-Unis ne devaient signer aucun accord qui n'inclurait pas d'engagements pour les pays en développement ou qui porterait préjudice à l'économie américaine. Ce vote préemptif a verrouillé la position américaine et a rendu politiquement impossible toute ratification future, quel que soit le président.

Sources

  • Nations Unies - Convention-cadre sur les changements climatiques (CCNUCC) : Texte et historique du Protocole de Kyoto.
  • GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) - Rapports d'évaluation sur les politiques d'atténuation.
  • Victor, D.G. - 'The Collapse of the Kyoto Protocol and the Struggle to Slow Global Warming' (Princeton University Press).
  • Site du Service Action Climatique de la Commission européenne - Archives sur la mise en œuvre du Protocole.
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