Pacte Briand-Kellogg

Traité international signé en 1928 par lequel les États signataires renoncent à la guerre comme instrument de politique nationale. Initié par le ministre français Aristide Briand et le secrétaire d'État américain Frank B. Kellogg, il fut ratifié par la majorité des nations souveraines de l'époque. Malgré son caractère ambitieux, il manquait de mécanismes de sanction, ce qui limita son efficacité concrète.

Introduction

Le Pacte Briand-Kellogg, officiellement le « Traité général de renonciation à la guerre comme instrument de politique nationale », constitue une tentative majeure de l'entre-deux-guerres pour établir une paix perpétuelle par le droit international. Signé à Paris le 27 août 1928, il représente l'apogée de l'idéalisme diplomatique des années 1920, visant à bannir la guerre offensive. Bien qu'il n'ait pas empêché le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, il a profondément influencé le développement du droit international et a servi de fondement juridique pour les procès de Nuremberg.

Description

Le pacte est un texte relativement court et simple, composé d'un préambule et de trois articles. Son cœur réside dans l'article premier, par lequel les parties contractantes « condamnent le recours à la guerre pour le règlement des différends internationaux et y renoncent en tant qu'instrument de politique nationale dans leurs relations mutuelles ». L'article deux engage les signataires à régler tous leurs conflits par des moyens pacifiques. L'article trois concerne la ratification et l'adhésion d'autres États. Sa force symbolique et son universalité (63 États finirent par y adhérer) sont ses principaux atouts, mais sa faiblesse majeure est l'absence totale de mécanismes d'application, de sanctions ou même de définition précise de ce qui constitue une « guerre d'agression ». De plus, il contenait des réserves implicites et explicites, notamment le droit à la légitime défense et les obligations découlant de la Société des Nations ou de traités régionaux comme le pacte de Locarno.

Histoire

L'initiative revient à Aristide Briand, ministre français des Affaires étrangères, qui proposa en avril 1927 au gouvernement américain un pacte bilatéral de « renonciation perpétuelle à la guerre ». Le but était à la fois idéaliste et pragmatique : renforcer les liens avec les États-Unis, isolés sur la scène internationale, et consolider la sécurité française en Europe. Frank B. Kellogg, secrétaire d'État américain, sceptique face à un engagement bilatéral, répondit en proposant d'élargir le pacte à toutes les nations, évitant ainsi une alliance exclusive et répondant aux pressions du mouvement pacifiste américain. Après des négociations complexes, le texte fut ouvert à la signature en août 1928. Les premières signatures furent celles de 15 nations, dont l'Allemagne, les États-Unis, la France, le Royaume-Uni, le Japon et l'Italie. L'URSS y adhéra rapidement, voyant là un instrument contre l'« impérialisme ». Le pacte entra en vigueur le 24 juillet 1929.

Caracteristiques

1. Universalité : Ouvert à toutes les nations, il a obtenu une adhésion quasi mondiale, dépassant le cadre de la Société des Nations dont les États-Unis n'étaient pas membres. 2. Caractère déclaratoire : Il établit une norme juridique et morale (la guerre est illégale) mais n'est pas un système de sécurité collective. 3. Absence de sanctions : Aucune disposition ne prévoit de conséquences en cas de violation, ce qui le rend dépendant de la bonne volonté des États et de la pression de l'opinion publique. 4. Réserves importantes : Le droit à l'autodéfense (explicitement reconnu dans les correspondances diplomatiques), le respect des engagements antérieurs (comme ceux de la SDN) et le fait qu'il ne s'applique qu'aux guerres d'agression (et non aux guerres défensives) en limitent considérablement la portée. 5. Innovation juridique : Il a contribué à criminaliser la guerre d'agression, jetant les bases du crime contre la paix.

Importance

L'importance du Pacte Briand-Kellogg est à la fois historique, juridique et symbolique. Historiquement, il marque le point culminant des efforts pacifistes des années 1920 et l'échec tragique de cet idéalisme face à la montée des totalitarismes. Juridiquement, son impact est profond : il a rendu la guerre d'agression illégale en droit international. Cette illégalité a été invoquée comme fondement principal pour inculper et condamner les principaux criminels de guerre nazis et japonais pour « crimes contre la paix » lors des procès de Nuremberg et de Tokyo après 1945. Ainsi, le pacte a directement conduit à l'introduction de ce crime dans le droit international pénal. Symboliquement, il a incarné l'aspiration universelle à la paix et a influencé la rédaction de la Charte des Nations Unies en 1945, qui interdit également le recours à la force (Article 2§4), mais en le couplant cette fois à un système de sécurité collective et de sanctions.

Anecdotes

L'origine d'une idée simple

L'idée initiale de Briand était en partie inspirée par une campagne de l'American Committee for the Outlawry of War, un groupe de pression pacifiste dirigé par Salmon Levinson et soutenu par des figures comme le sénateur William Borah. Leur slogan était simple : « Outlaw War ! » (Hors-la-loi la guerre !). Kellogg, initialement réticent, a finalement repris l'idée pour canaliser cette pression politique et en faire un succès diplomatique américain.

La signature soviétique précoce

L'Union soviétique, alors largement isolée diplomatiquement, fut l'un des premiers pays à ratifier le pacte, dès septembre 1928, avant même son entrée en vigueur. Moscou y voyait un outil pour dénoncer les « États impérialistes » et proposa même, sans succès, un protocole additionnel pour une mise en œuvre immédiate. Cette adhésion contrastait avec la méfiance des démocraties occidentales envers le régime bolchevique.

Un pacte violé avant même son entrée en vigueur ?

Le pacte est entré en vigueur le 24 juillet 1929. Or, en 1929, un conflit frontalier éclata entre l'URSS et la Chine à propos du chemin de fer en Mandchourie. Bien que limité, cet épisode (le « Conflit sino-soviétique de 1929 ») a conduit certains observateurs à considérer que le pacte avait été violé par l'URSS presque immédiatement, illustrant dès le début les difficultés de son application.

Sources

  • « Le Pacte Briand-Kellogg (1928) : interdiction de la guerre ou consécration de l'ordre établi ? », Relations internationales, 2009.
  • « The Peace Pact of Paris: A Study of the Briand-Kellogg Treaty » by Robert H. Ferrell, 1952.
  • Documents du Département d'État américain sur les Foreign Relations of the United States (FRUS), 1927-1929.
  • « Nuremberg et le crime contre la paix : les origines juridiques du Pacte Briand-Kellogg », Revue d'histoire de la Shoah, 2016.
  • Site de l'ONU : Archives de la Société des Nations – Traités et engagements internationaux.
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