Introduction
La conférence de Yalta, tenue dans le palais de Livadia en Crimée, est la seconde des trois grandes rencontres entre les dirigeants alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, après Téhéran (1943) et avant Potsdam (1945). Elle se déroule dans un contexte où la défaite de l'Allemagne nazie est imminente, mais où la guerre contre le Japon est encore loin d'être terminée. Les trois 'Grands' se réunissent pour coordonner la phase finale des hostilités et établir un cadre pour l'ordre mondial d'après-guerre, mais leurs intérêts nationaux et idéologiques divergent déjà profondément.
Description
Les accords, conclus de manière informelle et sans traité unique, portent sur plusieurs points cruciaux. Premièrement, l'Allemagne vaincue doit être divisée en quatre zones d'occupation (américaine, britannique, soviétique et française), et Berlin, située en zone soviétique, en quatre secteurs. Le principe de la dénazification, de la démilitarisation et des réparations est acté. Deuxièmement, concernant la Pologne, les Alliés acceptent un déplacement territorial majeur : la frontière orientale suit la ligne Curzon (ce qui attribue d'importants territoires à l'URSS), tandis que la Pologne est compensée par des terres allemandes à l'Ouest (les 'Territoires Récupérés'). Sur le plan politique, un 'Gouvernement provisoire d'unité nationale' doit être formé à partir du gouvernement prosoviétique de Lublin, élargi à des éléments démocratiques de l'intérieur et de l'extérieur, avec la promesse d'élections libres. Troisièmement, l'URSS s'engage à entrer en guerre contre le Japon dans les trois mois après la capitulation allemande, en échange de la restitution de ses droits antérieurs en Mandchourie et de l'acquisition des îles Kouriles. Enfin, les principes de la future Organisation des Nations Unies sont confirmés, avec un droit de veto pour les cinq membres permanents du Conseil de sécurité.
Histoire
La conférence est le fruit d'une longue préparation diplomatique. Staline, en position de force grâce à l'avancée de l'Armée Rouge déjà en Pologne et en Europe de l'Est, accueille ses alliés sur un territoire qu'il contrôle. Roosevelt, affaibli par la maladie et soucieux d'obtenir l'entrée en guerre de l'URSS contre le Japon pour éviter des pertes américaines massives, fait des concessions majeures sur l'Europe de l'Est. Churchill, quant à lui, tente de préserver l'influence britannique et la souveraineté polonaise, mais son pouvoir de négociation est limité. Les discussions sont tendues, marquées par des dîners officiels et des conversations en tête-à-tête. Les accords sont salués à l'époque comme un succès de la coopération alliée, mais leur interprétation divergente deviendra rapidement une source de conflit.
Caracteristiques
Les accords présentent plusieurs caractéristiques notables. Ils sont le résultat d'une diplomatie de puissance, où les réalités militaires sur le terrain (l'occupation soviétique de l'Europe de l'Est) pèsent plus lourd que les principes idéologiques. Les décisions sont souvent formulées de manière vague ou ambigüe (comme la promesse d'élections 'libres' en Pologne), permettant à chaque partie d'en avoir une lecture différente. Ils consacrent le rôle prééminent des trois Grands dans la gestion du monde d'après-guerre, marginalisant les autres nations, y compris la France qui n'est invitée qu'à participer à l'occupation de l'Allemagne. Enfin, Yalta est une conférence de transition, qui scelle la fin de la guerre contre le fascisme mais où les lignes de fracture de la future Guerre Froide sont déjà visibles.
Importance
L'importance historique de Yalta est immense et controversée. Elle a structuré l'ordre géopolitique européen pour près d'un demi-siècle, en entérinant la division de l'Allemagne et en plaçant les pays d'Europe centrale et orientale dans la sphère d'influence soviétique, créant ce que Churchill appellera bientôt le 'rideau de fer'. Elle est souvent perçue en Occident, notamment par les Polonais et les pays d'Europe de l'Est, comme un 'partage du monde' ou une 'trahison' qui les a livrés au totalitarisme stalinien. Pour les Soviétiques et leurs successeurs russes, elle représentait au contraire la juste reconnaissance des sacrifices de l'URSS et la sécurisation de ses frontières. Yalta a également permis la création de l'ONU, même si le droit de veto en a limité l'efficacité pendant la Guerre Froide. Enfin, elle a accéléré la fin de la guerre contre le Japon, mais a aussi contribué à l'émergence de la Chine communiste. Le 'syndrome de Yalta', c'est-à-dire la perception d'un ordre européen figé, n'a pris fin qu'avec les révolutions de 1989 et la dissolution de l'URSS.
