Accords de Yalta

Conférence tenue du 4 au 11 février 1945 entre Roosevelt, Churchill et Staline pour organiser l'après-guerre et la défaite du Japon. Elle a dessiné les nouvelles frontières de l'Europe, notamment en Pologne, et jeté les bases de la future Organisation des Nations Unies. Elle symbolise à la fois l'apogée de la Grande Alliance et le prélude à la division du monde en deux blocs.

Introduction

La conférence de Yalta, tenue dans le palais de Livadia en Crimée, est la seconde des trois grandes rencontres entre les dirigeants alliés pendant la Seconde Guerre mondiale, après Téhéran (1943) et avant Potsdam (1945). Elle se déroule dans un contexte où la défaite de l'Allemagne nazie est imminente, mais où la guerre contre le Japon est encore loin d'être terminée. Les trois 'Grands' se réunissent pour coordonner la phase finale des hostilités et établir un cadre pour l'ordre mondial d'après-guerre, mais leurs intérêts nationaux et idéologiques divergent déjà profondément.

Description

Les accords, conclus de manière informelle et sans traité unique, portent sur plusieurs points cruciaux. Premièrement, l'Allemagne vaincue doit être divisée en quatre zones d'occupation (américaine, britannique, soviétique et française), et Berlin, située en zone soviétique, en quatre secteurs. Le principe de la dénazification, de la démilitarisation et des réparations est acté. Deuxièmement, concernant la Pologne, les Alliés acceptent un déplacement territorial majeur : la frontière orientale suit la ligne Curzon (ce qui attribue d'importants territoires à l'URSS), tandis que la Pologne est compensée par des terres allemandes à l'Ouest (les 'Territoires Récupérés'). Sur le plan politique, un 'Gouvernement provisoire d'unité nationale' doit être formé à partir du gouvernement prosoviétique de Lublin, élargi à des éléments démocratiques de l'intérieur et de l'extérieur, avec la promesse d'élections libres. Troisièmement, l'URSS s'engage à entrer en guerre contre le Japon dans les trois mois après la capitulation allemande, en échange de la restitution de ses droits antérieurs en Mandchourie et de l'acquisition des îles Kouriles. Enfin, les principes de la future Organisation des Nations Unies sont confirmés, avec un droit de veto pour les cinq membres permanents du Conseil de sécurité.

Histoire

La conférence est le fruit d'une longue préparation diplomatique. Staline, en position de force grâce à l'avancée de l'Armée Rouge déjà en Pologne et en Europe de l'Est, accueille ses alliés sur un territoire qu'il contrôle. Roosevelt, affaibli par la maladie et soucieux d'obtenir l'entrée en guerre de l'URSS contre le Japon pour éviter des pertes américaines massives, fait des concessions majeures sur l'Europe de l'Est. Churchill, quant à lui, tente de préserver l'influence britannique et la souveraineté polonaise, mais son pouvoir de négociation est limité. Les discussions sont tendues, marquées par des dîners officiels et des conversations en tête-à-tête. Les accords sont salués à l'époque comme un succès de la coopération alliée, mais leur interprétation divergente deviendra rapidement une source de conflit.

Caracteristiques

Les accords présentent plusieurs caractéristiques notables. Ils sont le résultat d'une diplomatie de puissance, où les réalités militaires sur le terrain (l'occupation soviétique de l'Europe de l'Est) pèsent plus lourd que les principes idéologiques. Les décisions sont souvent formulées de manière vague ou ambigüe (comme la promesse d'élections 'libres' en Pologne), permettant à chaque partie d'en avoir une lecture différente. Ils consacrent le rôle prééminent des trois Grands dans la gestion du monde d'après-guerre, marginalisant les autres nations, y compris la France qui n'est invitée qu'à participer à l'occupation de l'Allemagne. Enfin, Yalta est une conférence de transition, qui scelle la fin de la guerre contre le fascisme mais où les lignes de fracture de la future Guerre Froide sont déjà visibles.

Importance

L'importance historique de Yalta est immense et controversée. Elle a structuré l'ordre géopolitique européen pour près d'un demi-siècle, en entérinant la division de l'Allemagne et en plaçant les pays d'Europe centrale et orientale dans la sphère d'influence soviétique, créant ce que Churchill appellera bientôt le 'rideau de fer'. Elle est souvent perçue en Occident, notamment par les Polonais et les pays d'Europe de l'Est, comme un 'partage du monde' ou une 'trahison' qui les a livrés au totalitarisme stalinien. Pour les Soviétiques et leurs successeurs russes, elle représentait au contraire la juste reconnaissance des sacrifices de l'URSS et la sécurisation de ses frontières. Yalta a également permis la création de l'ONU, même si le droit de veto en a limité l'efficacité pendant la Guerre Froide. Enfin, elle a accéléré la fin de la guerre contre le Japon, mais a aussi contribué à l'émergence de la Chine communiste. Le 'syndrome de Yalta', c'est-à-dire la perception d'un ordre européen figé, n'a pris fin qu'avec les révolutions de 1989 et la dissolution de l'URSS.

Anecdotes

Le choix de Yalta

Staline, souffrant d'agoraphobie et refusant de trop s'éloigner du front, insista pour que la conférence se tienne en URSS. Le choix se porta sur la station balnéaire de Yalta en Crimée, bien que la région ait été récemment libérée et encore largement dévastée. La délégation américaine fut logée dans le palais de Livadia, ancienne résidence d'été du tsar Nicolas II, où Roosevelt disposait d'une salle de bain personnelle, un luxe rare. Les services secrets soviétiques avaient entièrement réaménagé et meublé les lieux, allant jusqu'à planter des arbres pour embellir le paysage, et avaient installé des micros dans toutes les pièces.

La question du fauteuil

Lors de la séance photo officielle, un incident protocolaire subtil eut lieu. Staline, en uniforme simple, arriva le dernier et resta debout, semblant modeste. Roosevelt, en fauteuil roulant, et Churchill l'invitèrent à s'asseoir au centre. Staline refusa d'abord, puis accepta, s'installant ainsi visuellement comme la figure centrale de la réunion. Cette image, où le dirigeant soviétique trône entre ses deux alliés occidentaux, est devenue une icône symbolisant le nouvel équilibre des forces mondiales.

Les réparations et le plan Morgenthau

Les discussions sur les réparations allemandes furent particulièrement âpres. Staline exigea un montant fixe de 20 milliards de dollars, dont la moitié irait à l'URSS. Churchill s'y opposa farouchement, craignant de répéter les erreurs du Traité de Versailles qui avaient affamé l'Allemagne et nourri le ressentiment. Roosevelt, influencé par le secrétaire au Trésor Morgenthau qui préconisait la 'pastoralisation' de l'Allemagne (la transformer en un pays agricole), fut plus conciliant. Finalement, un compromis vague fut trouvé : une commission siégerait à Moscou pour étudier la question sur la base des 'dommages causés' et de la 'capacité de payer' de l'Allemagne.

Sources

  • Churchill, Winston. 'The Second World War, Volume VI: Triumph and Tragedy.' Cassell, 1954.
  • Gaddis, John Lewis. 'The Cold War: A New History.' Penguin Press, 2005.
  • Service, Robert. 'Stalin: A Biography.' Macmillan, 2004.
  • Documents du Département d'État américain : 'Foreign Relations of the United States: The Conferences at Malta and Yalta, 1945.'
  • Mastny, Vojtech. 'Russia's Road to the Cold War: Diplomacy, Warfare, and the Politics of Communism, 1941-1945.' Columbia University Press, 1979.
EdTech AI Assistant