Introduction
La Révolution de 1905 constitue la première grande secousse révolutionnaire du XXe siècle en Russie. Elle éclate dans un contexte de crise sociale profonde, d'industrialisation rapide et de défaite militaire humiliante lors de la guerre russo-japonaise (1904-1905). Ce soulèvement populaire, massif et diversifié, force le régime autocratique des Romanov à concéder des réformes politiques historiques, marquant un tournant irréversible dans l'histoire russe.
Description
La révolution est un processus complexe et décentralisé qui dure toute l'année 1905, avec des pics d'intensité variables. Elle n'est pas dirigée par un parti unique mais prend la forme d'une convergence de mouvements : grèves ouvrières massives dans les centres industriels, révoltes paysannes contre les grands propriétaires fonciers (pomestchiks), mutineries dans l'armée et la marine (comme celle du cuirassé Potemkine), et agitation nationaliste dans les périphéries de l'Empire (Pologne, Finlande, pays baltes, Caucase). Les revendications sont à la fois politiques (fin de l'autocratie, assemblée constituante, libertés civiques) et socio-économiques (journée de 8 heures, meilleurs salaires, redistribution des terres).
Histoire
L'élément déclencheur est le "Dimanche Rouge" (9 janvier 1905). Une procession pacifique d'ouvriers, menée par le pope Gapone, se rend au Palais d'Hiver de Saint-Pétersbourg pour présenter une pétition au tsar. La garde impériale ouvre le feu sur la foule, faisant des centaines de morts et de blessés. Cet événement brise définitivement la confiance traditionnelle du peuple envers le "Petit Père". Les grèves et les troubles s'étendent comme une traînée de poudre. En juin, la mutinerie du Potemkine en mer Noire montre la fissuration de l'armée, pilier du régime. Face à l'ampleur de la crise, le tsar Nicolas II, par le Manifeste d'Octobre (17 octobre 1905), promet des libertés civiques fondamentales (liberté de conscience, de parole, de réunion, d'association) et l'établissement d'une Douma d'État élue au suffrage (très inégal) avec un pouvoir législatif. Cette concession divise l'opposition et permet au pouvoir de reprendre l'initiative. La répression des soulèvements de décembre à Moscou marque la fin de l'insurrection armée. La première Douma, élue en 1906, est rapidement dissoute, et les lois fondamentales de 1906 limitent considérablement ses pouvoirs, restaurant l'essentiel de l'autorité tsariste.
Caracteristiques
1. **Caractère spontané et pluriel** : Contrairement à 1917, aucun parti (mencheviks, bolcheviks, SR) ne dirige le mouvement, bien qu'ils y participent. C'est une explosion sociale aux multiples foyers. 2. **Institution révolutionnaire originale** : Apparition des **Soviets** (conseils) de députés ouvriers, d'abord à Ivanovo puis surtout à Saint-Pétersbourg (présidé par Léon Trotski). Ces organes de coordination et de pouvoir parallèle préfigurent 1917. 3. **Révolution « bourgeoise » inachevée** : Elle obtient des concessions constitutionnelles (la Douma) mais ne renverse pas la monarchie ni ne résout la question agraire. 4. **Répression et réformes limitées** : Le régime utilise à la fois la force (expéditions punitives, exécutions) et des réformes partielles (comme les réformes agraires de Stolypine à partir de 1906) pour se stabiliser.
Importance
La Révolution de 1905 est un prélude et un laboratoire pour celle de 1917. Elle démontre la faiblesse du tsarisme, la montée en puissance de la classe ouvrière organisée en soviets, et l'émergence des partis révolutionnaires sur la scène nationale. Elle instaure une période de semi-constitutionnalisme (la "Monarchie de Douma") qui ne satisfait personne et aggrave les tensions. L'échec à instaurer une véritable monarchie parlementaire durable et à résoudre les crises sociales creuse le fossé entre le pouvoir et la nation, rendant une nouvelle révolution quasi inévitable. Son impact résonne aussi internationalement, inspirant des mouvements révolutionnaires et des réformes en Perse, dans l'Empire ottoman et en Chine.
