Introduction
La Révolution iranienne de 1979 est un événement complexe et multi-dimensionnel qui a transformé l'Iran d'une monarchie séculière et modernisatrice en une République islamique théocratique. Plus qu'un simple changement de régime, elle représente une fusion explosive de mécontentements sociaux, économiques, politiques et religieux contre la dynastie Pahlavi, perçue comme despotique et inféodée aux puissances étrangères, notamment les États-Unis. Son caractère unique réside dans son idéologie islamique mobilisatrice et son succès à renverser un régime apparemment solide sans le recours à une armée conventionnelle.
Description
La révolution fut le point culminant de plusieurs années de protestations croissantes. Elle a uni une coalition hétéroclite comprenant des religieux chiites traditionalistes, des intellectuels libéraux, des étudiants de gauche, des marchands du bazar (classe moyenne commerçante) et des ouvriers. Leur colère était dirigée contre la répression politique de la SAVAK (police secrète), la corruption, les inégalités économiques exacerbées par une modernisation rapide et mal répartie, et la perte d'identité culturelle et religieuse perçue sous l'influence occidentale. Le leader charismatique, l'Ayatollah Rouhollah Khomeiny, en exil depuis 1964, a su canaliser ces griefs divers en un mouvement de masse cohérent autour du slogan 'Indépendance, Liberté, République islamique'.
Histoire
Les racines de la révolution remontent aux réformes autoritaires du Shah, notamment la 'Révolution blanche' des années 1960, qui heurta les intérêts du clergé et des propriétaires terriens. Les manifestations débutèrent sérieusement en 1978, déclenchées par un article diffamatoire contre Khomeiny. La répression sanglante ('Vendredi noir' le 8 septembre 1978, avec des centaines de morts) radicalisa le mouvement. Des grèves générales, notamment dans le secteur pétrolier, paralysèrent l'économie. Le Shah quitta l'Iran le 16 janvier 1979 'pour des vacances'. Khomeiny fit un retour triomphal le 1er février. Après des combats entre partisans de la révolution et forces loyalistes, le régime impérial s'effondra le 11 février 1979. Un référendum en avril établit la République islamique. La période fut suivie d'une consolidation du pouvoir par les islamistes, éliminant progressivement leurs alliés libéraux et de gauche, et de la crise des otages de l'ambassade américaine (novembre 1979 - janvier 1981) qui scella l'antagonisme avec les États-Unis.
Caracteristiques
1. **Révolution religieuse (islamique) :** C'est sa caractéristique la plus marquante. Le chiisme duodécimain, avec sa structure cléricale hiérarchisée et son concept de Velayat-e Faqih (la tutelle du juriste théologien), a fourni l'idéologie, les réseaux (les mosquées) et le leadership. 2. **Mouvement de masse transnational :** Elle a mobilisé des millions de personnes de toutes classes sociales à travers des manifestations pacifiques de grande ampleur. 3. **Rôle des technologies de l'époque :** Les cassettes audio des sermons de Khomeiny, copiées et diffusées clandestinement, ont joué un rôle crucial pour contourner la censure. 4. **Absence de coup d'État militaire classique :** L'armée s'est finalement déclarée 'neutre', permettant la victoire civile. 5. **Dimension anti-impérialiste et anti-américaine forte :** Le rejet de l''ingérence occidentale' était un moteur central.
Importance
L'impact de la Révolution iranienne fut profond et mondial. **Sur le plan régional**, elle a créé le premier État théocratique moderne, inspirant des mouvements islamistes ailleurs et déclenchant des conflits (guerre Iran-Irak 1980-1988). Elle a reconfiguré la géopolitique du Moyen-Orient, opposant un axe chiite (soutenant le Hezbollah, le régime syrien) aux monarchies sunnites et à Israël. **Sur le plan international**, elle a marqué un revers majeur pour les États-Unis, perdant un allié clé, et a inauguré une hostilité durable. Elle a aussi montré la force politique de l'islam comme idéologie de mobilisation, influençant les débats sur la religion et la modernité. En Iran même, elle a entraîné une transformation sociale et juridique profonde (application de la charia, changement du statut des femmes) et une économie isolée par les sanctions. Son héritage, entre aspirations populaires à l'autodétermination et autoritarisme religieux, reste vivement contesté.
