Introduction
Thomas Jefferson incarne l'esprit des Lumières américaines. Homme aux talents multiples – homme d'État, architecte, inventeur, agronome et bibliophile –, sa pensée et ses actions ont façonné les institutions et l'identité des jeunes États-Unis. Sa présidence fut marquée par l'acquisition de la Louisiane, qui doubla la taille du pays, et par des tensions internationales croissantes. Sa vie est cependant traversée par une contradiction majeure entre son idéal de liberté et son statut de propriétaire d'esclaves.
Jeunesse
Né dans une famille aisée de planteurs de Virginie, Jefferson étudie le droit au College of William & Mary. Il se passionne pour les philosophes des Lumières (Locke, Montesquieu) et les sciences. Il hérite de vastes domaines, dont Monticello, qu'il conçoit et agrandit lui-même. Il entre en politique en tant que membre de la Chambre des bourgeois de Virginie, où il se distingue par son éloquence et ses idées radicales sur l'autonomie.
Ascension
Délégué du Congrès continental en 1775, son talent littéraire et sa vision philosophique le désignent naturellement pour rédiger la Déclaration d'Indépendance en 1776. Ce texte fondateur, proclamant l'égalité des hommes et leur droit à la vie, la liberté et la recherche du bonheur, lui apporte une renommée immédiate. De retour en Virginie, il rédige des lois pour y abolir le droit d'aînesse et établir la liberté religieuse (Statut pour la liberté religieuse de Virginie, 1786). Il est ensuite ministre en France (1785-1789), où il observe la Révolution française.
Apogee
Secrétaire d'État sous Washington, puis vice-président sous John Adams, Jefferson fonde le Parti républicain-démocrate, s'opposant au fédéralisme jugé trop centralisateur. Élu président en 1801 après une crise électorale, son premier mandat est un succès (réduction de la dette, fin des taxes internes). Son acte le plus marquant est l'achat de la Louisiane à la France en 1803, une opération audacieuse et constitutionnellement douteuse qui ouvre la voie à l'expansion vers l'Ouest. Son second mandat est assombri par l'Embargo Act de 1807, une politique de neutralité désastreuse pour l'économie. Après sa présidence, il fonde l'Université de Virginie (1819), réalisant son idéal d'éducation publique et laïque.
Heritage
Jefferson laisse une empreinte indélébile sur la démocratie américaine. Sa Déclaration d'Indépendance reste le texte sacré de la nation. Sa vision d'une république agraire de petits propriétaires libres, bien que dépassée par l'industrialisation, a nourri le mythe fondateur. Sa correspondance volumineuse avec John Adams, après des années de brouille, est un monument de la pensée politique. Pourtant, son héritage est entaché par son rapport à l'esclavage : il possédait plus de 600 esclaves, eut une relation avec l'une d'entre elles, Sally Hemings, et malgré des condamnations théoriques de l'esclavage, il n'agit pas pour l'abolir, le considérant comme un mal nécessaire pour l'économie du Sud.
