Introduction
Soliman Ier, connu en Europe sous le nom de Soliman le Magnifique et dans l'Empire ottoman sous celui de Soliman le Législateur (Kanuni), est universellement considéré comme le plus grand des sultans ottomans. Son règne de 46 ans (1520-1566) constitue l'apogée de la puissance politique, militaire et culturelle de l'Empire. Il étendit considérablement les frontières de l'État, affirma son autorité sur les trois continents (Europe, Asie, Afrique), réforma en profondeur les institutions et les lois, et fit de Constantinople (Istanbul) un centre artistique et intellectuel rayonnant. Son règne fut aussi marqué par sa relation célèbre et influente avec son épouse, Hürrem Sultan (Roxelane).
Jeunesse
Fils du sultan Sélim Ier (dit 'le Terrible') et d'Hafsa Sultan, Soliman naît à Trabzon, sur la mer Noire, où son père était gouverneur. Il reçoit une éducation soignée et complète, typique des princes ottomans : études du Coran, de la poésie, de l'histoire, des sciences, et apprentissage de l'art de la guerre. Très jeune, il est nommé gouverneur de provinces stratégiques (d'abord à Kaffa en Crimée, puis à Manisa), expériences qui lui permettent d'acquérir une précieuse expérience administrative et militaire avant son accession au trône.
Ascension
Il monte sur le trône en 1520, à la mort de son père, sans contestation. Son règne débute sous les meilleurs auspices, contrastant avec la sévérité de Sélim Ier. Il libère des prisonniers égyptiens et lance des distributions d'aumônes. Cependant, il affirme rapidement sa volonté de conquête. Dès 1521, il s'empare de la forteresse de Belgrade, clé des Balkans, ouvrant la voie vers l'Europe centrale. L'année suivante, en 1522, il conquiert l'île de Rhodes, repaire des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, sécurisant ainsi les voies maritimes en Méditerranée orientale. Ces succès précoces établissent sa réputation de grand chef militaire.
Apogee
L'apogée de Soliman est marqué par une série d'exploits militaires et de réalisations intérieures. En 1526, il écrase le roi de Hongrie Louis II à la bataille de Mohács, ouvrant la voie à l'annexion d'une grande partie de la Hongrie. Il assiège Vienne en 1529, sans succès, mais prouve la portée de la puissance ottomane au cœur de l'Europe. En mer, il développe une puissante flotte sous le commandement de l'amiral Barberousse, qui domine la Méditerranée et s'empare de nombreuses places en Afrique du Nord (Alger, Tunis). À l'est, il mène des campagnes contre les Séfévides de Perse, conquérant Bagdad en 1534. Parallèlement, il entreprend une vaste réforme législative (les 'kanun'), codifiant le droit séculier (distinct de la charia) en matière fiscale, pénale et foncière, ce qui lui vaut le titre de 'Législateur'. Il est aussi un immense mécène : son architecte en chef, Mimar Sinan, construit des chefs-d'œuvre comme la mosquée Süleymaniye à Istanbul, symbole de son règne. Sa cour, fastueuse et cosmopolite, attire artistes, poètes et savants.
Heritage
Soliman meurt en 1566, la veille de la victoire finale lors du siège de Szigetvár en Hongrie. Sa mort est cachée à l'armée pendant plusieurs semaines pour éviter la désorganisation. Son règne laisse un héritage immense mais contrasté. Il a porté l'Empire ottoman à son extension territoriale maximale et à son zénith culturel. Cependant, sa décision de faire exécuter son fils le plus capable, Mustafa, sur des soupçons de trahison alimentés par Hürrem Sultan, et la promotion de ses favoris, ont affaibli le système du devşirme et préparé des crises de succession futures. Il est le dernier grand sultan à mener personnellement ses armées en campagne. Après lui, l'empire entre dans une longue période de stabilisation puis de déclin progressif. Il reste dans l'histoire comme la figure emblématique de la puissance ottomane et un symbole de justice et de grandeur.
