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Simone Veil

« La mère de la loi Veil »

13 juillet 1927 - Nice30 juin 2017 - ParisFrançaise
PolitiqueDroitMémoire de la Shoah
Periode : XXe-XXIe siècles

Magistrate, ministre et femme politique française, Simone Veil est une figure majeure de la lutte pour les droits des femmes, connue pour avoir fait adopter la loi dépénalisant l'avortement en 1975. Rescapée de la Shoah, elle a également été la première présidente du Parlement européen élu au suffrage universel. Son parcours incarne la défense de la dignité humaine, la construction européenne et le devoir de mémoire.

Introduction

Simone Veil, née Simone Jacob, est une personnalité française dont la vie et l'œuvre ont profondément marqué l'histoire sociale et politique de la France et de l'Europe. Survivante d'Auschwitz-Birkenau, elle a transformé l'expérience de la déportation en un engagement inlassable pour les droits humains, la justice et la paix. Son nom reste indissociablement lié à la loi de 1975 sur l'interruption volontaire de grossesse (IVG), un combat législatif et sociétal d'une rare intensité qui a changé la condition des femmes en France.

Jeunesse

Née dans une famille juive non pratiquante et républicaine, Simone Jacob grandit à Nice. En mars 1944, à 16 ans, elle est arrêtée par la Gestapo avec sa famille. Déportée à Auschwitz-Birkenau avec sa sœur Madeleine et sa mère Yvonne (son père et son frère sont déportés ailleurs et n'en reviendront pas), elle survit à l'enfer des camps, puis aux marches de la mort jusqu'à Bergen-Belsen, où sa mère meurt du typhus peu avant la libération du camp. Cette expérience fondatrice forge sa conviction absolue en la nécessité de défendre la dignité humaine. À son retour, elle entreprend des études de droit et de science politique, épouse Antoine Veil en 1946 et entre dans la magistrature en 1957, se spécialisant dans les questions pénitentiaires et d'adoption.

Ascension

Sa carrière dans l'administration pénitentiaire la conduit à devenir, en 1970, la première femme secrétaire générale du Conseil supérieur de la magistrature. Repérée par le Premier ministre Jacques Chaban-Delmas, elle est nommée ministre de la Santé dans le gouvernement de Jacques Chirac en mai 1974, sous la présidence de Valéry Giscard d'Estaing. C'est à ce poste qu'elle se voit confier la mission politiquement périlleuse de porter un projet de loi libéralisant l'avortement.

Apogee

Son apogée est marquée par le long et douloureux débat parlementaire de l'automne 1974. Face à des attaques d'une violence inouïe, souvent antisémites et sexistes, Simone Veil défend son projet avec une dignité, une clarté et une fermeté qui forcent le respect. La loi, adoptée le 17 janvier 1975, porte son nom. En 1979, elle mène la liste de l'UDF aux premières élections européennes au suffrage universel et devient la première présidente du Parlement européen, fonction qu'elle occupe jusqu'en 1982, œuvrant pour renforcer l'institution. Elle reste députée européenne jusqu'en 1993, puis revient au gouvernement comme ministre d'État, ministre des Affaires sociales, de la Santé et de la Ville (1993-1995). Elle siège ensuite au Conseil constitutionnel de 1998 à 2007.

Heritage

L'héritage de Simone Veil est immense. La loi sur l'IVG est un pilier des droits des femmes en France. Son action européenne a contribué à légitimer le Parlement. Son témoignage, notamment dans son autobiographie 'Une vie' (2007), et son rôle à la tête de la Fondation pour la mémoire de la Shoah ont été capitaux pour la transmission. En 2008, elle est élue à l'Académie française. En 2018, sur décision du président Emmanuel Macron, elle entre au Panthéon avec son époux, devenant l'une des rares femmes et la première survivante de la Shoah à y reposer. Elle incarne la conscience morale de la nation, la résilience et la force du droit.

Realisations majeures

  • 1
    Porte et fait adopter la loi du 17 janvier 1975 dépénalisant l'interruption volontaire de grossesse (IVG), dite 'loi Veil'.
  • 2
    Devient la première présidente du Parlement européen élu au suffrage universel (1979-1982), renforçant la légitimité de l'institution.
  • 3
    Contribue de manière décisive à la mémoire de la Shoah en tant que présidente d'honneur puis présidente de la Fondation pour la mémoire de la Shoah (2001-2007).
  • 4
    Entre à l'Académie française en 2008, au fauteuil de l'ancien Premier ministre Pierre Messmer.
  • 5
    Fait son entrée au Panthéon en 2018, honneur national suprême, aux côtés de son époux Antoine Veil.

Anecdotes

Le matricule 78651

À son arrivée à Auschwitz, Simone Jacob se voit tatouer le numéro 78651 sur le bras. Elle gardera ce tatouage toute sa vie, refusant de le faire enlever, le considérant comme une partie d'elle-même et un témoignage indélébile.

Un discours historique sous les insultes

Lors de son discours à l'Assemblée nationale pour défendre la loi sur l'IVG le 26 novembre 1974, Simone Veil est huée et insultée par une partie des députés. On l'accuse de pratiquer un 'génocide', on la compare à des médecins nazis. Elle reste d'une dignité et d'une fermeté absolues, répondant avec calme et détermination.

L'entrée au Panthéon avec son époux

Lors de son entrée au Panthéon le 1er juillet 2018, Simone Veil y est inhumée avec son époux Antoine Veil, selon la volonté de la famille et du président Macron. C'est un cas très rare où un couple entre ensemble dans le temple républicain, symbolisant leur union et leur engagement commun.

Citations celebres

« Je voudrais tout d'abord vous faire partager une conviction de femme – je m'excuse de le faire devant cette Assemblée presque exclusivement composée d'hommes : aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l'avortement. »

Extrait de son discours historique devant l'Assemblée nationale, le 26 novembre 1974, pour défendre le projet de loi sur l'IVG.

« Notre mémoire est courte, et l'oubli est rapide. Il faut donc sans cesse rappeler, expliquer, faire comprendre. »

Prononcée à de nombreuses reprises, cette phrase résume son engagement constant pour la transmission de la mémoire de la Shoah.

« L'Europe ne se fera pas en un jour, ni sans heurts. L'essentiel est que l'idée chemine et que l'espoir demeure. »

Reflète sa foi inébranlable dans le projet européen, qu'elle a servi avec passion en tant que présidente du Parlement.

Sources

  • Veil, Simone. 'Une vie'. Stock, 2007. (Autobiographie)
  • Discours à l'Assemblée nationale, 26 novembre 1974. Archives de l'Assemblée nationale.
  • Fondation pour la mémoire de la Shoah. Archives et travaux.
  • Dossiers biographiques de l'Académie française et du Conseil constitutionnel.
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