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Yusuf Al-Nasir Salah al-Din Yusuf ibn Ayyub

« Le Victorieux, Le Noble »

1137 ou 1138 - Tikrit4 mars 1193 - DamasAyyoubide (Kurde)
PolitiqueMilitaireDiplomatie
Periode : Croisades, Âge d'or islamique

Saladin est un chef militaire et politique musulman kurde, fondateur de la dynastie ayyoubide. Il est célèbre pour avoir unifié le Proche-Orient musulman et repris Jérusalem aux Croisés en 1187. Sa chevalerie et sa magnanimité, même envers ses ennemis, en ont fait une figure légendaire tant en Orient qu'en Occident.

Introduction

Saladin, de son nom complet Al-Nasir Salah al-Din Yusuf ibn Ayyub, est l'une des figures les plus emblématiques de l'histoire islamique et des Croisades. Né dans une famille kurde au service des Seldjoukides, il incarne l'idéal du souverain musulman pieux, stratège et magnanime. Son règne marqua un tournant décisif dans l'équilibre des forces au Proche-Orient, mettant fin à près d'un siècle de domination franque sur Jérusalem et unifiant l'Égypte, la Syrie, le nord de la Mésopotamie et le Yémen sous une même bannière. Son héritage dépasse le cadre militaire pour toucher à la gouvernance, à la justice et à la construction d'un État centralisé.

Jeunesse

Saladin naît à Tikrit, où son père, Najm al-Din Ayyub, est gouverneur. La famille, d'origine kurde, est rapidement contrainte à l'exil et se met au service de l'atabeg zengide de Mossoul et d'Alep, Nur al-Din. Saladin grandit à Damas et reçoit une éducation classique en théologie, droit, poésie et, surtout, en art militaire. Il accompagne son oncle Shirkuh dans des campagnes en Égypte, un théâtre d'opérations crucial où les Fatimides chiites et les Croisés se disputent l'influence. Ces expéditions forgent son expérience du commandement et de la politique complexe de la région.

Ascension

À la mort de son oncle Shirkuh en 1169, Saladin, alors vizir du calife fatimide affaibli, manœuvre avec habileté. Il écarte ses rivaux, consolide son pouvoir et, en 1171, abolit le califat fatimide chiite, rétablissant ainsi la souveraineté sunnite et l'autorité nominale de Nur al-Din en Égypte. À la mort de ce dernier en 1174, Saladin se lance dans une campagne d'unification des territoires musulmans de Syrie et de Mésopotamie, combattant autant les autres princes zengides que les Croisés. Par une combinaison de force militaire, de diplomatie et d'alliances matrimoniales, il parvient à se faire reconnaître comme sultan d'Égypte et de Syrie, fondant la dynastie ayyoubide.

Apogee

L'apogée de Saladin survient en 1187. Profitant des divisions au sein des États croisés et de la provocation du seigneur Renaud de Châtillon, il déclare le jihad. Le 4 juillet 1187, il inflige une défaite écrasante à l'armée franque à la bataille de Hattin, capturant le roi Guy de Lusignan et exécutant Renaud de Châtillon. Cette victoire ouvre la voie à la reconquête de la plupart des places fortes franques, dont le symbole suprême : Jérusalem, qui capitule le 2 octobre 1187. Contrairement au massacre perpétré par les Croisés en 1099, Saladin accorde aux habitants chrétiens la vie sauve contre une rançon, faisant preuve d'une clémence qui frappa les chroniqueurs de l'époque. Cette reconquête déclencha la Troisième Croisade, menée par Richard Cœur de Lion, Philippe Auguste et Frédéric Barberousse. Malgré la perte d'Acre, Saladin parvint à contenir l'offensive et à préserver Jérusalem, aboutissant au traité de paix de Ramla en 1192 avec Richard.

Heritage

Saladin meurt à Damas en 1193, pauvre, dit-on, ayant distribué ses richesses à ses sujets. Son empire fut partagé entre ses parents, mais son œuvre d'unification fut éphémère. Pourtant, son héritage symbolique est immense. Dans le monde musulman, il devint le modèle du souverain juste, du libérateur et du défenseur de l'islam. En Occident, malgré sa qualité d'« infidèle », les chroniqueurs louèrent sa chevalerie, sa magnanimité et sa piété, en faisant une figure romantique de l'âge des Croisades. Au XIXe et XXe siècles, il fut réinventé comme un héros national par les Arabes et les Kurdes, et comme un symbole de résistance. Son mausolée à Damas reste un lieu de visite.

Realisations majeures

  • 1
    Fondation de la dynastie ayyoubide qui régna sur l'Égypte, la Syrie, une partie de la Mésopotamie et du Yémen.
  • 2
    Unification politique et militaire du Proche-Orient musulman sunnite face à la menace croisée.
  • 3
    Reconquête de Jérusalem en 1187 après la victoire décisive à la bataille de Hattin.
  • 4
    Réorganisation de l'administration et de l'armée, notamment par le développement de l'*iqta* (système de concessions militaires) et la construction de citadelles.
  • 5
    Patronage des sciences, de la médecine et de la construction de madrasas (écoles religieuses) et d'hôpitaux, contribuant à la renaissance culturelle de la région.

Anecdotes

Un souverain pauvre

À sa mort, on ne trouva dans le trésor de Saladin que 47 dirhams et un lingot d'or. Il avait en effet l'habitude de distribuer ses richesses, refusant de s'enrichir personnellement aux dépens de son trésor public, suivant un idéal de justice et de piété.

La glace et le sorbet

Saladin aurait envoyé des sorbets et de la glace (apportée des montagnes) à Richard Cœur de Lion, gravement malade pendant la croisade, geste interprété comme un acte de courtoisie chevaleresque entre deux adversaires qui se respectaient.

La lance de Hattin

Lors de la bataille de Hattin, les troupes de Saladin mirent le feu à l'herbe sèche, assoiffant et enfumant l'armée croisée. La tactique, combinée au contrôle des points d'eau, fut décisive dans cette victoire écrasante.

Citations celebres

« Je suis le serviteur de Dieu et de son peuple. »

Parole souvent attribuée à Saladin pour illustrer sa conception du pouvoir comme un service, une responsabilité envers Dieu et ses sujets.

« Les rois, quand leurs chevaliers sont morts, ne valent plus rien à la guerre. »

Citation rapportée par les chroniqueurs, soulignant l'importance qu'il accordait à ses soldats et à leur loyauté.

Sources

  • Ibn Shaddad, Baha al-Din, 'Al-Nawadir al-Sultaniyya wa'l-Mahasin al-Yusufiyya' (La Vie de Saladin).
  • Ibn al-Athir, 'Al-Kamil fi al-Tarikh' (L'Histoire complète).
  • Guillaume de Tyr et ses continuateurs, chroniqueurs des Croisades.
  • Lyons, Malcolm C. & Jackson, D.E.P., 'Saladin: The Politics of the Holy War'.
  • Ehrenkreutz, Andrew S., 'Saladin'.
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