Introduction
Robert Falcon Scott incarne l'idéal de l'explorateur héroïque et stoïque de l'ère édouardienne. Son nom est à jamais associé à la tragique course au pôle Sud et à un esprit de sacrifice et d'endurance qui a profondément marqué la conscience nationale britannique. Bien que son échec final et les erreurs de jugement qui l'ont accompagné soient largement analysés, son héritage demeure celui d'une figure complexe, à la fois symbole de courage et sujet de débats historiographiques sur la préparation et les méthodes d'exploration.
Jeunesse
Né dans une famille de marins et de militaires, Scott entre dans la Royal Navy à l'âge de 13 ans en tant que cadet. Il gravit les échelons de manière régulière, devenant lieutenant en 1889. Sa carrière, bien que compétente, n'était pas particulièrement remarquable jusqu'à ce qu'il soit recommandé, en partie grâce à ses supérieurs et à une certaine disponibilité, pour prendre le commandement de l'expédition Discovery en 1901. Cette nomination, un peu surprenante pour un officier sans expérience polaire, allait définir le reste de sa vie.
Ascension
L'expédition Discovery (1901-1904), financée par la Royal Society et la Royal Geographical Society, fut un succès scientifique majeur. Scott et son équipe, dont Ernest Shackleton, établirent un record en atteignant la latitude 82°17'S et menèrent d'importants travaux en géologie, biologie et météorologie. De retour en héros, Scott fut promu capitaine et décoré. Cette expédition lui apprit beaucoup sur les conditions antarctiques, bien que certaines de ses méthodes (comme la traction humaine et animale plutôt que l'usage exclusif des chiens) commencèrent à révéler ses préférences et ses limites stratégiques.
Apogee
L'expédition Terra Nova (1910-1913) avait pour objectif officiel la science, mais son but non avoué était clair : être les premiers au pôle Sud. L'annonce de la participation d'Amundsen transforma l'entreprise en une course. Après un hivernage au cap Evans, Scott mit en œuvre un plan complexe de dépôts de ravitaillement et utilisa un mélange de moteurs à chenilles, de poneys de Mandchourie, de chiens et, en dernier ressort, de la force humaine. Après un voyage éprouvant, l'équipe polaire (Scott, Edward Wilson, Henry Bowers, Lawrence Oates et Edgar Evans) atteignit le pôle le 17 janvier 1912, pour y trouver le campement et le drapeau norvégien d'Amundsen. La déception fut amère.
Heritage
Le retour du pôle se transforma en une lente agonie. Affaiblis par le scorbut, la famine et le froid extrême, tous les membres de l'équipe périrent. Scott et ses deux derniers compagnons moururent dans leur tente, à seulement 18 km d'un dépôt de vivres. Leurs corps, leurs journaux et les lettres poignantes qu'ils avaient écrits furent décrits huit mois plus tard. Ces documents, publiés, firent de Scott un martyr national, un symbole de bravoure face à l'adversité. Au fil du temps, son héritage a été réévalué : critiqué pour des erreurs logistiques et un certain mépris pour les techniques de survie inuit (comme l'usage des peaux et des chiens), il est aussi reconnu pour son apport scientifique considérable et le courage indéniable de son équipe. Sa dernière expédition marque la fin de l'Âge héroïque de l'exploration en Antarctique.
