Introduction
Otto von Bismarck est l'une des figures politiques les plus marquantes du XIXe siècle européen. Conservateur et monarchiste convaincu, il utilisa avec un pragmatisme froid la guerre et la diplomatie pour réaliser son objectif suprême : créer un État-nation allemand unifié, puissant et dominé par la Prusse des Hohenzollern. Son réalisme politique, souvent résumé par sa célèbre formule du 'sang et du fer', a redessiné la carte de l'Europe centrale et établi l'Allemagne comme une grande puissance.
Jeunesse
Issu de la noblesse terrienne prussienne (Junker), Bismarck étudie le droit et mène d'abord une vie de propriétaire foncier peu conventionnelle, acquérant une réputation de débauche. Entré en politique, il se fait d'abord connaître comme un ultra-conservateur défenseur des privilèges monarchiques et nobiliaires au Parlement de Prusse. Ses premiers postes diplomatiques, notamment comme ambassadeur à la Diète de Francfort (1851-1859) puis en Russie et en France, lui permettent d'acquérir une connaissance approfondie et cynique des relations internationales.
Ascension
Sa carrière décolle en 1862 lorsque le roi Guillaume Ier de Prusse, confronté à un conflit constitutionnel avec le Parlement sur le budget de l'armée, le nomme ministre-président de Prusse. Bismarck gouverne alors en ignorant le Parlement, affirmant que les grandes questions de l'époque ne se régleraient pas par des discours et des votes, mais 'par le sang et le fer'. Il lance alors une série de trois guerres décisives et habilement orchestrées : contre le Danemark (1864) pour les duchés de Schleswig et Holstein, contre l'Autriche (1866) pour l'hégémonie en Allemagne, et enfin contre la France (1870-1871).
Apogee
La victoire éclatante sur la France de Napoléon III permet la proclamation de l'Empire allemand dans la Galerie des Glaces de Versailles, le 18 janvier 1871. Bismarck devient le premier chancelier impérial. Durant ses vingt années au pouvoir (1871-1890), il consolide le nouvel État. À l'intérieur, il mène le 'Kulturkampf' contre l'influence catholique, réprime les socialistes via les lois d'exception, mais instaure aussi un système d'assurances sociales (maladie, accident, vieillesse) pionnier pour apaiser la classe ouvrière. À l'extérieur, il élabore un système complexe d'alliances (Ligue des Trois Empereurs, Triple-Alliance) pour isoler la France et maintenir l'équilibre européen, assurant ainsi une longue période de paix.
Heritage
L'héritage de Bismarck est colossal et ambivalent. Il a créé l'Allemagne moderne, mais une Allemagne fondée sur la primauté de la Prusse et de son armée, avec des fragilités démocratiques. Son système d'alliances, bien que brillant, était trop personnel et complexe pour lui survivre. Son successeur, Guillaume II, le limogea en 1890, mettant fin à l'ère bismarckienne. Le nouvel empereur laissa le système se déliter, contribuant à l'engrenage des alliances qui mena à la Première Guerre mondiale. Bismarck reste le symbole du réalisme politique et de la construction étatique par la force, une figure à la fois admirée et controversée.
