Introduction
Le marquis de La Fayette est une figure emblématique du libéralisme et de l'engagement transatlantique au tournant des XVIIIe et XIXe siècles. Issu de la haute noblesse française, il rejeta très tôt les privilèges de sa caste pour embrasser les idéaux des Lumières. Sa vie fut un pont permanent entre la France et les États-Unis, faisant de lui un symbole vivant de la lutte pour la liberté et un acteur majeur de deux révolutions fondatrices.
Jeunesse
Orphelin de père à deux ans et de mère à treize, La Fayette hérita d'une immense fortune et du titre de marquis. Formé au collège du Plessis et à l'Académie de Versailles, il intégra la prestigieuse compagnie des Mousquetaires noirs du roi. Influencé par les philosophes des Lumières et animé par un désir de gloire, il fut séduit par la cause des insurgents américains. À 19 ans, contre l'avis de la cour et de sa famille, il acheta un navire et partit secrètement pour l'Amérique en 1777, offrant ses services au Congrès continental.
Ascension
En Amérique, son enthousiasme, sa fortune personnelle investie dans la cause et son respect pour les institutions républicaines lui valurent rapidement la confiance du Congrès. Il fut nommé major général de l'armée continentale et devint un proche ami et fils adoptif de George Washington. Il se distingua militairement à la bataille de Brandywine, où il fut blessé, et joua un rôle crucial dans la victoire décisive de Yorktown en 1781, contribuant à isoler les forces britanniques du général Cornwallis. De retour en France en héros, il œuvra comme diplomate pour renforcer l'alliance franco-américaine et obtint l'envoi d'un corps expéditionnaire commandé par Rochambeau.
Apogee
Devenu une figure publique majeure en France, La Fayette fut élu aux États généraux de 1789. Il joua un rôle central dans les premiers temps de la Révolution française. Nommé commandant en chef de la Garde nationale, il conçut et imposa la cocarde tricolore, symbole de l'union du peuple et du roi. Il fut l'un des principaux auteurs de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, s'inspirant directement de la Déclaration d'indépendance américaine et des idées des Lumières. Cependant, sa position modérée, cherchant à concilier monarchie constitutionnelle et révolution, le mit en porte-à-faux avec les factions radicales. Après la fusillade du Champ-de-Mars (1791) et l'attaque des Tuileries (1792), il fut déclaré traître par les Jacobins. Fuyant vers les Pays-Bas autrichiens, il fut capturé et passa plus de cinq ans en prison, d'abord en Prusse puis en Autriche.
Heritage
Libéré après le traité de Campo-Formio (1797), il se tint à l'écart du pouvoir sous Napoléon, qu'il désapprouvait. Il refusa de participer au coup d'État du 18 Brumaire. Sous la Restauration, il devint le chef de l'opposition libérale à la Chambre des députés. Son prestige fut immense lors de sa tournée triomphale aux États-Unis en 1824-1825, où il fut accueilli comme un héros national. En 1830, il fut à nouveau commandant de la Garde nationale lors de la Révolution de Juillet et joua un rôle clé dans l'avènement de la monarchie de Juillet en présentant Louis-Philippe comme « la meilleure des républiques ». Il resta jusqu'à sa mort le défenseur infatigable des principes de 1789. Sa tombe, au cimetière de Picpus à Paris, est recouverte de terre rapportée des États-Unis, symbolisant son lien éternel avec les deux nations.
