Introduction
Marie-Thérèse d'Autriche (1717-1780) est l'une des souveraines les plus marquantes de l'Europe du XVIIIe siècle. Fille de l'empereur Charles VI, elle hérita des vastes possessions des Habsbourg à sa mort en 1740, malgré la Pragmatique Sanction qui assurait sa succession mais fut immédiatement contestée. Son règne de quarante ans fut caractérisé par une lutte constante pour préserver son héritage, une profonde transformation interne de ses États et une politique matrimoniale habile qui lia sa famille à toutes les cours d'Europe.
Jeunesse
Née au palais de la Hofburg à Vienne, Marie-Thérèse reçut une éducation conventionnelle pour une princesse, centrée sur la religion, les langues (elle parlait couramment allemand, français, italien, latin et un peu de tchèque) et les arts, mais peu sur la politique ou la stratégie militaire. Son père, Charles VI, n'ayant pas d'héritier mâle, consacra son règne à faire accepter par les puissances européennes la Pragmatique Sanction de 1713, un édit qui permettait la succession féminine. En 1736, elle épousa François-Étienne de Lorraine, pour qui elle eut une profonde affection et avec qui elle eut seize enfants, dont les futures reines Marie-Antoinette de France et Marie-Caroline de Naples.
Ascension
À la mort de Charles VI en 1740, la Pragmatique Sanction fut immédiatement violée. Frédéric II de Prusse envahit la riche province de Silésie, déclenchant la guerre de Succession d'Autriche (1740-1748). La France, la Bavière et l'Espagne se joignirent à la coalition contre elle. Jeune et inexpérimentée, Marie-Thérée fit preuve d'une détermination extraordinaire. Elle galvanisa le soutien de la noblesse hongroise, qui lui offrit une armée en échange de la confirmation de leurs privilèges. Malgré la perte de la Silésie confirmée par le traité d'Aix-la-Chapelle (1748), elle sauva l'essentiel de la monarchie des Habsbourg et fit élire son époux empereur du Saint-Empire en 1745.
Apogee
Après la guerre, Marie-Thérèse, secondée par des ministres talentueux comme le chancelier Wenzel Anton von Kaunitz, entreprit un vaste programme de réformes pour renforcer l'État et préparer la revanche contre la Prusse. Elle centralisa l'administration, créa un conseil d'État, unifi la fiscalité et établit un cadastre. Elle réforma l'armée, créant une académie militaire et un service militaire obligatoire. Dans le domaine économique, elle encouragea les manufactures et le commerce. Sur le plan sociétal, elle limita le pouvoir des seigneurs sur leurs paysans dans certains domaines, réforma le système judiciaire et rendit l'enseignement primaire obligatoire en 1774. Sa politique étrangère évolua avec la spectaculaire « Révolution diplomatique » de 1756, qui vit l'Autriche s'allier à son ennemi traditionnel, la France, contre la Prusse, lors de la guerre de Sept Ans (1756-1763). Cette guerre se solda cependant par une nouvelle confirmation de la perte de la Silésie.
Heritage
À sa mort en 1780, Marie-Thérèse laissa un État profondément transformé, modernisé et centralisé, posant les bases de la future puissance autrichienne. Son règne illustre le « despotisme éclairé », mêlant absolutisme et réformes inspirées par les Lumières, bien qu'elle fût personnellement très conservatrice et pieuse. Son héritage dynastique est immense : par ses nombreux enfants, elle devint l'ancêtre de la plupart des familles royales européennes. Son fils Joseph II, son corégent à partir de 1765, poursuivit ses réformes de manière plus radicale. Elle reste dans la mémoire collective comme une souveraine dévouée à son État et à son peuple, une mère de famille nombreuse et une figure majeure de l'histoire autrichienne.
