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Klemens Wenzel von Metternich

« Le Gendarme de l'Europe »

15 mai 1773 - Coblence11 juin 1859 - VienneAutrichienne
DiplomatiePolitiqueHistoire
Periode : Restauration (post-Napoléon)

Klemens von Metternich fut un prince et homme d'État autrichien, principal architecte du système politique européen après la chute de Napoléon Ier. En tant que chancelier d'Autriche et ministre des Affaires étrangères, il incarna la politique de la Restauration et de l'équilibre des puissances. Son nom est associé à l'ère du « système Metternich », une période de conservatisme et de répression des mouvements libéraux et nationaux.

Introduction

Klemens Wenzel Nepomuk Lothar, prince de Metternich-Winneburg zu Beilstein, est une figure centrale de l'histoire européenne du premier XIXe siècle. Issu de la haute aristocratie rhénane, il consacra sa vie à la défense de l'ordre ancien, des monarchies légitimes et de l'équilibre continental contre les forces révolutionnaires et napoléoniennes. Son influence fut telle que la période allant du Congrès de Vienne (1815) aux révolutions de 1848 est souvent appelée l'« Ère Metternich ».

Jeunesse

Né à Coblence dans une famille de la noblesse immédiate d'Empire, Metternich reçoit une éducation cosmopolite, étudiant à Strasbourg et Mayence. La Révolution française, qui confisque les biens de sa famille en Rhénanie, forge sa profonde aversion pour les idéaux révolutionnaires. Il entre au service diplomatique de la monarchie des Habsbourg, d'abord comme ambassadeur à Dresde (1801), puis à Berlin (1803) et surtout à Paris (1806-1809). Ce poste crucial lui permet d'observer de près Napoléon et de nouer des relations influentes.

Ascension

En 1809, après la défaite autrichienne à Wagram, l'empereur François Ier le nomme ministre des Affaires étrangères. Metternich mise alors sur une politique d'accommodement avec la France, orchestrant le mariage de Napoléon avec l'archiduchesse Marie-Louise d'Autriche en 1810. Cette stratégie vise à gagner du temps pour reconstruire les forces de l'Empire. Lorsque la campagne de Russie tourne au désastre pour Napoléon, Metternich manœuvre avec habileté, faisant basculer l'Autriche dans la Sixième Coalition en 1813 après des négociations infructueuses. Il devient l'un des principaux artisans de la chute de l'Empereur.

Apogee

Son heure de gloire arrive avec le Congrès de Vienne (1814-1815), qu'il organise et dirige en grande partie. Metternich y impose sa vision d'un équilibre européen fondé sur la légitimité des dynasties, l'endiguement de la France et le refus des principes nationaux et libéraux. Il est le pilier de la Sainte-Alliance (initiée par le tsar) et surtout de l'Alliance Quadruple (Autriche, Prusse, Russie, Grande-Bretagne), instrument de la répression collective contre les révolutions. En Autriche, où il devient chancelier d'État en 1821, il établit un régime policier strict, censurant la presse et surveillant les universités pour étouffer toute velléité de changement.

Heritage

Le « système Metternich » maintint une paix relative en Europe pendant près de trois décennies, mais il fut balayé par la vague révolutionnaire de 1848. Contraint de démissionner et de s'exiler à Londres, Metternich revient à Vienne en 1851, mais sans influence politique. Il meurt en 1859, année où les guerres d'unification italienne remettent en cause l'ordre qu'il avait édifié. Son héritage est double : il est à la fois considéré comme un réactionnaire aveugle aux aspirations des peuples et comme un réaliste géopolitique qui préserva l'Empire des Habsbourg et évita un conflit généralisé en Europe. Ses Mémoires constituent une source essentielle sur cette période.

Realisations majeures

  • 1
    Architecte principal du Congrès de Vienne et du nouvel ordre européen post-napoléonien.
  • 2
    Création et direction du « système Metternich », basé sur la concertation des grandes puissances (Concert européen) et la répression des mouvements libéraux et nationaux.
  • 3
    Maintien de la prééminence et de l'intégrité de l'Empire d'Autriche au centre de l'Europe, en contenant les ambitions de la Russie et de la Prusse.
  • 4
    Établissement d'une politique intérieure autrichienne ultra-conservatrice, fondée sur la censure, la police secrète et le contrôle de l'enseignement.

Anecdotes

Le salon de la duchesse

Pendant le Congrès de Vienne, Metternich disait : « Le Congrès ne marche pas, il danse. » Une grande partie des négociations cruciales se déroulait en effet lors des somptueuses réceptions et bals, comme ceux qu'organisait sa maîtresse, la duchesse Wilhelmine de Sagan. La diplomatie du salon était une de ses armes favorites.

Prophétie inaccomplie

Metternich avait une conscience aiguë des forces nationalistes qui menaçaient l'Empire multinational des Habsbourg. Il déclara un jour : « L'Italie n'est qu'une expression géographique. » Cette phrase, souvent citée pour illustrer son mépris des aspirations nationales, révélait aussi son refus de voir dans les mouvements unitaires une force politique légitime et durable.

Collectionneur de papiers

Metternich était un archiviste méticuleux de sa propre carrière. Il conservait une copie de presque toutes les lettres, notes et dépêches qu'il envoyait ou recevait, créant ainsi une documentation historique exceptionnelle qui a grandement servi à la rédaction de ses Mémoires et à l'étude de l'époque.

Citations celebres

« La France fait trop de bruit pour qu'on puisse y rien entendre. »

Metternich exprimant son exaspération face à l'agitation politique permanente en France après la Révolution.

« Le droit, c'est ce qui est juste ; et ce qui est juste, c'est ce qui sert l'Autriche. »

Une maxime attribuée à Metternich, résumant sa philosophie politique fondée sur la raison d'État et les intérêts de la monarchie des Habsbourg.

« Quand la France éternue, l'Europe s'enrhume. »

Phrase souvent reprise pour illustrer l'idée que les événements en France avaient des répercussions inévitables sur tout le continent, une réalité que Metternich cherchait à contrôler.

Sources

  • Mémoires, documents et écrits de Metternich (publiés à titre posthume).
  • Henry Kissinger, 'Le Grand Monde de Metternich' (biographie intellectuelle et politique).
  • Jean-Paul Bled, 'Metternich' (biographie historique moderne).
  • Encyclopædia Universalis, article 'Metternich'.
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