Introduction
Henry Morton Stanley, né John Rowlands, est une figure emblématique et controversée de l'exploration africaine du XIXe siècle. Journaliste au New York Herald, il est envoyé en Afrique avec la mission célèbre de retrouver le missionnaire écossais David Livingstone, disparu depuis plusieurs années. Cette rencontre, et la phrase qui l'a immortalisée, le propulsent sur le devant de la scène internationale. Par la suite, ses expéditions ambitieuses, financées par des journaux et des intérêts coloniaux, contribuent de manière décisive à la cartographie du bassin du Congo et à l'établissement des prétentions territoriales européennes sur le continent.
Jeunesse
Né illégitimement sous le nom de John Rowlands, Stanley passe son enfance dans un workhouse (hospice pour pauvres) à St Asaph, au Pays de Galles, une expérience qu'il décrira comme profondément traumatisante. À 18 ans, il s'embarque comme mousse pour La Nouvelle-Orléans, où il est pris en charge par un marchand nommé Henry Hope Stanley, dont il adopte le nom. Il sert dans la guerre de Sécession des deux côtés (Confédéré puis Unioniste), avant de se lancer dans le journalisme. Son sens aigu de l'aventure et son talent pour l'écriture le conduisent à couvrir des campagnes militaires en Abyssinie et en Espagne pour le compte du New York Herald.
Ascension
Sa carrière bascule en 1869 lorsque James Gordon Bennett Jr., le propriétaire du Herald, lui confie la mission de retrouver David Livingstone, dont on est sans nouvelles depuis plusieurs années. Après une préparation minutieuse et un voyage éprouvant de huit mois à travers des territoires hostiles, Stanley atteint Ujiji, sur les rives du lac Tanganyika, le 10 novembre 1871. C'est là qu'il prononce la phrase célèbre, quoique probablement apocryphe : « Dr. Livingstone, I presume? ». Ce succès sensationnel fait de lui une célébrité mondiale et le principal expert américain sur l'Afrique.
Apogee
Fort de sa renommée, Stanley entreprend trois grandes expéditions subséquentes. La plus importante est l'expédition de l'Association internationale africaine (1874-1877), financée par le Daily Telegraph et le New York Herald. Il traverse le continent d'est en ouest, démontrant la navigabilité du fleuve Lualaba (le cours supérieur du Congo) et en descendant le fleuve jusqu'à son embouchure dans l'océan Atlantique. Il cartographie ainsi le cours complet du Congo, le deuxième plus long fleuve d'Afrique. Ces travaux attirent l'attention du roi Léopold II de Belgique, qui engage Stanley de 1879 à 1884 pour établir des postes commerciaux et signer des traités avec les chefs locaux le long du fleuve, jetant les bases de l'État indépendant du Congo, possession personnelle du roi.
Heritage
L'héritage de Stanley est profondément dual. D'un côté, il est l'un des plus grands explorateurs de l'Afrique, dont les récits détaillés et les cartes ont considérablement accru les connaissances géographiques de l'Europe sur le continent. De l'autre, ses méthodes souvent brutales et son rôle instrumental dans la création de l'État indépendant du Congo le lient inextricablement aux atrocités du régime colonial de Léopold II, caractérisé par l'exploitation forcée du caoutchouc et des violences massives contre les populations locales. En Grande-Bretagne, il fut célébré comme un héros et élu député, mais sa réputation a été largement réévaluée à la baisse au XXe siècle à la lumière des horreurs congolaises.
