Introduction
El Cid incarne la complexité de la péninsule Ibérique au XIe siècle, une époque de frontières mouvantes et d'alliances transcendant les divisions religieuses. Plus qu'un simple guerrier chrétien, il fut un stratège politique habile, un vassal parfois en disgrâce, et un chef capable de commander la loyauté de chrétiens et de musulmans. Son parcours, de la cour royale de Castille à la conquête d'un royaume personnel, illustre l'ascension sociale par les armes et l'ingéniosité dans l'Espagne des taïfas.
Jeunesse
Né dans une famille de l'infanzónia (petite noblesse) de Castille, Rodrigo est élevé à la cour du prince Sanche, futur Sanche II. Il reçoit une éducation complète, incluant les arts militaires et les lettres, et devient l'alférez (porte-étendard) et bras droit du roi. Sa réputation de guerrier invincible et de loyal serviteur se forge précocement, notamment lors des conflits contre le royaume voisin de Navarre. Le surnom de 'Campeador' (Maître du champ de bataille) lui est attribué à cette époque pour ses prouesses en duel judiciaire.
Ascension
La mort de Sanche II et l'avènement de son frère Alphonse VI marquent un tournant. Bien que servant le nouveau monarque avec efficacité, Rodrigo tombe en disgrâce, probablement en raison de son influence et d'intrigues de cour. Exilé une première fois en 1081, il se met au service de l'émir musulman de Saragosse, al-Muqtadir, combattant aussi bien contre des seigneurs chrétiens que contre d'autres musulmans. Cette période démontre son pragmatisme et son statut de chef militaire mercenaire de premier ordre, respecté pour sa valeur et son sens de l'honneur.
Apogee
Après un bref retour en grâce, un second exil en 1089 le pousse à forger son propre destin. À la tête d'une armée privée, il entreprend la conquête systématique du Levant, agissant en nom propre tout en maintenant une ambiguïté sur son allégeance à Alphonse VI. Son chef-d'œuvre est le long siège et la prise de Valence en 1094, après quoi il gouverne la cité non en simple conquérant, mais en souverain juste, respectant les institutions et la population musulmane tout en rétablissant un évêché chrétien. Il meurt en 1099, et son épouse Jimena parvient à défendre la ville pendant trois ans avant de devoir l'abandonner.
Heritage
L'héritage d'El Cid est double : historique et légendaire. Historiquement, il fut l'un des derniers grands 'chefs de guerre' indépendants de la Reconquista, dont le modèle précède celui des ordres militaires. Légendairement, sa vie est magnifiée quelques décennies après sa mort dans le 'Cantar de mio Cid', épopée fondatrice de la littérature espagnole qui transforme le mercenaire pragmatique en parangon des vertus chevaleresques, de la loyauté et de l'honneur, lavant sa réputation de toute ambiguïté. Cette figure mythifiée est devenue un symbole national espagnol, instrumentalisé à diverses époques, et reste un personnage central de la culture populaire.
