Introduction
Charles Quint (1500-1558) incarne la figure du monarque universel à l'aube des Temps Modernes. Par un héritage dynastique exceptionnel, il réunit sous son sceptre les Pays-Bas bourguignons, les couronnes de Castille et d'Aragon (avec leurs possessions américaines), les territoires autrichiens des Habsbourg et la dignité impériale. Son règne fut une lutte permanente pour maintenir l'unité de la Chrétienté et la suprématie de la maison de Habsbourg face à des défis multiples et déchirants.
Jeunesse
Né à Gand, Charles est le fils de Philippe le Beau (héritier des Habsbourg) et de Jeanne la Folle (héritière des Rois Catholiques d'Espagne). Orphelin de père à six ans, il est élevé aux Pays-Bas par sa tante Marguerite d'Autriche, dans une culture bourguignonne et francophone. Il reçoit une éducation humaniste et chevaleresque, mais ne maîtrisera jamais parfaitement l'espagnol ou l'allemand. En 1515, il est émancipé et devient duc de Bourgogne, régnant sur les Pays-Bas.
Ascension
La mort de son grand-père Ferdinand d'Aragon en 1516 fait de lui le roi Charles Ier d'Espagne, mais son arrivée est mal perçue par les Castillans, qui se révoltent lors de la guerre des Communidades (1520-1521). Parallèlement, à la mort de son autre grand-père, Maximilien Ier, il est élu empereur du Saint-Empire en 1519, face à François Ier de France, après une campagne de corruption financière massive financée par les banquiers Fugger. Il devient Charles Quint, empereur.
Apogee
Son apogée politique et militaire se situe dans les années 1520-1540. Il écrase la révolte des Comuneros à Villalar (1521) et s'empare du roi de France François Ier à la bataille de Pavie (1525). Il contient l'avancée ottomane de Soliman le Magnifique, reprenant Tunis en 1535 et défendant Vienne. Il préside la diète de Worms (1521) face à Luther, mais ne peut empêcher la propagation de la Réforme. L'empire colonial espagnol s'étend considérablement sous son règne (conquêtes du Mexique et du Pérou). Il tente de réformer l'Église catholique en convoquant le concile de Trente (1545).
Heritage
Épuisé par quatre décennies de guerres incessantes (notamment contre la France et les princes protestants allemands) et miné par la goutte, Charles Quint abdique progressivement à partir de 1555-1556. Il partage son empire colossal : les possessions espagnoles, italiennes et américaines reviennent à son fils Philippe II, tandis que les territoires autrichiens et la couronne impériale échoient à son frère Ferdinand Ier. Il se retire au monastère de Yuste en Estrémadure, où il meurt. Son héritage est celui d'un échec relatif à unifier la Chrétienté sous son autorité, mais aussi la consolidation d'un empire mondial hispano-habsbourgeois et la fixation des grandes lignes de fracture religieuses et politiques en Europe pour les siècles suivants.
