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Abu Ali Ibn Sina

« Le Prince des Médecins »

août 980 - Afshanajuin 1037 - HamadanPerse
MédecinePhilosophieSciencesThéologie
Periode : Âge d'or islamique

Avicenne (Ibn Sina) fut un polymathe perse du XIe siècle, l'une des figures les plus influentes de l'Âge d'or islamique. Son œuvre majeure, le 'Canon de la Médecine', fut une référence médicale en Europe et dans le monde islamique pendant près de sept siècles. Il a également profondément marqué la philosophie en tentant de concilier la pensée aristotélicienne avec la théologie musulmane.

Introduction

Avicenne, de son nom complet Abu Ali al-Husayn ibn Abd Allah ibn Sina, est un monument de la science et de la pensée médiévale. Considéré comme un génie universel (hâkim), il a systématisé et fait progresser les connaissances de son époque dans des domaines aussi variés que la médecine, la philosophie, l'astronomie, les mathématiques, la physique et la musique. Vivant dans un monde en mutation politique, il a servi plusieurs princes tout en produisant une œuvre colossale, souvent dans des conditions précaires. Son influence a traversé les siècles et les frontières culturelles, façonnant aussi bien la scolastique médiévale européenne que la pensée islamique.

Jeunesse

Né près de Boukhara, dans une région alors florissante de culture persane, Avicenne montre très tôt des dispositions intellectuelles exceptionnelles. À 10 ans, il maîtrise le Coran et les lettres. Son père, administrateur ismaélien, lui offre les meilleurs précepteurs. Il étudie seul la logique, la géométrie et l'astronomie, puis se tourne vers la médecine à 16 ans, qu'il dit avoir 'apprise sans difficulté'. À 18 ans, il guérit le souverain samanide Nuh ibn Mansur d'une maladie grave, ce qui lui ouvre la riche bibliothèque royale, accélérant son apprentissage. La chute de l'empire samanide en 999 marque le début d'une vie d'errance.

Ascension

Devenu médecin et vizir itinérant, Avicenne voyage à travers la Perse (Gorgan, Ray, Hamadan, Ispahan) au service de divers émirs bouyides et kakouyides. Cette vie mouvementée, entrecoupée d'emprisonnements et de fuites, ne l'empêche pas d'écrire une partie majeure de son œuvre, souvent la nuit ou à cheval. Il acquiert une renommée immense comme médecin et comme penseur. Son intelligence vive et sa mémoire prodigieuse lui permettent de dicter des traités entiers sans notes préalables, même dans des conditions chaotiques. Il devient une figure centrale des cercles intellectuels de son temps.

Apogee

La période d'Ispahan, sous la protection de l'émir Ala al-Dawla, constitue l'apogée de sa carrière. Il y termine ses œuvres majeures. En médecine, son 'Canon de la Médecine' (Al-Qanun fi al-Tibb) est une encyclopédie systématisant le savoir médical grec (Hippocrate, Galien), persan et indien, enrichi de ses propres observations. Il y décrit la nature contagieuse de la tuberculose, le rôle de l'eau et du sol dans la propagation des maladies, et les bases de la pharmacologie. En philosophie, son 'Livre de la Guérison' (Kitab al-Shifa) et son 'Livre des Directives et des Remarques' tentent une synthèse entre la métaphysique d'Aristote et la pensée néoplatonicienne, introduisant des distinctions cruciales comme celle entre essence et existence, qui influenceront profondément Thomas d'Aquin et la scolastique.

Heritage

L'héritage d'Avicenne est colossal et durable. Le 'Canon' fut traduit en latin au XIIe siècle par Gérard de Crémone et devint le manuel de référence dans les universités européennes (Montpellier, Louvain) jusqu'au XVIIe siècle. Sa philosophie, notamment sa preuve de l'existence d'un Être Nécessaire, alimenta les débats chez les penseurs musulmans (al-Ghazali qui le critiqua, Averroès) et chrétiens. Sa distinction entre médecine et pharmacie, son approche clinique et ses descriptions anatomiques ont jeté les bases de la médecine moderne. Aujourd'hui, il est célébré comme un symbole de la science rationnelle et du dialogue des cultures dans le monde islamique et au-delà.

Realisations majeures

  • 1
    Rédaction du 'Canon de la Médecine' (Al-Qanun fi al-Tibb), encyclopédie médicale en cinq volumes qui fut l'ouvrage de référence en Europe et dans le monde islamique pendant près de 700 ans.
  • 2
    Élaboration d'une œuvre philosophique majeure, 'Le Livre de la Guérison' (Kitab al-Shifa), synthèse entre aristotélisme, néoplatonisme et pensée islamique, influençant profondément la scolastique médiévale.
  • 3
    Développement de concepts philosophiques fondamentaux comme la distinction entre essence et existence, et l'argument de 'l'Être Nécessaire' pour prouver l'existence de Dieu.
  • 4
    Contributions majeures en sciences : en physique (théorie de l'impetus, précurseur de l'inertie), en psychologie (étude des facultés de l'âme, lien entre émotions et santé), et en astronomie.
  • 5
    Pionnier de la médecine expérimentale et clinique, décrivant des maladies comme la méningite, et introduisant des méthodes de diagnostic et de traitement systématiques, incluant la quarantaine et la pharmacologie basée sur des preuves.

Anecdotes

Le jeune prodige et la bibliothèque royale

À 18 ans, Avicenne guérit l'émir samanide Nuh ibn Mansur d'une maladie que les médecins de la cour ne parvenaient pas à soigner. En récompense, il demanda non des richesses, mais l'accès à la bibliothèque royale de Boukhara, réputée pour ses manuscrits rares. Il y passa des mois à dévorer des textes de philosophie, de science et de médecine, affirmant plus tard avoir tout appris là, jetant les bases de son savoir encyclopédique.

L'écriture à cheval ou en prison

Sa vie de vizir itinérant et de fugitif était si mouvementée qu'il écrivait souvent dans des conditions extrêmes. Il dictait des chapitres entiers de ses livres à ses disciples lors de déplacements à cheval, ou composait des traités philosophiques complexes depuis sa cellule lorsqu'il était emprisonné à Hamadan. Sa capacité de concentration et sa mémoire photographique étaient légendaires.

L'autodiagnostic fatal

Vers la fin de sa vie, souffrant de coliques sévères, Avicenne tenta de se soigner lui-même. Il s'administra un clystère trop puissant qui provoqua des ulcérations intestinales. Se sachant perdu, il distribua ses biens aux pauvres, libéra ses esclaves et mourut peu après à Hamadan en 1037, à l'âge de 57 ans. Certaines sources évoquent un possible empoisonnement par des ennemis politiques.

Citations celebres

« L'ignorance mène à la peur, la peur mène à la haine, et la haine conduit à la violence. Voilà l'équation. »

Attribuée à Avicenne, cette phrase résume sa vision des passions humaines et de l'importance de l'éducation et de la raison pour la paix sociale.

« La médecine est l'art de conserver la santé et éventuellement, de guérir la maladie survenue dans le corps. »

Définition de la médecine tirée du 'Canon', mettant l'accent sur la prévention autant que sur le traitement.

Sources

  • Le Canon de la Médecine (Al-Qanun fi al-Tibb)
  • Le Livre de la Guérison (Kitab al-Shifa)
  • D. Gutas, 'Avicenna and the Aristotelian Tradition'
  • G. C. Anawati, 'Essai de bibliographie avicennienne'
  • Biographies médiévales par al-Juzjani (son disciple) et Ibn Khallikan
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