Introduction
Avicenne, de son nom complet Abu Ali al-Husayn ibn Abd Allah ibn Sina, est un monument de la science et de la pensée médiévale. Considéré comme un génie universel (hâkim), il a systématisé et fait progresser les connaissances de son époque dans des domaines aussi variés que la médecine, la philosophie, l'astronomie, les mathématiques, la physique et la musique. Vivant dans un monde en mutation politique, il a servi plusieurs princes tout en produisant une œuvre colossale, souvent dans des conditions précaires. Son influence a traversé les siècles et les frontières culturelles, façonnant aussi bien la scolastique médiévale européenne que la pensée islamique.
Jeunesse
Né près de Boukhara, dans une région alors florissante de culture persane, Avicenne montre très tôt des dispositions intellectuelles exceptionnelles. À 10 ans, il maîtrise le Coran et les lettres. Son père, administrateur ismaélien, lui offre les meilleurs précepteurs. Il étudie seul la logique, la géométrie et l'astronomie, puis se tourne vers la médecine à 16 ans, qu'il dit avoir 'apprise sans difficulté'. À 18 ans, il guérit le souverain samanide Nuh ibn Mansur d'une maladie grave, ce qui lui ouvre la riche bibliothèque royale, accélérant son apprentissage. La chute de l'empire samanide en 999 marque le début d'une vie d'errance.
Ascension
Devenu médecin et vizir itinérant, Avicenne voyage à travers la Perse (Gorgan, Ray, Hamadan, Ispahan) au service de divers émirs bouyides et kakouyides. Cette vie mouvementée, entrecoupée d'emprisonnements et de fuites, ne l'empêche pas d'écrire une partie majeure de son œuvre, souvent la nuit ou à cheval. Il acquiert une renommée immense comme médecin et comme penseur. Son intelligence vive et sa mémoire prodigieuse lui permettent de dicter des traités entiers sans notes préalables, même dans des conditions chaotiques. Il devient une figure centrale des cercles intellectuels de son temps.
Apogee
La période d'Ispahan, sous la protection de l'émir Ala al-Dawla, constitue l'apogée de sa carrière. Il y termine ses œuvres majeures. En médecine, son 'Canon de la Médecine' (Al-Qanun fi al-Tibb) est une encyclopédie systématisant le savoir médical grec (Hippocrate, Galien), persan et indien, enrichi de ses propres observations. Il y décrit la nature contagieuse de la tuberculose, le rôle de l'eau et du sol dans la propagation des maladies, et les bases de la pharmacologie. En philosophie, son 'Livre de la Guérison' (Kitab al-Shifa) et son 'Livre des Directives et des Remarques' tentent une synthèse entre la métaphysique d'Aristote et la pensée néoplatonicienne, introduisant des distinctions cruciales comme celle entre essence et existence, qui influenceront profondément Thomas d'Aquin et la scolastique.
Heritage
L'héritage d'Avicenne est colossal et durable. Le 'Canon' fut traduit en latin au XIIe siècle par Gérard de Crémone et devint le manuel de référence dans les universités européennes (Montpellier, Louvain) jusqu'au XVIIe siècle. Sa philosophie, notamment sa preuve de l'existence d'un Être Nécessaire, alimenta les débats chez les penseurs musulmans (al-Ghazali qui le critiqua, Averroès) et chrétiens. Sa distinction entre médecine et pharmacie, son approche clinique et ses descriptions anatomiques ont jeté les bases de la médecine moderne. Aujourd'hui, il est célébré comme un symbole de la science rationnelle et du dialogue des cultures dans le monde islamique et au-delà.
