Introduction
Aristote est l'une des figures intellectuelles les plus influentes de l'histoire de l'humanité. Né en Macédoine, il a passé une grande partie de sa vie à Athènes, d'abord comme élève de l'Académie de Platon pendant vingt ans, puis comme fondateur de sa propre école, le Lycée. Contrairement à son maître qui privilégiait les Idées et les mathématiques, Aristote s'intéresse au monde concret, à l'observation et à la classification systématique du réel. Sa méthode, basée sur l'empirisme et la logique déductive, a structuré la pensée scientifique et philosophique pour des siècles. Son corpus, comprenant des traités techniques destinés à ses élèves (les « écrits ésotériques ») et des dialogues perdus destinés au public (les « écrits exotériques »), a été préservé, organisé et commenté tout au long du Moyen Âge, notamment dans le monde arabe puis en Europe.
Jeunesse
Fils de Nicomaque, médecin du roi Amyntas III de Macédoine, Aristote naît à Stagire, une colonie grecque. Cette origine lui vaut le surnom de « Stagirite ». Orphelin jeune, il est élevé par un tuteur. À dix-sept ans, en 367 av. J.-C., il est envoyé à Athènes pour étudier à l'Académie de Platon. Il y reste vingt ans, d'abord comme élève, puis comme enseignant et chercheur. L'influence de Platon est profonde, mais Aristote développe progressivement ses propres idées, critiquant notamment la théorie des Formes. À la mort de Platon en 347, il quitte Athènes, peut-être en raison de sentiments anti-macédoniens ou de désaccords philosophiques.
Ascension
Aristote voyage en Asie Mineure (actuelle Turquie) où il épouse Pythias, avec qui il a une fille. Il étudie la biologie marine sur l'île de Lesbos avec son ami Théophraste. En 343 av. J.-C., le roi Philippe II de Macédoine l'appelle à la cour de Pella pour devenir le précepteur de son fils, le futur Alexandre le Grand, alors âgé de treize ans. Il lui enseigne probablement la politique, l'éthique, la rhétorique et les sciences. Cette relation, bien que sa nature exacte soit débattue, place Aristote au cœur du pouvoir. Lorsqu'Alexandre part conquérir l'empire perse en 335, Aristote retourne à Athènes.
Apogee
De retour à Athènes, Aristote fonde sa propre école dans un lieu consacré au dieu Apollon Lycien, d'où le nom de « Lycée ». Parcourant les allées couvertes (peripatoi) avec ses disciples, son école est dite « péripatéticienne ». C'est la période la plus féconde de sa vie. Il organise un vaste programme de recherche collective, collectant des données, des constitutions de cités et des spécimens naturels. Il rédige ou dicte la majeure partie de ses traités survivants, systématisant le savoir dans des domaines aussi variés que la logique (avec l'Organon), la physique, la métaphysique (l'étude de l'« être en tant qu'être »), l'éthique (l'Éthique à Nicomaque), la politique, la rhétorique et la poétique. Il établit les bases de la logique formelle (le syllogisme) et de la biologie taxonomique.
Heritage
À la mort d'Alexandre en 323 av. J.-C., un sentiment anti-macédonien ressurgit à Athènes. Accusé d'impiété (comme Socrate avant lui), Aristote « s'enfuit à Chalcis pour éviter que les Athéniens ne commettent un second crime contre la philosophie ». Il y meurt l'année suivante. Son héritage est colossal. Ses œuvres, sauvegardées et transmises par Théophraste, puis redécouvertes en Occident via les commentateurs arabes (comme Averroès) et la scolastique médiévale (notamment Thomas d'Aquin), deviennent le cadre de référence de la science et de la philosophie jusqu'à la Renaissance. Sa logique domine jusqu'au XIXe siècle. Sa pensée a façonné la théologie chrétienne, la philosophie islamique, et les concepts fondamentaux de la science (cause, substance, potentialité/actualité). Bien que la révolution scientifique ait remis en cause sa physique, sa méthode d'observation et sa rigueur conceptuelle restent des modèles.
