Introduction
La Réforme protestante, qui débute officiellement en 1517 avec les 95 thèses de Martin Luther, marque une rupture majeure dans l'histoire européenne. Ce n'est pas un événement isolé, mais le point culminant de critiques croissantes contre la corruption, le pouvoir temporel et les dérives doctrinales de l'Église catholique. Elle s'inscrit dans un contexte de renouveau humaniste, d'émergence des États-nations et de l'imprimerie, qui a permis une diffusion rapide des idées réformatrices. La Réforme a brisé l'unité religieuse de l'Occident et a déclenché des siècles de conflits, mais aussi des renouveaux spirituels et intellectuels.
Description
La Réforme protestante est un vaste mouvement de réforme religieuse qui rejette l'autorité suprême du pape et de la hiérarchie ecclésiastique romaine. Elle promeut un retour aux sources bibliques (sola scriptura) et affirme que le salut s'obtient par la foi seule (sola fide), et non par les œuvres ou les sacrements administrés par l'Église. Les réformateurs, dont les figures principales sont Martin Luther en Allemagne, Ulrich Zwingli et Jean Calvin en Suisse, et plus tard les réformateurs anglais, estiment que l'Église s'est éloignée de l'enseignement originel du Christ. Ils rejettent ainsi le culte des saints, le purgatoire, le célibat des prêtres et réduisent le nombre de sacrements. La Bible, traduite en langue vernaculaire, devient l'unique autorité, accessible à tous les croyants, ce qui valorise le sacerdoce universel.
Histoire
Le 31 octobre 1517, Martin Luther, un moine augustin et professeur de théologie, affiche ses 95 thèses contre la vente des indulgences sur la porte de l'église du château de Wittenberg. Ce geste, destiné à un débat universitaire, devient le catalyseur de la Réforme grâce à l'imprimerie. Excommunié en 1521 par la bulle papale *Decet Romanum Pontificem* et mis au ban de l'Empire par la diète de Worms, Luther est protégé par le prince Frédéric le Sage. Ses idées se répandent rapidement. D'autres réformateurs émergent : Ulrich Zwingli à Zurich initie une réforme plus radicale, tandis que Jean Calvin, avec son œuvre majeure *L'Institution de la religion chrétienne* (1536), systématise la doctrine réformée et établit une théocratie à Genève, qui devient la 'Rome protestante'. En Angleterre, la rupture avec Rome est initiée pour des raisons politiques par le roi Henri VIII (Acte de suprématie, 1534), donnant naissance à l'anglicanisme. Le mouvement se diffuse en Scandinavie, en France (les huguenots), aux Pays-Bas et en Écosse. La réponse catholique, la Contre-Réforme (Concile de Trente, 1545-1563), et les guerres de Religion (notamment la guerre de Trente Ans, 1618-1648) marquent les conflits sanglants qui en découlent.
Caracteristiques
Les principales caractéristiques doctrinales de la Réforme sont résumées par les 'cinq solae' : *Sola Scriptura* (l'Écriture seule comme source d'autorité), *Sola Fide* (le salut par la foi seule), *Sola Gratia* (le salut par la grâce seule), *Solus Christus* (le Christ seul comme médiateur) et *Soli Deo Gloria* (à Dieu seul la gloire). Sur le plan pratique, elle implique la suppression du clergé monastique, l'abolition de la plupart des sacrements (seuls le baptême et la communion, ou Cène, sont généralement conservés, mais avec une interprétation symbolique), la suppression des images dans les églises (iconoclasme chez les calvinistes), et la priorité donnée à la prédication. L'église devient une communauté de croyants, et le pasteur est un guide, non un intermédiaire sacré. La Réforme a également favorisé l'alphabétisation et l'éducation pour permettre la lecture personnelle de la Bible.
Importance
L'importance de la Réforme est immense et multidimensionnelle. Religieusement, elle a fracturé l'unité chrétienne de l'Europe, créant une pluralité confessionnelle (catholicisme, luthéranisme, calvinisme, anglicanisme, et plus tard d'autres courants). Politiquement, elle a affaibli l'autorité universelle de la papauté et du Saint-Empire, renforçant le pouvoir des princes et des rois, qui ont souvent choisi la religion de leur territoire (cujus regio, ejus religio, paix d'Augsbourg, 1555). Culturellement, elle a stimulé les langues nationales via les traductions de la Bible, encouragé l'éducation et contribué à l'émergence de l'esprit critique. Socialement, elle a revalorisé les vocations laïques et influencé l'éthique du travail, que le sociologue Max Weber a plus tard associée à 'l'éthique protestante' et à l'esprit du capitalisme. Ses conséquences ont façonné durablement le paysage géopolitique, culturel et intellectuel de l'Europe moderne.
