Introduction
Le Néolithique constitue l'une des ruptures les plus décisives de l'aventure humaine. Il ne s'agit pas simplement d'un changement d'outils (de la pierre taillée à la pierre polie), mais d'une transformation systémique des modes de vie, des relations à l'environnement et des structures sociales. Cette période voit l'émergence des premières sociétés paysannes, posant les bases des civilisations à venir. Sa chronologie est variable selon les régions du monde, le Proche-Orient étant le premier foyer identifié.
Description
Le terme « Néolithique », forgé au XIXe siècle par John Lubbock, signifie littéralement « nouvel âge de la pierre », en opposition au Paléolithique (« ancien âge de la pierre »). Sa définition repose sur un ensemble de critères interdépendants, souvent résumés par la formule de l'archéologue australien V. Gordon Childe : c'est une « révolution » économique et sociale. Les communautés humaines deviennent productrices de leur nourriture par la domestication des plantes (céréales comme le blé et l'orge, légumineuses) et des animaux (chèvres, moutons, bovins, porcs). Cette maîtrise nouvelle entraîne la sédentarisation, avec la construction d'habitats permanents en matériaux durables (pisé, pierre, bois). L'invention de la céramique, pour le stockage, la cuisson et le service, est un marqueur technologique majeur. La pierre polie, plus efficace et durable pour le travail du bois et de la terre, se généralise.
Histoire
Le processus néolithique émerge de manière indépendante dans plusieurs « foyers » à travers le monde. Le plus ancien et le mieux documenté est le Croissant Fertile (Proche-Orient), vers 10 000-9 000 av. J.-C. (culture natoufienne, puis néolithique précéramique). De là, le « package » néolithique (agriculture, élevage, sédentarité) se diffuse en Anatolie, dans les Balkans, puis à travers l'Europe, suivant souvent les voies fluviales. D'autres foyers originaux apparaissent : dans la vallée du Yangzi Jiang et du Huang He (Chine) vers 7 000 av. J.-C. (riz, millet), en Nouvelle-Guinée (igname, taro) vers 7 000 av. J.-C., dans les Andes et Mésoamérique (maïs, courge, haricot) vers 5 000-3 000 av. J.-C., et en Afrique sahélienne (sorgho, mil) vers 3 000 av. J.-C. En Europe occidentale, le Néolithique est bien installé vers 5 500 av. J.-C.
Caracteristiques
Les caractéristiques du Néolithique forment un système cohérent : 1) **Économie productive** : Agriculture (labour, semis, récolte) et élevage (contrôle de la reproduction, pâturage). 2) **Sédentarisation** : Villages permanents aux maisons rectangulaires ou circulaires, souvent regroupées. 3) **Innovations techniques** : Pierre polie (haches, herminettes), céramique, tissage, vannerie. 4) **Nouvelles structures sociales** : Accroissement démographique, spécialisation des tâches, apparition de hiérarchies et de propriété. L'accumulation de richesses (grains, bétail) et la gestion des terres créent des inégalités. 5) **Mondes symboliques et religieux** : Culte des ancêtres, figurines féminines (dites « déesses-mères »), premiers monuments mégalithiques (dolmens, menhirs, cairns) à partir du Néolithique moyen et récent, témoignant d'une organisation collective complexe et de préoccupations spirituelles liées à la terre et aux morts.
Importance
L'importance du Néolithique est capitale. Il fonde notre rapport moderne au monde : domination et transformation de l'environnement, notion de territoire, économie de stock et planification. Il permet une explosion démographique sans précédent. Cependant, cette « révolution » a aussi un coût : les régimes alimentaires deviennent moins variés, les carences apparaissent, les épidémies se propagent plus facilement dans les communautés sédentaires, et les conflits pour la terre et les ressources peuvent s'intensifier. Le Néolithique pose les jalons de l'urbanisation, de l'État et de l'écriture, qui émergeront lors de la Protohistoire. Il représente la sortie définitive d'un mode de vie de chasseurs-cueilleurs qui avait pourtant été celui de l'humanité pendant plus de 99% de son histoire.
