Introduction
L'Entre-deux-guerres est une période de transition violente et paradoxale, souvent qualifiée d'« années folles » suivies des « années sombres ». Elle voit l'effondrement des anciens empires, la redéfinition des frontières européennes par les traités de paix, et l'émergence de nouvelles idéologies qui s'affrontent : démocratie libérale, communisme et fascisme. C'est une ère de profonds contrastes entre prospérité apparente et misère généralisée, entre espoirs de paix durable et montée inexorable des tensions.
Description
La période se divise schématiquement en deux phases. Les années 1920 (1919-1929) sont celles d'une reconstruction difficile et d'une relative stabilisation, ponctuée par une croissance économique et une effervescence culturelle et artistique remarquable (les « Années folles »). Cependant, cette décennie est minée par les faiblesses structurelles du traité de Versailles, l'hyperinflation en Allemagne (1923) et la fragilité des démocraties nouvellement installées en Europe centrale. La seconde phase (1929-1939) est dominée par la Grande Dépression, déclenchée par le krach de Wall Street en octobre 1929. Cette crise économique mondiale, la plus grave de l'histoire du capitalisme, provoque chômage de masse, effondrement du commerce international et dislocation sociale. Elle crée un terreau fertile pour les régimes autoritaires et les mouvements nationalistes extrêmes, qui promettent ordre, revanche et prospérité.
Histoire
L'histoire de l'Entre-deux-guerres est rythmée par des événements clés. Elle s'ouvre avec la conférence de Paris et le traité de Versailles (1919), qui impose à l'Allemagne des conditions humiliantes et des réparations colossales, semant les graines du ressentiment. La Société des Nations (SDN) est créée pour garantir la paix mais se révèle rapidement impuissante sans le soutien des États-Unis. Les années 1920 connaissent des tentatives de détente, comme les accords de Locarno (1925) et le pacte Briand-Kellogg (1928) mettant la guerre « hors la loi ». La décennie suivante est celle de la dérive. La crise économique pousse Hitler au pouvoir en Allemagne (1933), instaurant un régime nazi expansionniste et raciste. L'Italie fasciste de Mussolini mène une politique agressive (invasion de l'Éthiopie, 1935). L'Espagne sombre dans une guerre civile (1936-1939), prélude au conflit mondial. Les démocraties, fragilisées et pacifistes, pratiquent une politique d'apaisement face aux coups de force (remilitarisation de la Rhénanie, Anschluss, accords de Munich en 1938). Le point de non-retour est franchi avec le pacte germano-soviétique (août 1939) et l'invasion de la Pologne par l'Allemagne le 1er septembre 1939, qui entraîne les déclarations de guerre de la France et du Royaume-Uni.
Caracteristiques
Les caractéristiques majeures de cette période sont : 1) L'instabilité politique chronique en Europe, avec la multiplication des coups d'État et la fragilité des démocraties parlementaires. 2) La crise économique mondiale et ses conséquences sociales dramatiques (chômage, pauvreté, montée des extrêmes). 3) L'essor des régimes totalitaires (communisme stalinien en URSS, fascisme en Italie, nazisme en Allemagne) basés sur l'idéologie, le culte du chef, la terreur et le contrôle total de la société. 4) Une intense créativité culturelle et artistique (surréalisme, Bauhaus, littérature de la « génération perdue », cinéma expressionniste, jazz) souvent en réaction aux horreurs de la guerre et aux incertitudes du temps. 5) Un profond sentiment d'insécurité collective et une perte de confiance dans le progrès et la raison, théorisée par des intellectuels comme Oswald Spengler (« Le Déclin de l'Occident »).
Importance
L'Entre-deux-guerres est d'une importance capitale car elle constitue la matrice de la Seconde Guerre mondiale. Elle démontre l'échec d'une paix imposée par la vengeance et la faillite des institutions internationales face aux nationalismes agressifs. Elle marque l'avènement de l'ère des totalitarismes et de la guerre idéologique. Sur le plan économique, elle conduit à une remise en cause profonde du libéralisme économique classique et inspire les politiques interventionnistes de l'après-1945 (État-providence, régulation). Enfin, elle représente un tournant dans l'histoire des mentalités, brisant l'optimisme du XIXe siècle et inaugurant une ère de doute et d'angoisse existentielle qui influencera profondément la philosophie, la littérature et les arts du XXe siècle.
